la plui de Fred Griot

Dans un livre publié au Dernier Télégramme (au catalogue déjà impressionnant en trois, quatre années d’existence), quelqu’un marche et dit je marche – j’ai cette impression par récurrence, hasard ?, et surimpression récente en ma rétine et mon être des travaux publiés là de Christophe Manon et Manuel Daull (on y reviendra).

Bref, je marche et dit je marche. Et c’est point commun mais aussi singulier, car à chaque fois un corps marche qui n’est pas le même et qui, forcément, ne l’écrit pas pareil.
Plaisir alors et comme évidence d’y saluer cette parution de Fred Griot et de sa prose ô combien physique (performante, à la fois glaise et vive, pleine de matière(s)). On est dedans on y retourne on lâche on y revient, on marche avec, en somme : et d’emblée on vous le signale, ce livre avec quoi traverser l’hiver, la nuit.

. matin je démarre la plui encore quand je démarre les tou premiers pioupious dans les arbres les sifflets d’avant la lumière les sifflets d’avant la lumière les sifflets d’encore la nui les sifflets de l’heure le plu froide sur les traînes de brume d’avant le soleil

je démarre avec ma petite lampe poche mais je sais que le jour va venir le jour vient toujours le jour est toujours venu c’est encore la nui quand je démarre mais ça n’est pas grave le jour va venir

ce n’est pas pareil quand c’est la fin du jour et que tu marches encore parce qu’alors là ça va être la fin pour marcher ça peu même être la merde pour marcher car même avec une petite lampe on voit plu où l’on met les pieds on voit plu où l’on va on peut plus marcher à vue et que c’est beaucoup plus angoissant en tou cas quan on marche seul que de marcher la nui avant le lever du jour car alors on sait que le jour va se lever qu’il s’est toujours levé qu’il devrait normalement encore se lever ce jour-là à moins que

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« La plui », fred griot, dernier télégramme, 2009, prix 12 €, ISBN 978-2-917136-21-8

Guénaël Boutouillet - 10 décembre 2009