Les corvéables, les répondants

Recueil de poèmes d’Éric Ferrari.


Éric Ferrari est plus proche du silence choisi que de la parole déliée. Cela ne l’empêche nullement d’ inscrire, à même la légèreté de l’air, des proses courtes au sein desquelles il serre ce qu’il effleure, ce qu’il ressent, jusque dans l’hésitation et l’éraflure, en avançant livre après livre dans un territoire poétique bien particulier. C’est celui des grands taciturnes, celui où s’assemblent justement ceux que l’on nommait « les corvéables, les répondants », ces serviteurs funéraires qui étaient autrefois déposés sous forme de statuettes dans les tombes de l’Égypte ancienne. Chacun était façonné à l’effigie du mort dont il devait prendre la place pour continuer d’effectuer les corvées en cours.

C’est à leurs côtés, ou tout au moins en pensant à eux, en réactivant, par effraction, leur présence dans un temps, une époque qui n’est plus la leur, qu’il cherche ce qui se voit à peine. Cela touche à ce qui s’entend, à ce qui bruisse, à ce qui reste assez léger pour ne pas attenter au calme souhaité.

« Notre surcroît d’être sera une petite neige qui réduira tout à un néant fragile, comme ton souffle après l’effort. »

Discret, à la limite de l’effacement, il réussit à créer un contact qui atteint, par secrètes vibrations, ce qui vit aux alentours de son corps. Ce peut être une simple buée, un souffle d’air, des pointillés de poussière, le rouge éphémère d’une fleur sur le déclin ou une vague invisible que froisse un reste de lumière...

« C’est dans la dissolution intime, stratégique, que nous rencontrons le babil d’une joie commune.

Eau. Cendres chaudes. Farine.

Tant de premiers éveils, réinventés dans l’acquisition laborieuse des marges majuscules.

Aspergez-moi ! Aspergez-moi ! »

D’un été l’autre, son livre traverse chaque saison et tourne autour de silhouettes infimes qui préfèrent souvent s’éclipser pour que l’on saisisse au mieux les subtilités minérales et végétales qui leur donnent vie.


Éric Ferrari : Les corvéables, les répondants, Cheyne éditeur.


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Jacques Josse - 28 novembre 2010