Pourquoi ne parles-tu pas comme moi ?

Parle ma langue ou bien tais-toi : c’est une situation largement répandue. Pourquoi ne parles-tu pas comme moi ? Dans des moments de fatigue, il peut arriver que j’éprouve de la colère en voyant quelqu’un qui ignore ma langue ; parfois c’est le comble et je pense que c’est sa faute, qu’il fait exprès de plastronner en parlant une autre langue pour se moquer de moi et m’irriter… Le plus grave est que cette colère peut surgir quand l’interlocuteur me parle dans ma langue à moi ; pour peu qu’il utilise des expressions poétiques ou philosophiques que je ne connais pas, je le prends mal et estime que son propos est impossible, qu’il n’y a aucune raison de faire le moindre effort pour le comprendre et sonder sa profondeur…


Abdelfattah Kilito, Tu ne parleras pas ma langue, essai traduit de l’arabe (Maroc) par Francis Gouin (Sindbad, Actes Sud, 2008).

15 juin 2008