Guénaël Boutouillet | Reprenons.

Qu’est-ce que le général Instin, partie 2 : Général intrusif


Cette conférence fait suite à celle, inaugurale, tenue par messieurs C et B (…) et publiée ici.

Cette réplique a été rendue publique à anis Gras, Arcueil, le dimanche 14 septembre 2008, lors du festival Instin dans tous ses états


Après vous avoir tout dit du Général, monsieur B reprend, en l’absence active de monsieur C, pour en dire encore plus.




Je reprends.
Chers amis, monsieur C, monsieur B reprenons, mesdames messieurs, cher corps déserté désarmé,


Nous en étions.
En étions de, en étions à – nous en étions à oui, car certes en étions de, constituions certes partie de ce tout, de ce quoi, mais le constituons encore, et quoi qu’il advienne, constituerons ce quoi. Cette question générale.


Avec monsieur C, et moi-même, monsieur B, ci-présents, en étions à l’orée.
Monsieur C s’était ce soir-là chargé du panorama, de la vue d’ensemble sans powerpoint, du contexte, monsieur B de parcelles en charpie, monsieur C avait dit Nous et ils, monsieur B avait tendu un Je auto-dissous ; à monsieur C l’Histoire grand H à monsieur B les petits soldats fondus à l’allumette de cuisine. Brèche fendue à deux mains, gauches assurément, affirmativement. Titubations qui nous ancraient.


Reprenons, monsieur C, en échange, en tennis de table molle,


Reprenons,


Ensemble qu’en pensez-vous.



Seuls, et, ensemble qu’en pensez-vous.


Seuls et,


Nous en étions.



Aux prémisses, aux fondations, actifs à fonder peser puis poser nos imprécisions décidées. Car une chose s’impose en certitude, c’est que : nous n’en savons rien. De rien, et d’Instin encore moins. Mais en sommes si proches et chaque fois un peu plus accolés peau ouverte, qu’il serait grand dommage d’entraver cette marche, marche vers, traverse affirmative. Nous irons sans savoir, nous ne ferons pas croire ne tenterons pas, nos mains lestes ne poudroieront pas, magiques, à vos yeux soudain gentiment crédules pour l’exercice, nous ne prétendrons pas,


Nous ne prétendons pas, monsieur C


ne prétendrons pas détenir


Nous ne détenons pas plus, monsieur C


détenir une, la, des vérités.




Pour commencer, reprendre. Ne pas se méprendre sur les tenants (oscillants) et aboutissants (désaxés) : et d’abord notre présence, monsieur B monsieur C, face à vous, qui demeure : injustifiable. Inqualifiable. Absolument inqualifiable. Et de surcroît, mal assise.


Reprenons. Qu’est-ce alors, et déjà, quelle question, quel est ce que, Général Instin ou Le Général Instin ? Car tout débute, comme on dit, au premier mot, au premier mot manquant, non dit, au premier manquant dans le trébuchant discours qu’on s’essaie à tenir disant


Le Général c’est


Enfin,


C’est assez non, pas vague, c’est –



, bégaiements coulant de comment a demandé ou feint de demander ou feint de ne pas demander celui ou celle en face, dit-elle ou t-il,


"Et, Général Instin ?" dit-elle ou t-il, "Alors, Le Général Instin ?"




"Le Général , ah. Instin," leur répond-on parfois,


"Le Général Instin" répondis-je parfois,


monsieur C,


"C’est en général un problème."


Une question.


Un problème. De langue. Une question.

Question langue, problème langue.


Répondit-on parfois,


Rarement,


Car plus souvent furent prononcés mille mots en divergence.


(Quand ils ou elles demandent – car souvent non, demandent pas, rien, et c’est alors, excusez cette incise, une manière efficace de vérification. Glissez un général en conversation anodine, et n’obtenez nul résultat : l’interlocuteur continue sans ciller : c’est qu’il ne vous écoute pas.)


Mille mots – ou plus précisément 488, comptes arrêtés à novembre 2007, 488 mots que voici, j’ai bien rangé : Qu’est-ce que le général Instin ? Le général c’est



(au moins) double // à la tête de quelque chose, non ? // amorphe // ancêtre nomade // animal // balance entre le propre et le commun // baudruche // captation d’un visage effacé // champion de la mort et de la (re)naissance // change avec les années, les rencontres, les catastrophes // chef ? membre ? larbin ? // chose // concept bancal // disparition de la disparition // double soleil // du sable // empêchement // ersatz de père ou de mère ou de pèremère // extinction de la figure et du grand récit // faire-part de naissance // farce // farfadet // figure de la disparition // fuite // habitant des utopies en ruine // illusion de continuité, illusion de différenciation, illusion de rupture // infra-singularité et extra-temporalité // insolite // l’erratum // l’idée soudaine ou le friselis // la conséquence d’une profanation // la dent cassée // le boitement // le dérèglement // le mot toujours qui me manque // le pavlovien // le sentiment passager // lest // ligne Maginot // Logiciel libre // machine // magma // n’a rien à voir avec l’histoire de l’art // on ne sait pas ce que c’est // pantin grotesque // pluie acide // poussière hâtive // présence absente // quelque chose sous un drap blanc // rien // soudain soudard // spectre du Brocken // spectre oublieux // suppôt de la séparation, suppôt du lien, suppôt du ralliement // un abandon // un appauvrissement // un au-delà // un contre-feu // un déportement de la perception // un descendant du général Ludd // un ectoplasme soldatesque qui fait Hou-Hou // un flouté // un grand parent // un Grand Transparent // un incendie // un jeu // un Meidosem // un Melmoth // un membre fantôme // un mot (ou l’autre) // un palimpseste en css // un paradoxe et une parade // un parasite // un parent // un Polagoras // un problème technique // un saccadé intérieur // un second nombril // un silence // un souffle // un spectre, tout simple // un tempo particulier // un tic // un tremblé // un troisième œil // un type ? un lieu ? un phénomène ? une méprise ? // un vitrail // une allégorie // une aventure // une balade qui ne mène nulle part // une conscience autre // un deuil // une discussion // une échappée // une façon d’être, mode, onde d’existence // une flaque noire, intense, traversée de déformations // une image, une vieille image démodée // une nouvelle densité des choses // une peste insensible // une photographie // une possibilité de // une secousse d’être // une source sûre // une statue et un socle // une toux // une vieille image // une vingt-septième lettre // vieille baderne // vieille baudruche à moustaches // vieille bique // work in progress

