Fred Griot | Chants pour peintures papoues

Du 14 octobre 2008 au 4 janvier 2009, au musée du quai Branly, se déroule une très forte exposition : Rouge Kwoma (peintures mythiques de Papouasie-Nouvelle-Guinée).

L’exposition propose de découvrir, à travers le récit d’un mythe d’origine océanien, les œuvres de trois artistes contemporains kwoma en dialogue avec leur tradition. Kowspi Marek, Chiphowka Kowspi et Agatoak Kowspi, originaires du Sépik oriental en Nouvelle-Guinée, illustrent la manière dont la peinture kwoma permet de comprendre le monde.

Les questions posées débordent largement le champ artistique : quelles relations réciproques existe-il entre le contemporain et la tradition ? À partir de quelle(s) tradition(s) le contemporain travaille-t-il ? Quel contemporain les Kwoma et nous pouvons-nous construire ensemble ?

Une exposition et un catalogue pour lesquels j’ai composé vingt chants (extraits à lire ci-dessous) : du chant des Fumées au chant final des Nuits magiques, ils racontent le numa de ce peuple, un récit où il est question du sanglier nommé « Parole » qui conduisit les hommes vers la lumière du ciel.

Catalogue : Rouge Kwoma, sous la direction de Maxime Rovere, 96 pages
(mercis forts à Maxime Rovere et Magali Melandri)

et sinon plongez dans nos nuits dans les éternités papoues dans les réelles communions, racines, magies poétiques et humanités communes.


chant de la sous terre

noir

de sous terre
terre
organique basale rustre racine
terre terre noire
profonde
racine

vivent là
vivent sous terre
ceux qui seront bientôt plus tard

kwoma kwoma kwoma
kwoma om

chant de sortie de trou et de la montée au jour

là soudain
lum lumière

au creux sortent
éclate soudain
explose ciel
éclatent couleurs

là lumière
là chaleur coule tiède sur la peau tiède
là brise vent souffle soudain sur le visage
et vue regard sur les îles lacs montagnes

regard large porte au loin
vaste large
et encore plus

là odeurs et vent
mousse fougères arbres oiseaux plumes soleil

là ciel
fleurs nuages

là soudain explosent couleurs
jaunes bleus
verts cétoines
rouges terre
et vent papaye

ils sentirent soudain quelque chose
quelque chose comme heureux

kwoma kwoma kwoma
kwoma om

chant de la fête des lunes et mondes

chant de la lune des deux mondes noir bleu

noir du début de sous la terre
bleu dehors et ciel où respire

résonne l’arbre creux
sur l’espace des trois collines et une vallée
chante boum tambour d’arbre creux
incantent masques et zone de danse
jusqu’à plus souffle
sur l’espace

scandent les plumes couleurs
les corps graissées au charbon noir
la forêt tremble des tambours d’arbres creux

champs de légendes vibrent et palpitent
champs jaunes de batailles résonnent encore

le tambour tame et tame encore
incante dans le soir feu

et monte doucement la lune des deux mondes
noir bleu

kwoma kwoma kwoma
kwoma om

chant des lunes

la lune de la pluie tiède sur le visage
la lune du retour des grenouilles
la lune du renouveau de la terre
la lune des arbres en bourgeons
la lune de la chasse de nuit
la lune du soleil fort
la lune des baies mures
la lune du coco coco
la lune du vol des pigeons-couronne
la lune de la plantation des racines
la lune des poissons remontant
la lune du repos et de la purification
la lune des longues brumes
la lune des grandes pluies
la lune des grands vents

kwoma kwoma kwoma
kwoma om

© photos 1, 2, 3 : musée du quai Branly
© photos 4 : Philippe Lecoeur, 2007
Fred Griot - 16 octobre 2008