Stéphane Page | Points de vue

Stéphane Page a publié dans les revues Contre-allées, Décharge, Souffles, Le Chant des villes.


Bookmark and Share


s’il me fallait raconter mon histoire, je ne saurais qui convier, quelles conditions réunir pour apparaître. le papier trace un cadre, au hasard, et découpe un point de vue. il y a l’espace, pour commencer : tout s’y produit. des blocs soumis à une perpétuelle transformation le composent. l’espace produit des corps, et ces corps rôdent. la scène manque de lumière, comme ces maisons à la tombée du soir lorsqu’un néon dessine autour d’une soupe une famille quelconque. la vie se passe en noir et blanc. la couleur vient d’un fourmillement, parfois, quand s’ouvre la matière. le corps signe un passage : en pleine configuration, la trace s’évanouit



quand tu es contre moi, je ne pense pas. ton message parle d’une langue que j’aurais perdue, délibérément. je ne peux pas, en regardant mes yeux se fendre dans la glace, parler en mon nom, quand je te reconnais. il y a toujours une ville, dans notre dos, qui nous prépare le pire. le sujet traumatise le verbe. les loups, dans la gorge, périssent hors de la phrase. parmi les accidents, j’aimerais tant être arrivé, comme la pluie. sur la place publique, alors qu’un corps se fabrique, le fermier rêve, longtemps, du vide qui l’entoure. on imagine un fil où vivraient les oiseaux, sans musique. madame, je voulais être à vous, ensemble, et déserter le port d’attache. je redeviens petit enfant, je chasse les mouches sans faire semblant. les alluvions filtrent une voix qui exprime mon peuple. je ramasse du bois, pour la veillée, et disparaître. j’ai vite détesté le bleu des autoroutes




quel que soit notre point de vue, la mer ne cesse de s’étendre. en longeant, pas à pas, les digues où les rivières s’apaisent après des semaines de tension, on retombe sur ses pieds, comme si le sol était irréductible à sa formule. nul écart, ni en deçà, ni au-delà : on porte une coquille sur son dos. lors des périodes de grandes migrations, les murs résistent, autour des failles, mais on sait bien qu’il faut partir : une force émane du milieu. au bord des routes, c’est l’invasion, les chenilles meurent. dans les grandes zones commerciales où les familles s’unissent, chaque week-end, au rythme des ronds-points, nous tournons, solitairement, sans importance particulière. malgré le faste de notre civilisation, les sens giratoires nous inquiètent. nous nous ébrouons, comme des enfants, sans rien pour saccader le sang, dans nos veines, qui fera plus d’un tour. les habitants de la cité fourmillent et la pagaille s’ordonne, sans histoire. les années peuvent filer sans rencontrer d’obstacle. l’aventure, c’est quand enfin, immobile, l’effet se détache de la cause



l’air courbe longuement la fenêtre. il faut créer une embrasure, ici : la panique mène à la cave. j’entrouvre la feuillée, le gravier, et nul ne pourra l’ignorer

c’était un sentiment, depuis : quelques sommeils interrompus, mais les alertes suffisent à notre conscience. le réel interdisait le deuil, comme si le désespoir, incarné, égarait une histoire à manifester. l’affût réduit notre intention. le plus souvent, l’éternité absorbe la fusillade d’images : énigmes à ne pas éclaircir

en admettant une erreur, jouerions-nous notre vie sur le hasard. au terme d’un long silence, le regard s’achève, définitivement

j’évince les possibilités inflexibles. au début des événements, une stricte obéissance exerce le pire. les sections brisent l’autorité de la liste. après tout, devrait-on demeurer aussi docile. différer notre mort pèse sur nous

la véritable conscience de notre isolement, c’est que les choses existent. pour s’en divertir, nos forces souillent la pesanteur. l’attente opère, béante, la clandestinité. il arrivera donc quelque chose

raide / accolés : l’expression effraye. elle garde, pour être en contact direct, un voile glacé, étrange, afin d’arracher le grisaille de l’uniforme

du creuset où apparaissent les forces, je vois où elles se dépenseront. affolé, désordonné, sans visage : le refus. courage, un homme m’arrache au monde. la légèreté qui vient est impossible : l’occasion s’exécute

