Retour éternel au pays natal

Et voici que je suis venu

De nouveau cette vie clopinante devant moi, non pas, cette vie, cette mort sans sens ni piété, cette mort où la grandeur piteusement échoue, l’éclatante petitesse de cette mort, cette mort qui clopine en petitesse ; ces pelletées de petites avidités sur le conquistador ; ces pelletés de petits larbins sur le grand sauvage, ces pelletées de petites âmes sur le Caraïbe aux trois âmes,

et toutes ces morts futiles

absurdités sous l’éclaboussement de ma conscience ouverte

tragiques futilités éclairées de cette seule noctiluque

et moi seul, brusque scène de ce petit matin

où fait le beau l’apocalypse des monstres puis,

chavirée, se tait

chaude élection de cendres, de ruines et d’affaissements

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal

Aimé Césaire est mort aujourd’hui.

Lire Aimé, Aimé, Aimé m’entends-tu ?, l’hommage que lui rend Evariste Zephyrin sur le site Poto-mitan et le dossier que lui consacre Madinin.art, comprenant entre autres le texte intitulé "La passion du poète" par Edouard Glissant.

17 avril 2008