Louis-François Delisse

Présenté par Laurent Albarracin aux éditions des Vanneaux.


L’œuvre de Louis-François Delisse – qui est né en 1931 au hameau de Gibraltar, près de Roubaix – a beau être imposante, elle n’en demeure pas moins, aujourd’hui encore, trop peu connue. Ses publications discontinues, marquées par de longs silences (rien par exemple entre Le Vœu de la rose, G.L.M., 1961 et Hymne d’I, Ecbolade, 1979) y sont sans doute pour quelque chose.
Delisse, célébré dès les années 50 par René Char, Michaux, Queneau (qui n’a cependant pas réussi à faire éditer Les Lépreux souriants chez Gallimard), a quitté la France à la veille de la guerre d’Algérie pour s’établir au Niger où il vécut jusqu’en 1975. L’arrêt de toute publication correspond à cette période. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’écrivait pas. Bien au contraire, comme le démontre Laurent Albarracin qui en retraçant le parcours du poète saisit au cordeau la longue période africaine, la plus féconde, celle qui permet à l’ensemble de l’œuvre de trouver son assise, son centre, sa clarté, ses ciels voilés, ses puits d’eau ou de lumière, le lexique adapté, le « lyrisme sec », le sens de l’ellipse et de l’image qui jaillit à l’improviste et avec une belle régularité.

L’amour, le corps, le désir (« du désir d’entrer en désir ») et la sensualité sont des constantes chez lui. C’est ce qu’explique, exemples à l’appui, Albarracin en s’arrêtant longuement sur Les Lépreux souriants (récits publiés 50 ans après avoir été écrits) et en faisant de fréquents détours vers les poèmes dans lesquels l’auteur n’a jamais besoin d’user de longues phrases pour aller là où il aime se perdre, se retrouver et y rester : « je me suis retourné / dans ta bouche / avec tes cuisses ».

En cinquante pages, Laurent Albarracin éclaire le trajet de L.F. Delisse en y dégageant les thèmes forts (l’érotisme, la présence constante des fleurs, l’idée de l’oiseau, le soleil, l’attrait pour la maigreur, les voyages, la mort et la noirceur sans cesse éloignée). Suit un choix de textes qui court sur toutes les décennies traversées par un poète essentiel, hors circuit et évidemment actuel.

« triste panier d’amour
est au marché

il passe sur toutes les têtes
il a des pagnes sur tous les ventres
mangez l’amour

l’amour a les piments de sa bouche
et l’amour est un concombre dans ses
hanches

mangez l’amour

(Soleil total, G.L.M. 1960)


Louis-François Delisse par Laurent Albarracin, éditions des Vanneaux, collection « Présence de la poésie ».

Jacques Josse - 29 juin 2009