Tranches de chat à la sauce informatique

photo : [cinde-R]






Le texte ci-dessous a été composé avec l’aide du logiciel expérimental de synthèse de la parole [cinde-R], conçu, puis modifié pour l’occasion, par l’équipe du Laboratoire d’analyse informatique de la parole de l’Université de Lausanne, à partir du flux de mes discussions privées sur Facebook, ainsi que de mes commentaires postés sur le site.

modus operandi – après avoir introduit mes textes publiés sur papier (Cheyne Editeur / revues papier), ceux publiés sur internet (remue.net / publie.net) et les textes au kilomètre de mes chat sur Facebook dans l’ordinateur, [cinde-R] a segmenté puis recomposé ces derniers selon les marqueurs littéraires reconnus dans mon écriture. Le texte produit, fusion de la parole spontanée avec l’écriture travaillée, programmé pour se présenter comme prose narrative, délimite une zone grise, une parole à laquelle il me serait impossible d’accéder sans l’aide de la machine. Je dis « aide », et non simple processus combinatoire, puisque mon travail me pousse à chercher une écriture à l’initiative du langage, qui ne soit pas le fruit d’une improvisation plus ou moins réussie – une part psychologisante colle toujours aux pattes de l’improvisation – et qui parvienne à faire exister un langage sensible, vivant mais asubjectif. Le champ de cette expérimentation est grand ouvert.

Ne plus exister en tant que personne, mais comme dispositif.








Les couloirs de la mémoire sont sélectifs et ponctués par l’effet de toute l’expérience. Curieusement, une rencontre minutieuse peut être supérieure à une plus grande occurrence, moulant une ombre au-dessus de certains aspects influents d’une vie.
I, pour une certaine raison inconnue, ont maintenu à l’aide de mon ordinateur cérébral.

— - suite à ce premier échantillon peu concluant, recalibrage du logiciel [cinde-R] ---

I got scared. I ran.

Comme dans les photomatons et les machines à prédire l’avenir, un nain vit et travaille à l’intérieur des bombes. Le nain c’est sa mère qui lui a appris ces choses, et aussi à tirer au révolver - Desert Eagle 50, SW 357 canon 6 pouces, Springfiel 45 – (mais jamais le fusil à pompe Mossberg de ses rêves) ce qui était bien, c’était de plomber le moteur de la pompe à lait, tchak, toc, bien mieux que de tirer sur les petits animaux du jardin de 1500 mètres carrés, hérissons, pieds, merles et toute la racaille à plumes, mieux que de canarder les tanches du bassin à la fronde à bras, car le moteur de la pompe de la laiterie résiste à tout, tchak, toc, même au gros calibre. Ses mains petites de nain notent : « solistes désormais éternelles, purgées de toutes leurs eaux, veillent ».

I rushed into a door hall where a woman was knifing a man under the stairway. I looked at her, without any kind of reaction, but with such an intensity and such a sexual excitation that I started to puke.

Joint défait de mégot fume en élastique, souple le cafard entre par la droite court sur la rambarde. Ses antennes et ses pattes rapides. Il file vers le centre du plan fixe où gesticule le pasteur en chaire jusqu’à ce que les deux corps noirs se superposent - on pense Gregor Samsa - mais on se trompe - comme on verra plus tard dans le film de ce connard qui se fait passer pour lui. Diante d’os dans la boîte Hermès, journée déverse une série de photos sur le corps, 6 sont tirées puis envoyées à une revue grecque... on verra... thème de ce numéro gravitera autour de l’Humanisme. L’Humanime et les bombes au corps qui mesure toute chose - mais que se passe-t-il lorsque le corps se trouve lui-même pire objet d’étude ?

Leur ai envoyé un extrait de mes textes en britiche... le voyage était dans l’air – la peur de me remettre à écrire - - mais auparavant, cette période creuse, la plus belle sans doute, et plus sale, durant laquelle il danse ses pas troués sur le ring, parce que sa chimie personnelle, c’est le corps troué, plus fort dans la fatigue car plus proche de la mort ; mains, ensuite, quelques heures avant l’overdose en cellule, qui arrachent cette vieille à son volant de bakélite et cognent pour rien le bide les seins, sur le parking vert, par besoin d’air, après un combat trop facile dit le nain.