une nécessité, brusquement, s’éveille : explorer la pénombre, les caresses – écouter bruire, confusément, sans réconfort. c’était comme si : la présence, salutaire, je la remerciais d’être

silence encombré d’un espace : elle trouve l’usage. le premier vent charrie des vides, un désert : peut-être n’est-ce que la cendre. le sol gonfle un sac d’argile par détonations. à intervalles réguliers, nos gestes reçoivent des ordres et nous, paquets d’ombre, véhiculons les émeutes, grillagés

un souffle claque de l’embrasure : peu à peu, chasser s’est répandu, élève les ruines, modestement. à gauche, noircie, la ville sommeille, abandonnée

main sur le front, il prononce le nom. je me rappelle une feuille griffonnée à la hâte. l’ordre s’était levé, lentement, bref. le passage cédait, suivi de deux informations. ce qu’il dit vite n’a rien à craindre : lui-même parle

inquiet, saccadé, ce qui précède les larmes prit la parole : il ne reviendra pas. regarde si la liste figure un nom, pour l’interroger. le temps, dans ces cas-là, sera retour

j’ai reconnu un silence : feu : la flamme s’évanouit dans la parole. l’âge de savoir arrive. les termes sont sévères. le rire cherche une mesure plus légère : pensée

ils finissent le silence. à quoi correspond ce grondement diffus. l’écho dure. j’ignore combien espérait fuir. longtemps, nul mot n’est demeuré moi. d’après les spasmes du moteur, ma responsabilité s’éloigne

lumière du phare derrière le muret : ils s’entretiennent. les voix tranchantes gravissent l’escalier, se braquent vers l’arrière du visage. il y eut plusieurs rafales. nul cri. des aboiements s’enchaînent. (qui les enchaîne au cri ?)

répète ce que tu dis. trop loin, les choses nous rendent fous. avec difficulté, sens, écoute, et penche-toi. hésite, puis enchaîne. une voix saccadée nous recherche. le sang, dehors, devant la grille, observe notre maison

en abondance l’air, maintenant : il faut perdre pour être libre. sans résistance, la marche reprend. un homme trouve son visage. je saigne

à perte de vue, les cordes sont rompues. je ne suis plus moi : je laisse faire la lueur pâle. la pointe désigne un corps. depuis son visage multiple, l’homme se dépasse, quelques minutes



les profondeurs du champ sont démontables : jésus n’ira pas loin. lorsqu’une cavité s’ouvre, un bloc prend forme, loin des grandes unités de production. les restes ont su proliférer, quitter le mouvement des roues à dents. une machine cahote, performe. des émissions liquides forment un cercle au sein duquel s’aggrave un territoire, par miracle. la vitesse, transversale, prépare les connexions, efface les contours, lie la mémoire à un trou d’où les choses apparaissent, disparaissent. la corde peut cesser d’être une corde pour devenir une meute autour d’une force. les zones tempérées prolifèrent. des lacs se forment, et communiquent



prochainement, fortes migrations. des minorités encore floues se multiplient, grossissent des ensembles au sein desquels, peu à peu, la volonté abdique et avec elle, les formes de libre-arbitre que recense toute communauté lorsque ses membres sont dispersés, seuls, face au mirage de la steppe. inéluctable, l’étau se resserre. jour après jour, le monde est relativement bien fait. le miracle opère par une série de chocs. au gré des opérations boursières, l’argent coule, irrigue les masses, personnalise les chocs. nous attendons patiemment que défilent les images sur l’écran. une crèche accueillera vos enfants quelle que soit l’heure




j’espère que tu vas bien. si je savais quel est ton nom, je me tairais. je n’attends rien, je trace des mots pour te chercher là où, chaque matin, s’ouvre un grand cirque. ma mère m’a dit, quand tu ne sais pas, ouvre les doigts, puis croises-les dans une prière. ainsi, c’est bien à toi, ce soir, que je m’adresse les yeux fermés. le fil tendu entre deux rives, où nous marchons, solitairement, est tout ce qui nous lie. je colle un timbre sur l’enveloppe et puis c’est tout. le vide est tellement grand, autour, que nous finirons bien par nous entendre. les trains travaillent pour nous. le feu, l’eau des nuages, l’air remué par les oiseaux, voilà nos pires alliés. ce qui tombe parfois dans les urnes ne nous regarde pas. seul compte le fil, vacillant, et comment on y danse. si je savais à qui je parle, ce que je dis, quel sens mes mots forment au contact des choses, l’enveloppe serait vide. c’est pour te dire, j’ai pleinement confiance en toi. un message lancé dans l’urgence, à l’aveuglette, finit toujours par rencontrer quelqu’un, ou quelque chose. les mots ont cette chance, pendant la trace, d’entrainer assez d’air pour former une flèche, un dard, et créer un impact qui, peut-être, aura ton nom, ta voix, un souffle. la vie commence, un jour, parce que je sais que tu es là, quelque part, à m’attendre. c’est pour ça que je t’écris, chaque jour, dans un très grand silence. occupe-toi bien du chat. regarde longuement les étoiles. à très bientôt



