Caroline Sagot Duvauroux | Le Vent chaule suivi de L’Herbe écrit

Lecture croisée Caroline Sagot Duvauroux-Jean-Louis Giovannoni le samedi 7 novembre à 20 heures précises à la Librairie José Corti : 11 rue Médicis, 75006 Paris.


Le Vent chaule suivi de L’Herbe écrit vient de paraître aux éditions José Corti.
Nous le lisons.
En attendant que nous parlions plus longuement de ces deux récits de la perte, débris et distractions - « le deuil tremble d’un seuil »- , Caroline Sagot Duvauroux a publié sur remue.net, alors lisez ce qu’elle écrit, écoutez sa voix.


Elle a parlé au docteur c’était ce matin. Elle a dit ça suffit pour moi m’a dit ne pars pas elle a dit celle-là souffrira mais c’est le temps pour elle et c’est le temps pour moi. Je ne souffre pas maman non. Le pauvre cadavre ni moi ne souffrons. Phèdre a dit que ces voiles me pèsent et mamy s’est échappée de pesanteur dans le lit blanc dans le cadavre blanc et dans l’écume blanche parmi ses amis de papier qui flottent et mes pieds sont mouillés papa va arriver. Il verra que c’est fini les minotaures les affreux guerriers les fats les méchants les odieux racistes que c’est fini ce siècle de férocité dans la vie de mamy c’est fini et que je suis ici avec tout le perdu et l’envie de brûler comme la chandelle j’ai mis la chandelle pour qu’au moins trembler éclaire un peu le pauvre cadavre. J’ai fermé les yeux j’ai fermé les miens j’ai mis des chansons et j’attends.

Ils sont tous là venus vite, les tantes le père les maris les femmes, elle les aime bien mais cherche quelqu’un mais ne comprend rien. Court derrière Paris trouver la fratrie. Pas besoin de mots ni de sentiments dans une fratrie. On est là comme un peuple est là, on vit c’est sans cesse, on est des gens qui vivent dans la ville ou dans la campagne. Juste on fait ce qu’il faut qu’on nous dit qu’il faut, enfin à peu près

Sera revenue de ne pas tenir ni parmi les uns ni parmi les autres. Juste elle a pris le bol d’air des fratries. La goulée de vigueur. Reprend le métro dans l’étai de tout un pays. Et la mère s’inquiète quand le frère lui dit qu’elle est venue qu’elle est partie qu’elle n’a rien dit. Elle est là soudain dans la chambre et le petit cadavre a disparu. Il y a une morte dans le lit de mamy. Mamy morte. Et les livres sont rangés. Phèdre et le jour blessé se sont réfugiés dans le corps clos d’un livre clos. La pelure d’un monde en papier qui pesa onze ans de la vie d’un homme. Peau de veau mort né, elle aura pensé.


Merci aux éditions José Corti de nous autoriser à publier ces extraits de Le Vent chaule.

Dominique Dussidour - 17 octobre 2009