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Des archives personnages

Point de vue de Hélène Frédérick, écrivain





On pourrait évoquer l’utilité des archives pour inventer, comme l’utilité de conserver de vieilles pièces quand on est réparateur, que cela nous ramènerait au caractère indispensable du souvenir dans l’écriture. Traces de parfums dans la mémoire, empreintes de caresses, d’images, ou pourquoi pas, dans ce cas précis, de bruits : autant de matières pour construire une maison-roman, un nid-récit.

Le souvenir d’un son, d’une parole, comme source d’invention de personnages. J’ai longtemps rêvé de pouvoir garder des traces sonores de certains moments, où l’on voit naître des personnages ou des histoires, afin de pouvoir ensuite les consulter comme on regarderait un album photo, pour coucher sur le papier le résultat de ces captations, pour en traduire des impressions, pour leur donner une suite, ou alors une deuxième vie, dans une histoire.

Parmi les archives d’un homme ou d’une femme, en plus des traces-objets (mégot d’une cigarette partagée qui rappelle un moment unique, une photo élimée, le minuscule cône d’un mélèze, une carte à jouer – cinq de carreau – trouvée sur le trottoir à Montréal), des traces-images (vous fermez les yeux et vous retrouvez la neige épaisse des hivers de votre enfance, la cour d’école, le visage de votre confidente, le café italien rue St-Viateur où vous alliez parfois lire le journal avant de vous rendre au bureau), il peut y avoir des traces sonores, conservées grâce à un petit appareil de captation acquis pour pas cher.

Ainsi dans mon album à souvenirs audio, à consulter pour écrire, comme on récupère des bouts de ficelle, il y a :

des conversations de café



un gamin sur une ligne de métro



l’étrange cri du huard, la nuit, sur le lac Archambault



un orchestre qui répète, entendu par une fenêtre, au hasard, dans une rue de Lujbjlana







30 novembre 2010
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