je viens d’un cercle neutre qui se propage. l’absence, le doute, le silence, voilà comment une chimie se prépare. des gosses emmitouflés sous un foulard jettent des pierres sur une cuirasse d’acier, et le soleil décline, depuis des millénaires. avant que la chronique ordonne le vacarme, c’est le fond d’un récit, unique, où les choses s’inscrivent dans l’ordre de leur apparition, donnant sa forme à la syntaxe




clavier pour dire les choses qui tracassent, incapable de ciel (ballet) – cette plume d’orage, noire, sans issue, par la fenêtre, avant de toucher le sol – aujourd’hui, par débordement, on peut oser : immédiat – à nouveau, c’est la vie, peu importe les événements : ciel, bleu, renferme les circonstances pour sourire mais la tête, plate, déserte son nid – morceaux de raison (épines) écorchent la vraie cause : ce qui arrive dans notre dos, depuis le soleil-clé de l’énigme (ne dirige rien), ce point (parole) – une dérive du mystère fouille la notion de sens, et cetera – voilà une onde : impossible de mentionner, là – avoir dressé des chants inconcevables pour une parenthèse, un feu, une pause dans la course – prends le temps qui innerve, souffle, emporte, redistribue : le vingt et unième monde est inédit – même axe, autour du nœud, avec ma peau, mon nez, mes yeux, depuis toujours : en qualité de vivant (température), je plonge – la langue fonctionne dans tout ce qui arrive (elle parle d’ailleurs, sans mon avis) : sans doute a-t-elle un nom à décliner, empreinte (on change de corps) – les choses se passent, j’ai choisi – les choses, comme un aimant, moi-particule incluse : ceux qui ressentent leur peau (s’adressent à tous), ça fait communauté – ensemble, c’est le même fil : rompt-renoue-tend-casse : il y a quelque chose sur les ruines intensément (silence rouge) – l’œil froisse de manière palpable : je raconterais (articulation d’un corps, mémoire) – il y aura une longue nuit, traversée, acceptée (intervalles réguliers, parcours) : dans le noir, plus loin, je raconterais /



nous entendons le sens – direction : chute libre, expansion régulière (existe) – en bas du papier, encadrement pour les besoins de la scène : le néant glisse du raconté (dehors) – il y a s’enfoncer l’être (miroir) : temps-sexe, n’importe lequel – machine dedans sinon comment sort la lumière – l’œil (substance) donne le nom : obscurité d’où qu’elle tombe (incurve, accélère, extensible) – (ici,) vitesse à l’intérieur, au féminin, nouveau, comme un ventre – on dirait que le temps passe – on dirait qu’il vient : quelque chose d’ouvert (recycle, redistribue) – importance sujette à variation (devenir) : substance pourtant, comme l’être – nous connaissons la matière (c’est du temps) – ni devant ni derrière, mais en.ti.té – il travaille où tout se joue (variation) – usage de mot, n’importe lesquels : machine créa le mot lumière (vérifiez) – impulsion première (sans loi) donne visage : chute libre, à vitesse continue, stable, en expansion régulière et cependant sujette à variation – nous entendons le sens (direction) – dans l’encadrement, néant : la scène du raconté (miroir) – s’enfoncer l’être (ça passe n’importe où) – la matière c’est les autres : donner le nom transmet l’obscurité – il tombe (incurve, accélère, extensible) – à l’intérieur, c’est un ventre : une bouche – nous connaissons la matière au féminin : quadrature où se contractent les particules (élan) –

22 juin 2010