//

//
//
// //

à quoi j’ajouterais : une accumulation (une accumulation de langues), sous laquelle se cacher ; sous laquelle nous voilà bientôt ensevelis, et certainement guère mieux assis.




Mais reprenons, car il a été dit aussi, ce soir-là, monsieur C, que, je cite, monsieur C, le Général est un problème technique. Problème langue et problème technique : penchons-nous sur les deux. Que l’ordinateur résolve, fasse synthèse, close questions : mettons cette somme de langue Instinne, tout ce qui fut dit-écrit, à un temps T, d’Instin, mettons ces 79647 signes espaces compris dans la machine, et qu’elle nous dise, synthétise, résume. Le problème technique langage Instin résolu par ordinateur, donne, écoutez :



Ça déplace, et comment. Avant et pendant et après, ça déplace. Un général sans guerre et sans retraite, dont l’uniforme désunit. Ceux du vent aboient. Du vent. Ceux / receux / du vent. Délitements et midi bruits. L’auteur du général est un écrivain. Extinction de la figure et du grand récit. Infra-singularité et extra-temporalité. Dès qu’il prononce un mot, le mot suivant le biffe, que le mot suivant biffe, et ainsi et ainsi. Nom prénom âge et mots (leur absence), vrais. Me disant et redisant cela je joue et rejoue encore. (Un général, ça s’attaque.) Images et mots, fantômes et traces, tenues de généraux d’opérettes, pour quoi. Le général Instin traverse et, avant de traverser, regarde. Retour au XXIe siècle de l’ère chrétienne et mondiale, au sixième millénaire du calendrier juif, en 1400 et des poussières de l’hégire : Instin a perdu son livre des morts et l’abêtissement reflue. Du tout. Pour contrer instinct j’ai neutralisé Instin et halluciné intestin.
Discutons : du général et d’autres choses, en général nous discutons : du pouvoir des choses, des pouvoirs du général, des campagnes du général. En discussion. Vous êtes les bienvenus.

Qu’est-ce que le Général Instin ?

G – Silence. Général dépasse l’entendement et la mesure, Instin plane au ras de terre en la raclant. Un paradoxe et une parade.

G – Général.

P – Général.




OK. Merci la technique, nous voilà guère mieux assis.




Reprendre, point par point reprendre et continuer de reprendre. Avec l’obstination d’une vieille accrochée à son point de croix. Retour. Général Instin, mille aventures déjà, j’ai souvenir, forcément remixé, d’un général perdu dans les glaces, et d’un préfa seventies changé en Mon palais des glaces.


C’est tout un Cinéma c’est une figure c’est destiné.


Une figurine à occuper, on fait le siège. Une fiction, une machine à fictions, une manufacture de fictions, non, la clé de la manufacture, des machines et du tableau de commandes, non.

Général Instin n’est pas une solution. Pour preuve : j’ai reçu ces derniers mois des messages. Nombreux, enthousiastes, vernis d’espoir, prodigues en solutions. Quelles solutions.



« Salut, j’ai appris un objet interessant. La meilleure chose dedans c’est l’assurance qu’on peut "voler en pilote automatique". J’ai longtemps Cherche et Trouve Maintenant. C’est facile : il y a des hommes de grande taille et ceux qui n’ont pas essaye notre produit. Commandez tout de suite et vous oublierez vos déceptions, la peur infinie de dire non et les situations douleureuses. Vous recevrez les medicaments dont vous avez besoin. Nous ne faisons pas de questions idiotes, nous fournir tres rapidement. Pour cela, nous sommes avec votre nom. »




Non. Général n’y est pas ; général : pas une solution. Rien parmi ne s’offre pour améliorer mon assise, le pack de solutions proposées semblent verticales. Problème langue, problème technique, option virale, mais non de non : le général n’est pas un spam.


Reprenons. Cessons là.


nous ne cesserons pas, monsieur C


Nous en étions. Reprenons. Arrêtons.


nous n’arrêterons pas, monsieur C


de chanter Non hors chœur, faux à tue-tête, écartant grand les bras, assis-debout, entre deux airs.



Guénaël Boutouillet, septembre 2008.







































Bookmark and Share

15 septembre 2008