Cécile Mainardi | Trois textes

Premier extrait issu d’un livre de prose inédit au titre pressenti de Promenade aux phrases :


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la fois que je ne peux pas commencer autrement qu’en commençant en même temps que commence le degré de vallonnement, en même temps que le degré de vallonnement nous entraîne dans plus doux et plus exquis que le vallon lui-même, dans une avalanche de ralentissement, où de toute éternité nous descendons, depuis que Corot nous y fait descendre, car le degré indicible du vallon dessine à lui seul le chemin d’une promenade à laquelle nous ne décidons rien ni plus qu’à notre histoire qui s’y confond au point d’y noyer sa substance, mais est-ce encore descendre que descendre dans autant de douceur de pente, dans une avalanche de ralentissement, dans le taffetas de sa révérence, à croire que sa révérence à la réalité, nous sommes pris dedans, elle se sert de nous qui marchons pour la faire, et c’est ainsi que nous ne descendons pas mais nous montons









Deuxième extrait issu de L’Eau super-liquide, texte inédit


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le texte où je parle à nouveau de l’eau super-liquide, il est possible que je clique sur ses lettres noires, le saisisse en jaune très très clair, et qu’il devienne ainsi si peu lisible sur l’écran, ou d’une lisibilité si incertaine que le temps passé à le déchiffrer, j’ en ai déjà imaginé un autre et c’est fait/c’est un autre/de sorte que laisser quelque chose au soin de l’incertitude n’est pas l’abandonner au soin de rien, et puisque j’apprends tout de cette eau par l’écriture, en jaune si peu visible, me la montrera-t-elle qui s’enlace autour des roches bleuacées comme une murène transparente ou bien qui coule de ma bouche comme d’une fontaine baroque, donnant seulement l’impression que je parle si c’est filmé, ou que c’est filmé si je parle








Troisième extrait inédit


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Dans le poème en 116 mots, il y en a 116. Pas un de plus, pas un de moins. Aussi je ne peux pas en ajouter un comme ça, en douce, sans qu’on en ait immédiatement la preuve en recomptant. C’est ainsi que si d’aventure, je décide d’insérer un mot comme mettons soutien-gorge, il me faut nécessairement en enlever un autre ailleurs (et où, et avec qui ?), et ça n’est pas du moindre effet pour la suite du poème que de voir maintenant ce mot de soutien-gorge, pourtant si étranger à mon raisonnement, resquiller sa place et s’emparer déraisonnablement du texte, au détriment d’un autre mot que vous ne pouvez désormais ni lire ni voir, et qu’effectivement je décide d’être assez contemporaine de vous pour vous taire.

Dans le poème en 99 mots, il y a huit nuits. C’est à peine croyable. Soit qu’on ait pris les mots pour la plus petite unité de mesure nocturne, soit qu’on les ait tassés suffisamment pour obtenir une densité proche de celle de la nuit, et sans qu’on le décide, il a fait vraiment nuit, d’un coup, pour une durée irrévocable, et à huit reprises. On a d’abord allumer les phares de la voiture pour mieux le voir, puis les lumières sont restées allumées, et par contraste, ont rendu tout le reste plus obscur, jusqu’aux huit lendemains.

Il faudrait que j’arrête de compter les mots à mesure que je les écris. Je commence désormais à connaître la longueur des choses, et à avoir ma petite idée pour un poème qui comporterait 105 mots, et je pourrais presque les lâcher des yeux un bref instant pour compter à la place des nuages, quand le ciel –magnifiquement contrasté de bleu blanc gris- semble en être criblé exprès pour cela : et la voiture dans laquelle j’aime à me voir rouler, rouge, toute rouge, à la vitesse-video de leur déplacement, et le poème et son nombre de mots, lâché dans le ciel de tout cela !




On retrouve Cécile Mainardi le vendredi 16 janvier à la rencontre autour de la collections « Les grands soirs ».

Sur remue.net, on parle de La blondeur ici et ici, de Je suis une grande actriste ici.

Bibliograpie complète sur le site du cipm.

Sébastien Rongier - 10 janvier 2009