Il était temps de Benoît Casas

Il était temps suivi de Cap de Benoît Casas
Co-édition NOUS / wharf (Centre d’art contemporain de Basse-Normandie)
88 pages, 20x20 cm, 2010, 14 euros.


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             Fidèle à sa méthode d’écriture par blanchiment de prélèvements dans le corpus de ses lectures (où figurent presque exclusivement des livres de littérature et de philosophie), Benoît Casas poursuit ici son cycle D i.e., il était temps (sonate pour mégaphone) et Cap étant extraits de la cinquième séquence-livre.

             Le premier ensemble est une version réduite, pour la scène [1], de cette séquence, adaptation qui est peut-être à l’origine des répétitions qui y figurent. Il compte trois parties où, à partir d’un ou plusieurs mots en capitales d’imprimerie, un texte se déploie en suivant la diagonale [2] de chaque double page :

             Le titre de la première partie, Spectral, semble correspondre à la fois à une écriture qui exposerait à travers la langue les « subdivisions prismatiques de l’Idée » [3] et à la présence d’un sujet dont la parole est aussi diffractée qu’affirmée, souvent à la première personne. Du coup, on peut légitimement y voir une forme de lyrisme mais qui, contrairement à d’autres prétendument critiques (ou peut-être à prendre au énième degré), sait éviter toute grandiloquence en se décalant vers l’infrasoi :

             La seconde partie, intitulée Nova en référence explicite à Dante, comporte par conséquent une dimension amoureuse plus marquée où l’écriture elle-même revendique clairement sa part d’érotisme :

             Quant à la troisième, Futur, elle est plutôt centrée sur l’instant éprouvé dans sa perte inévitable. Du coup, à condition d’y être sensible, cette dépossession même (due non seulement au passage du temps mais aussi à l’absence apparente de tracé préalable, de sens – unique – de la vie, comme on dit) pourrait constituer un gain existentiel :

             Enfin, l’autre ensemble, Cap (après-coup manifeste), n’est pas d’une facture différente, même si la disposition s’y trouve modifiée (en 11 paires de textes brefs centrés sur la page) et si le propos général relève davantage de ce qui fonde la démarche de l’auteur, en autant de balises qu’il tenterait de suivre, d’axes privilégiés : DIRE / TOUT / ÉTRANGER / HOPKINS / LA VOIE / ITALIE / CRÉER / etc. :

UNE ORGIE

de lecture

il faut avoir tout lu

et puis

de tous ces mots

écrire

un livre

qui n’existe pas

             Ce qui a donc été fait.

Bruno Fern

2 mai 2010

[1D’ailleurs, un CD intitulé Stanza permet d’écouter Benoît Casas, accompagné par Patrice Grente (musique, mixage), dire avec énergie certains textes issus de ce livre ainsi que trois autres : wharf (Centre d’art contemporain de Basse-Normandie).

[2Ce mot est justement le titre du précédent livre de Benoît Casas.

[3Mallarmé.