Raymond Federman (1928-2009)

Lors de sa tournée française de ce printemps 2009, Raymond Federman avait, en dépit d’une fatigue visible, emporté, épaté, emballé ceux qui le connaissaient déjà - et plus encore ceux qui le découvraient.

Un exemple de cette immense vivacité et de ce qu’elle a de salvateur : je connais une bibliothèque, quelque part en campagne, au fonds jusqu’ici assez pauvre en littérature mais riche en terroirs, biographies et autres Clubs-Loisirs... et où, depuis la mise à disposition de "Chut !", énième circonvolution surfictionnelle partant du trou originel, placard où fut enfermé par sa mère le petit Raymond, le sauvant de l’extermination nazie en même temps que le laissant seul dans le noir, pour toujours... le trou d’où tout part, et surtout cette écriture, toujours en jeu, en mouvement ; où voici ce livre devenu le tube du lieu, le plus emprunté, par toutes sortes de gens.

C’est un modeste exemple, mais c’est aussi tout Moinous, ça : Federman grand biffeur de frontières artificielles (entre les gens comme entre les continents, lui l’apatride essentiel), Federman grand fauteur de troubles, Federman énorme rieur, crâneur pas narcissique. Une grande joie, réconciliatrice - mais jamais consensuelle.

Mais voilà, Federman n’est plus, son blog lui-même l’annonce ; alors il faudra maintenant se contenter de lire et relire ses livres.

Guénaël Boutouillet - 8 octobre 2009