Neuf aromates

On vit le chien descendre ou plutôt, on l’entendit grelotter en descendant, alors à l’insu du second, le premier l’appela, hé hé le chien. Le chien aboya et puis il hurla, il gémit, il trémoussa et l’on comprit que l’on avait un nouveau chien. Le second tout autant, même si le plaisir était moins grand. Le chien était un bon chien, il avait le grelot facile et comme le premier avait la bougeotte de même, il prétextait le chien pour vadrouiller. Le chien avait bon dos et ça lui faisait une belle jambe qu’il avait de blessée d’ailleurs mais pas autant qu’il ne boitait même pas pour faire son cinéma car il faut bien le noter, le chien avait du talent. Il grelottait du grelot et des os pour qu’on le laisse entrer et même du bonheur d’être enfin sans laisse, il l’aurait récupérée contre une bonne heure à l’intérieur près du premier, bien plus près que du second qui, soit dit en passant, ne l’aurait pas laissé faire et d’ailleurs ne l’a pas fait. Il n’empêche, il faisait un beau duo avec le premier dès qu’ils étaient dehors, ce qu’ils faisaient souvent rapport au prétexte, pendant que le second voyait sa vie dans le livre qu’il lisait même si ce n’était pas sa vie néanmoins, puisque ce n’était pour ainsi dire pas son histoire qu’il lisait et que le second n’était en rien un personnage de roman. Une personnalité, on ne la lui retirera pas, d’ailleurs on ne l’a pas retirée bien qu’il ne sorte pour ainsi dire jamais avec le premier grelotter auprès du chien qui s’avérait être une chienne, une chienne qui avait déjà porté et qui, pour l’heure, paraissait bien affamée. Le premier se demanda si c’était l’habitude d’affamer les chiennes de chasse et non content de se le demander décida de la desaffamer sur le champ et lui prépara, à votre bon cœur M’sieur Dame, quelques nouilles trempées de maquereaux aux neuf aromates. On fait avec ce qu’on a et qui ne fait pas trop mal au cœur du second de donner à manger au chien qui avala de quelques coups de langues sans goûter, il faut bien le dire, la plâtrée de pâtes aromatisées. Les nuits étant fraîches dans ces contrées perdues, le premier fomenta le plan de faire dormir le chien à l’intérieur. Il proposa l’air de rien de faire dégrelotter le grelot et de permettre à l’animal de dormir abrité. Pas question, le second intraitable ne céderait pas au chantage, le chien resterait dehors, il gèle et alors, la place du chien, je dirais même, la place du chien de chasse, c’est dehors par tous les temps et qui plus est par temps de gel.

Raphaële Bruyère - 24 avril 2008