Peau | Antoine Emaz

"On n’est qu’une tension de mots / d’oeil et de main." Antoine Emaz


Le nouveau livre d’Antoine Emaz est bâti sur un schéma identique aux deux précédents ensembles (Ras en 2002 et Os en 2004) publiés chez le même éditeur (Tarabuste). On y retrouve différentes sections – titres brefs et explicites : seul, trop, corde, lie, vert – qui s’échelonnent et s’intercalent, toutes datées, dans l’idée d’un journal (qui n’en est pas un) où le « on » remplace le « je » et où bribes, ébauches, incertitudes, tensions et fatigues nervurent l’apparente transparence des jours, des saisons, des années.

« à un moment du soir
reste la fatigue
la loque
du jour on lave vite
en mots comme on peut »

Dans les poèmes d’Antoine Emaz, c’est souvent le soir qui vient (« soir qui va dans sa dérive), ce moment où fatalement « le ciel est passé / il n’y en a pas d’autre prévu / avant demain » et où la fatigue s’allie à la solitude pour couvrir une ombre qui marche, un pan de mur qui s’éteint, une page presque vide, une pensée qui s’y attarde, imprime des mots de peu, de rien, de vrai pour établir des constats d’inévitables fins.

« sous le ciel blanc
la page

on commence à traîner

des deux côtés de l’œil
images
qui n’ont rien à voir

on ne trie pas
on n’a pas prise

on attend »

Le poème ne se paie pas de mots. Il se veut simple, juste, incisif. Adossé au quotidien et à la vie qui grince tout autour.

« Il faudrait que les mots ne fassent pas plus de bruit que les choses qu’on les entende à peine dire la table l’herbe le verre de vin. »

La poésie d’Emaz fait elle-même peu de bruit. Mais elle demeure essentielle, continue, tenace, tendue. Garante d’un itinéraire au long cours, semé d’échos brefs et fragiles, à l’image de ceux qui résonnent, bien après lecture, dans cet ensemble écrit entre le 18/09/05 et le 19/01/07.

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Antoine Emaz : Peau (avec des encres de Djamel Meskache), Tarabuste éditeur, rue du Fort - 36170 Saint-Benoît-du-Sault.

Jacques Josse - 7 mars 2008