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Pig City vs Art Farm

Fertile est le sol de l’Angleterre et propice son climat. Il est possible de nourrir dans l’abondance un nombre d’animaux bien plus considérable que ceux qui vivent ici. Cette ferme à elle seule pourra pourvoir aux besoins d’une douzaine de chevaux, d’une vingtaine de vaches, de centaine de moutons – tous vivant dans l’aisance une vie honorable. Le hic, c’est que nous avons le plus grand mal à imaginer chose pareille. Mais, puisque telle est la triste réalité, pourquoi en sommes-nous toujours à végéter dans un état pitoyable ? Parce que tout le produit de notre travail, ou presque, est volé par les humains.
Georges Orwell, La Ferme des animaux, 1945

Promouvoir un travail sans temporalité propre, totalement inféodé à la commande sociale – qu’elle vienne du fouet ou de la faim pour le travail-corvée ou d’une psychologie mutilée de cyber-zombie pour la Surclasse –, incapable de s’articuler avec une intensification de l’individuation pour de grandes masses humaines, bref, se contenter de faire proliférer les cas particuliers d’une espèce : serait-ce tout ce qu’il reste à espérer de l’humanité ?
Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs, 1998

La grippe porcine mexicaine, une chimère génétique probablement née dans la fange fécale d’une porcherie industrielle, menace aujourd’hui le monde d’une fièvre globale. Les premières contagions en Amérique du Nord révèlent des taux d’infection évoluant à une vitesse d’ores et déjà supérieure à celle de la dernière souche pandémique officiellement répertoriée, la grippe de Hong Kong en 1968.
Mike Davis "Le capitalisme et la grippe porcine" pour Contretemps, 2009


Sage l’Ancien aurait certainement une crise d’apoplexie en découvrant le travail de Delvoye ou du bureau MVRDV.
Le drapeau Pied de porc-faucille sur fond evergreen prend une tournure plus critique à l’aube d’une révolution verte.


1 Pig Farm par MVRDV

Les Pays-Bas sont les premiers exportateurs de porcs en Europe et en 1999 il y avait autant de cochons que d’habitants dans le pays. En prenant en compte l’extrême dépendance alimentaire (la viande de porc est la première viande consommée dans le monde) et la situation actuelle où les élevages sont décimés par des épidémies (causées par les modes de production), on arrive à un stade critique où l’on a plus que deux solutions : devenir végétariens ou faire de l’élevage en ferme biologique. Cette dernière solution pose cependant un problème de taille qui est que : l’espace nécessaire à l’élevage du porc passe de 600 m² à 1600 m². Ce qui fait que dans les conditions actuelles les porcs devraient occuper 75% de la superficie du territoire hollandais. Donc à partir d’un problème réel (l’alimentation) et à partir de données chiffrées, MVRDV répond à une demande bien précise (comment transformer l’élevage intensif pour avoir des animaux sains), en l’occurrence mettre en place des exploitations qui se développent verticalement.

extrait de l’article "Retro-futur des villes" sur habiter autrement :
MVRDV et Pig City : Last Exit to Utopia
À la suite de Rem Koolhaas et de son pragmatisme conceptuel ravageur pour les conceptions anciennes, de jeunes agences hollandaises ont fait leur son attitude, en la radicalisant encore davantage. Ces agences, à l’instar de la principale d’entre elles, MVRDV, ont adopté un pragmatisme qui ne s’applique pas qu’à l’élaboration de positions intellectuelles, mais aussi à la fabrication de projets. Il convient ici de noter qu’en matière de projet Koolhaas reste, dans le fond, d’un grand idéalisme, à la manière des architectes modernes « orthodoxes ». L’agence MVRDV intègre à ses processus de conception et à la marche de son bureau tous les acquis, à la fois, du marketing et de Rem Koolhaas, dans l’agence duquel le leader du groupe – Winny Mas – a longtemps travaillé. Cette attitude de relation radicale d’hyperréalisme a conduit récemment l’agence à étudier un projet de ville pour les cochons. Les Pays-Bas sont un des principaux producteurs de porc. Mais le pays est petit et déjà très densément peuplé. MVRDV, financé par le ministère de l’agriculture, a donc étudié des porcheries en forme de tours qui permettent, en empilant les porcs sur plusieurs étages, de constituer une sorte de Manhattan porcine qui a fait scandale lors de sa présentation sur les chaînes de télévision hollandaises
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À lire aussi sur le blog de Transit City :
Veaux, vaches, cochons à tous les étages ?



2 Art farm par Wim Delvoye

home du site de Delvoye

Art Farm, Yang Zhen (Beijing) 2005
Live tattooed pigs

Avec le communisme, le cochon était un symbole capitaliste, et il n’était pas autorisé dans l’espace privé. C’est vrai qu’on épargne de l’argent avec un cochon. C’est un produit d’accroissement biologique et financier. On en attend une plus-value. C’est comme l’œuvre d’art. Même le meilleur collectionneur en attend une plus-value. S’il ne cherche pas un investissement financier, il cherche une plus-value sociale ou symbolique ; un collectionneur dira ça : "Et comment ! Moi, je savais que cet artiste allait devenir important !"
Personne ne veut admettre que la force qui est derrière l’art, c’est qu’on peut le posséder. Je paye des tatoueurs pour tatouer des petites peintures sur les cochons. C’est très spécial de tatouer, c’est vraiment anticlasse, sauf chez les crapuleux. Et je montre au monde des œuvres qui sont tellement vivantes qu’elles doivent être vaccinées... Ça vit, ça bouge, ça va mourir. Tout est réel. L’art vivant, c’est plus intéressant que l’art empaillé.

"Je cherche à donner une cotation à l’art"
Propos recueillis par Geneviève Breerette, Le Monde, 2005
à lire ici




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Emilie Notéris - 7 juin 2010
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