Compris dans le paysage

Recueil de Georges Guillain (éditions Potentille).


« Fin d’été, Strutof ». Paysage apparemment calme et paisible, tout entier pris dans la lenteur du mois d’août, avec ses prairies verdoyantes, ses routes qui montent vers la lumière et ses pruniers survolés par des nuées d’étourneaux. Georges Guillain y séjourne. Il arpente ces terres silencieuses. Où beaucoup d’hommes et de femmes connurent il y a peu l’enfer. Le Strutof fut en effet le seul camp de concentration installé en France par les nazis. Ce fut également l’un des plus meurtriers. Plus de 20 000 personnes y furent assassinées.
Goûter, dans ces conditions, sachant ce que l’on sait, « les derniers jours / d’un été blanc / pas encore arraché // de son ombre » et le noter ne peut se concevoir que si l’on s’oblige à remuer le passé pour sentir et écrire ce que le paysage ne montre pas. C’est ce que fait Georges Guillain. En usant de vers brefs, en griffant la beauté, en se frottant à la rouille des barbelés, il tente de capter les murmures de ceux qui veillent sur le flanc isolé de la vallée.

« les flammes de l’été

des ombres
les traversent

montent toujours les escaliers de fer

un paysage autour de grand feuillage combustible jaune durci de faines
sur la tombe de la saison

la pesanteur de leur corps les franchit
d’un mouvement de la jambe
sans écraser ».

Il avance en poussant pas à pas « son corps déjà d’hiver dans la forêt qui dure ». Ce qu’il écrit, à mots couverts, trouve son point d’appui sur un fil tendu à l’extrême. Sa sensibilité ne déborde pas. Le regard est vif. La rigueur coupante. Le visiteur Guillain reste à distance. Il pèse ses mots. Consent à les caler entre de longs silences. Pour dire les mémoires, les figures, les silhouettes qui reposent sous les bois brûlés. « Là / dans le tremblement / l’effaremment / de la phrase ».


Georges Guillain : Compris dans le paysage, éditions Potentille.


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Jacques Josse - 27 septembre 2010