Folle Avoine

"Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la forme pour elle-même mais plutôt la relation entre l’expérience d’un individu et l’expression qu’il va en donner."
(Yves Prié)


Nées en décembre 1980 avec la publication de La Venelle des portes de Heather Dohollau, les éditions Folle Avoine offrent, trente ans plus tard, un catalogue impressionnant. Plus de 260 titres y figurent. Presque tous ont été imprimés par l’éditeur lui-même, Yves Prié, typographe œuvrant dans le silence d’un atelier où il aime se retrouver seul, tels avant lui René Rougerie ou Guy Lévis Mano dont il rappelle, dans un récent texte d’hommage, que la volonté était simplement de créer des livres en s’emparant « de la voix d’un autre pour la transcrire en pages d’une évidente lisibilité ».

Cette voix dont Yves Prié s’empare lui aussi en l’imprimant pour la donner aux autres est la plupart du temps celle d’un poète contemporain. Il vient d’ici ou d’ailleurs (de territoires où circulent d’autres langues) et intègre la belle compagnie que l’éditeur a réussi à nouer autour de lui.
Éditer de la poésie, ce n’est pas seulement donner à lire et à partager. C’est également – et tout le catalogue Folle Avoine nous le prouve – savoir ouvrir des fenêtres presque invisibles, peu exposées à la lumière mais néanmoins capables de transmettre des éclats lumineux à ceux qui s’y accoudent. S’y retrouvent, tout naturellement, des auteurs discrets, travaillant dans l’ombre, poètes au timbre fragile mais assuré, ciselant des fragments de paysages qui leur sont familiers et qui se tournent fréquemment vers le dehors sans pour autant garder au secret des émotions et des tourments plus intérieurs. Ainsi Michel Dugué, Denis Rigal, Serge Wellens, Pascal Commère, Claude Mettra, Jean Dubacq, Jean-Paul Hameury, Denise Le Dantec et bien d’autres, dont de plus jeunes tels Jean-Louis Aven, Mérédith Le Dez ou Didier Jourdren...

Il arrive assez souvent qu’ici les peintres (Sénéca, Le Bayon, Fedorenko, Dilasser) décident de faire un bout de chemin avec tel ou tel auteur rencontré ou redécouvert en des creux secrets d’atelier où l’éditeur aime mettre en contact des connivences, des sensibilités et des fragilités communes. Cela se passe sous le regard de quelques grands anciens (Palante, Guilloux, Grenier, Lequier) qui ont pour plus petit dénominateur commun d’avoir tous longuement fréquenté – et aimé – la baie de Saint-Brieuc, là même où les éditions Folle Avoine ont vu le jour. Non pas pour s’y cantonner à demeure mais bien pour prendre l’air du large (allant de ce fait vers d’autres terres) et pour s’ouvrir en créant de discrètes et remarquables passerelles alentour.


Pour mieux découvrir les éditions Folle Avoine, rien de mieux que de visiter leur site avant de visionner la vidéo récemment mise en ligne par Henri Huchon et dans laquelle Yves Prié parle posément de sa démarche, de ce qu’il a appris auprès de René Rougerie et de son propre travail d’éditeur.

La Maison de le poésie de Rennes a organisé le mercredi 15 décembre une rencontre / lecture pour marquer les 30 ans des éditions Folle Avoine. L’éditeur était accompagné de Heather Dohollau, Alain Kervern et Nicolas Fedorenko.


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Jacques Josse - 11 décembre 2010