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Lieux

Distingue, relie, fusionne



Notes de travail à partir de la lecture des Structures anthropologiques de l’Imaginaire de Gilbert Durand.



1- L’eau qui distingue

L’eau crée de la pureté, mais pas de manière quantitative : quelques gouttes suffisent pour séparer le pur et l’impur : éclair, trait d’eau.
Dans l’Égypte ancienne, on aspergeait d’eau, on disposait de petits récipients en arc de cercle lors des rituels purificateurs. Dans la Grèce aussi, et à Rome, enfin, où l’année religieuse est rythmée d’activités liées à l’eau lustrale.

En Indonésie, aujourd’hui encore, lorsqu’un inceste a souillé un village, un homme doit entrer dans l’eau pour y sacrifier un buffle ou une poule, après quoi toute la communauté s’immerge pour se laver de la faute.

Sensation, réaction physique que provoque l’eau fraîche sur un visage ou un front : ce que l’on attend d’une purification, c’est qu’elle rompe avec la tiédeur quotidienne. À cet égard l’eau la plus lustrante est la neige, purifiant à la fois par sa blancheur et sa froideur.



2- L’eau qui relie

L’eau fait, c’est une évidence, lien dans l’espace : rivières, lacs et canaux sont des voies d’eau.
Mais plus mystérieusement, c’est aussi en terme de temps que l’eau fait sens et lien : elle s’y trouve mêlée à la lune qui est, comme on le sait, la façon féminine de compter le temps. En ce sens, l’eau est du côté des métamorphoses incessantes, du changement constant, du temps qui s’écoule...

Dans le Mexique précolombien, la divinité lunaire est la même que celle des eaux. Le lien entre la lune et les marées a été connu très tôt des Grecs comme des Celtes, des Esquimaux comme des Maoris.
Penser aux faiseurs de pluie, ces personnages lunaires qu’on trouve en Chine, aux Samoas, en Afrique du sud... aux nymphes...

Quelques animaux sont particulièrement porteurs de valeur temporelle : les nuages, comme les fleuves, se transforment en serpents... les batraciens, les escargots, les dragons représentent bien l’entre-deux du temps et de l’espace : entre la terre et l’eau, entre le jour et la nuit, entre la vie et la mort, entre la femme et l’homme...



3- L’eau qui fusionne

Dans l’univers de l’eau, on s’appuie sur un schéma anthropologique éternel : l’inversion du contenant en contenu.
On passe ainsi de la frayeur de l’inondation à la maîtrise de l’irrigation. De la peur d’être avalé au bonheur d’être re-né : figure de Jonas. Figure plus globalement du poisson, avalant et pouvant être avalé (il y a toujours un poisson plus petit...). Avaleuse, l’eau est aussi force de vie. Lien profond entre ventre maternel et Eau primordiale, entre océan et eaux amniotiques. Fontaines de fécondité.

Dans le Déluge, l’anéantissement donne suite à une renaissance, une régénération. Figure de Noé. Rituels funéraires de lavements. Au final, l’eau est un élément bienveillant, protecteur et donc bénéfique.

Toute eau peut être vécue comme un navire protecteur. Le Nautilus de Jules Verne [1]. Imaginaire de la nef utilisée par les villes pour se symboliser (Fluctuat nec mergitur...).



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Laurent Contamin - 5 novembre 2010
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