— - [cinde-R] délimite plusieurs champs sémantiques dominants et le mot « nain » comme fil conducteur (et non la douleur, ou le corps, comme je m’y attendais) ---

When the knife moved slowly upwards, I awoke inside my own life. I didn’t regarded the act she was committing as an assassination, I just had the feeling of a perfect and pure move. I seldom met cold-blood murderers before that day, but I can’t imagine spending time now without being at the side of all these silent and often very shy persons, sitting with them at the same table, joining my hands, praying, my spirit spread wide open like legs after a rape, and getting blessed by thousand of spits

colibri
flux
du
coeur
serein

La faille est la limite non atteinte dans la tension de sa propre dérobée. Tu prends ça pour la route, pour traverser l’intention moulée dans la fatigue, et empoigner le texte à écrire par un bord. Soudure noire brûle les lettres M.E.R.C.I., mot sans saveur pour le nain. Merci pour ce signe et pour l’envoi improvisé, s’il nous arrive un peu de liberté, c’est comme ça

ficelle tendue

tentative réussie, sensible arpenté la douleur avec déséquilibre, espace dehors dedans troué sans passage pour autant, et l’empoignement qui frange et frise sans limiter ni entailler, mais accélère, oui, le rapport, accélère les battements du dispositif, de l’ensemble hétérogène qui inclut virtuellement chaque chose, chaque chose à moins que, justement, le clinamen...

que nos textes ne soient jamais mangés par les bêtes et les oiseaux !

sans pouvoir décider du projet, sans avancer la moindre proposition sur le comment procéder, répondre dans le retard du geste qui nous arrive comme instantané, pourtant fruit de l’intention encore

oui

malgré les millions de câbles à descendre sur le derrière, ce qui manque d’allure mais permet d’arriver en bas, en même temps que ses os

peur du prix physique qu’il faut payer à l’effort d’écrire, pas comme les Romantiques, là on pourrait toujours s’arranger un peu avec le diable :) , mais simplement, trivialement, le corps qui cède, se déchire après une phase de travail intense ; ça je ne peux pas trop le dire, c’est con, c’est mièvre, c’est larmoyant ; mais c’est réalité qui me pousse aux infinis détours avant de me mettre à table, infinis détours pour épuiser les bonnes forces qui font courir au feu, jusqu’à ce que l’évidence s’impose... trop crevé maintenant, prendre quelques notes, voir demain, et demain y aller, coûte que coûte ! enfin, ce que je te dis là n’est pas tout à fait vrai non plus... c’est souvent l’inverse qui se produit : j’enrage d’avoir foncé tout droit et de me retrouver maintenant à attendre demain, les poignets bleus et enflés, un hématome sous la phalange des doigts utilisés pour écrire (au crayon ça fait moins de bleus qu’au clavier, mais plus important)

aujourd’hui écrit Théorème de Pasolin sans « i », demain la hache à la main !

je suis très fatigué aujourd’hui, douleurs qui absorbent les forces comme un buvard ; je n’ai pas les mots pour te parler comme je voudrais, je n’ai pas les moyens de traduire ces mots en partage ; mais en avons-nous jamais les moyens ? ne restons-nous pas toujours captifs de l’intention ? Je pense à l’expérience de Roger Laporte, la sans cesse ajournée par l’événement vrai, par le langage ? avec cette sorte d’entre-deux, mélange de l’expérience et de l’idée qu’on s’en fait ? Les mots des autres sont les seuls qui nous appartiennent vraiment, la vie des autres la seule qui nous réconcilie avec l’angoisse de ne pas sentir la nôtre. Je sais que tu sais ces choses, et je sais que je les dénature en les formulant. Pourquoi parler ? tout se résumerait-il à la petite peur de ne pas être localisé, non pas compris, juste localisé au son de la voix dans la "folie du jour" ?

salut à toi mon hôte, je ne prends pas la clé de ma chambre, laisser la porte ouverte, pour que les murs ne coupent pas l’espace entier

le nain

 P 




dédié à Thierry Laus

& une visite s’impose : on signale le travail qui se fait sur locus sonus

Philippe Rahmy - 1er novembre 2008