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La fiction comme décalcomanie

Maintenant qu’est installée à son rythme une des propositions projetées pendant cette résidence, il est temps d’en faire connaître le projet et le carnet de bord.
Le projet, c’est, au long d’un atelier d’écriture durant toute l’année scolaire, et proposé à une classe de terminale, de procéder à l’écriture à tâtons, et collective, de personnes fictives venant se surajouter à nos vies, comme des données supplémentaires, non prévues par les sismographes sociaux, mais néanmoins en tout point conformes aux vraies données chaque jour collectées sur nous, êtres de chair.
Le carnet de bord, c’est un blog : Traques traces, en attendant peut-être mieux (je rêve d’un site SPIP qui permettrait bien mieux le déploiement de ce petit peuple en attente). Se retrouveront régulièrement sur ce site les compte-rendus d’ateliers et les textes produits, et la vie progressivement ébauchée des personnes fictives échues à chaque lycéen participant.

Le parti-pris, c’est d’utiliser de vrais containers de données, pour dessiner, comme en excroissance, des personnages de fiction nourris de ces données, constitués de ces données.

Pour cela, commencer par l’espace, déterminer un territoire de fiction. Il se superpose au lieu de vie des élèves : un rectangle couvrant Aubervilliers, une partie de La Courneuve, Pantin, Saint-Denis, et le Nord du 19ème arrondissement de Paris. Chaque lycéen s’est vu doté, selon une procédure expliquée en détail ici, qui mêle responsabilité et hasard, d’une coordonnée GPS correspondant à l’adresse de son personnage, et d’une date de naissance. Habitent désormais sur ce territoire 21 personnes surnuméraires, pour tenter que la fiction soit cela et seulement cela : quelque chose d’apposé sur le monde comme un calque, se décollant légèrement à certains endroits, prête à s’envoler, et à emporter avec elle certains intangibles de notre quotidien. Prête, également, à venir s’imprimer dans le réel, à lui tatouer point à point quelques airs d’étrangeté, car l’on regarde mieux le grain d’une peau tatouée que celui d’une peau nue. La fiction, comme une manie, une décalcomanie.
Ce petit peuple, pas du tout constitué en utopie, plutôt, disons, en infratopie (présent sous notre propre lieu), reste maintenant à le faire vivre, c’est ce que nous ferons au cours de cette année.

Premier atelier : Laisser des traces, vider son sac sans s’épancher.
Où se situe l’activité d’écrire dans ce gigantesque fatras de traces déjà laissées chaque jour et par tous ? Écrire, c’est peut-être moins la question des traces qu’on laisse que l’apprentissage à faire de cela, qui est à peine une action : laisser. Laisser, entre donner et abandonner. Laisser pour ne pas s’encombrer, laisser pour laisser à d’autre la possibilité, ou non, de s’en emparer. Laisser, mais pas abandonner, car ce qu’on laisse on peut venir le rechercher (petits cailloux, miettes contre l’égarement, meilleure protection justement, Petit Poucet le sait, contre l’abandon).
Un jeu proposé sur la question de ce qu’on laisse voir de soi : vider son sac. Vider son sac, comme l’on croit parfois que c’est à cela que sert d’écrire. Vider son sac mais littéralement, objectivement : faire l’inventaire de tout ce qu’il contient, tiret après tirets. Comme si ce sac, le nôtre, avait été trouvé dans la rue par quelqu’un d’étranger, et qu’il s’agissait de décrire au mieux, rapport de police, son contenu. Et dans cette littéralité, cette objectivité proposée, s’exerce déjà toute une liberté, car personne bien sûr pour vérifier que l’inventaire est exhaustif, et personne non plus pour déterminer le curseur de précision apporté à la description de ce contenu. Écrire : une manière de laisser des traces en contrôlant subtilement ce qu’on laisse.
Voir ici les productions des élèves, ici, mon propre sac, ici enfin, dernier exercice, ce que les élèves ont inféré de ce que j’étais, moi qu’ils ne connaissaient pas, à la lecture de l’inventaire de mon sac. Je suis seule à savoir, au final, où ce texte rencontre, rend compte de ma propre identité, et où cela la brouille.

Deuxième atelier  : faire entrer le monde par la fenêtre
Après avoir déballé son intérieur, mouvement inverse : comment faire entrer l’extérieur dans notre intérieur ? Comment voir le monde de sa fenêtre ? Proposition d’écriture empruntée à François Bon, voir de sa fenêtre, celle, intime, auprès de laquelle on dort. Puis, le même exercice mais décalé, décollé : ce personnage juste créé, connu par ces coordonnées GPS, son emplacement sur Google Earth, son adresse postale, aller numériquement au plus près de lui, se déplacer dans Google street view pour voir son immeuble, décider quelle est sa fenêtre, puis, travelling 180°, voir ce que lui même voit de sa fenêtre, en rendre compte. Premières ébauches,à suivre.



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Cécile Portier - 13 novembre 2010
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