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À la Poursuite du Vent

Le sentier fait un coude

Je me taille

Partir, toujours partir

Ne jamais arriver

Les flancs du monde respirent

Longer la côte

Avec un doigt de folie chevillée à nos corps

(Il faut bien épauler la chance)

De col en col par le chemin des crêtes

Quitter bassins et villes, quitter le bras des fleuves

Préférer les dorsales où le vent chante et cogne

Derrière nous

Au front des vagues

Au front des cimes

Monte l’aurore

On n’a qu’une vie

Un jour

On comprend ça

Alors on

On lâche

Un temps

Ce qui est dit, autour : « elle prend le large », « elle prend du recul », « elle prend des risques »…

En fait on prend rien :

On lâche.

Le théâtre du monde, oui, on lâche :

C’est tellement plus simple, l’océan, la montagne

Tellement plus simple que le théâtre des villes mondialisées

Même le danger là-bas c’est plus simple que le danger des villes mondialisées.

On s’était dit tu serais Alexandra, moi Anita

Alexandra David-Néel et Anita Conti

La femme aux semelles de vent et la dame de la mer

Et pourquoi pas aussi Peggy Bouchet, Ellen Mac Arthur, Claudie Haigneré,
Ella Maillart, Maud Fontenoy, Isabelle Eberhardt

Alexandra, Anita, toi, moi et toutes les autres

Mais le théâtre de ça aussi il faut le lâcher

Aventurer le corps

Franchir

D’autres seuils

D’autres frontières

C’est toujours ailleurs qu’est ta place

Là, on ne fait pas semblant

On n’occupe pas sa vie à tuer le temps

(Pourquoi vouloir le tuer d’ailleurs ?)

Il y a un grand élan qui traverse tout

Alors un jour

Un souffle dans un souffle

Tu pars

Un temps

De toute façon les choses nous quittent tôt ou tard

La vie nous quitte tôt ou tard

Ça coule comme un torrent

C’est illusoire de vouloir s’accrocher s’agripper se ferrer se hameçonner

Sur une planète naviguant dans l’espace à trente kilomètres à la seconde

Cent mille kilomètres à l’heure

Trois cents fois le TGV

Des nuits d’énigme sous nos peaux

Merveilleux silence

Merveilleuse solitude

Et merveilleux nuages

Où finit votre course ?

C’est tellement plus simple, l’aventure

Même la peur là-bas, c’est plus simple que la peur des villes mondialisées

Peur de ne pas être à la hauteur

Peur de ne pas être aimé

Peur de ne pas être tout court

Pars jusqu’au lieu de l’eau où naissent les grandes houles

Fais-toi des réserves de sel pour tes vieux jours

Ne te laisse pas enliser dans la marée des liens, des choses et des actions

Désencombre-toi, désennuie-toi : voltige

Fais ce que tu aimes et aime ce que tu fais

Un temps

Des nuits d’énigme sous nos peaux

A la Poursuite du vent, Laurent Contamin

Laurent Contamin - 7 janvier 2011
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