Explication de la lumière

« Elle est dans l’air comme du ciel penché jusqu’à nous », Laurent Albarracin.


Dès l’aube, la lumière apparaît. Elle fend brume et obscurité et s’installe. Elle touche ciel et terre en même temps. Elle est du jour mais peut également venir soulever des parts de ténèbres en pleine nuit.
Au delà des bienfaits (clarté, chaleur) qu’elle procure, reste à évoquer ce qu’elle est.
D’où venue, et pourquoi, et comment ?
Pour le savoir, il faut se plonger dans le subtil et très malin (magique) précis que nous donne à découvrir Laurent Albarracin.

La lumière, il ne cherche pas à l’expliquer de façon rationnelle. Cela, d’autres (Aristote, Newton) l’ont fait. Ils se sont penchés sur sa blancheur, sur ses couleurs ou sur les effets du verre à son contact. Les suivre n’est évidemment pas envisageable. Il veut tout simplement capter la lumière, l’observer puis noter ce qu’il voit, pense et suggère.

« en chacune de ses parcelles elle est tout l’incendie, en chaque copeau elle est l’arbre »

Il procède par touches successives. Qui forment petits blocs de prose poétique incisive et légère. Qui s’enchaînant invitent le lecteur au centre du projet. Tour à tour dehors ou dedans. Pris dans la fluidité et la vitesse de la lumière ou contraint, au contraire, de s’adapter à l’apparente immobilité qu’imposent ici des scintillements sur des vagues qui bougent à peine où là des transparences sur l’eau d’un grand puits béant.

« comme l’eau est la partie retombée de l’eau, la part ballante et trempée de l’eau,

comme le feu est la crête coqueriquante du feu, son bréchet d’argile dans l’air et le plus fin soc qui se puisse forger,

la lumière est la vague de soi qui déferle, à la fois son happement par soi et sa débandade en soi comme une envolée de moineaux »

Laurent Albarracin ajoute à ses observations émotions et paradoxes, métaphores et brèves allitérations.
Il sait que la lumière (se) transforme et que l’acuité de son regard ne doit jamais être prise en défaut.

« elle est une tache et le léopard dans la tache »

À son contact « les abeilles sont du miel barbelé ».

Elle brille là-haut et touche le sol en réchauffant les dessous de la terre. Elle est présente partout (y compris dans la crinière des grands fauves) sans jamais pouvoir être capturée par qui que ce soit. C’est là son privilège. Auquel s’ajoute une sorte d’immortalité. Tout cela Albarracin le décrit, le décrypte, l’écrit avec tact et enchantement. Se maintenant, quarante pages durant, sur la crête du jour. À l’écoute. En alerte. En osmose avec celle qui illumine son livre.


Laurent Albarracin : Explication de la lumière, éditions Dernier Télégramme.


Bookmark and Share



Jacques Josse - 19 avril 2010