atelier au collège : le "puits aux souhaits "
de Jérôme Pintoux

Jérôme Pintoux enseigne la littérature dans un collège de Poitiers. On a publié plusieurs fois sur remue.net ses faux rêves.

C’est sur cette technique de textes brefs, où la fiction s’appuie sur mythes et légendes, qu’il propose un atelier d’écriture aux élèves volontaires.

Thème choisi pour ce 1er février 2005 : le Puits aux souhaits, voici quelques extraits de la séance.


Sans titre

Un jour qu’un homme passait devant le puits, il fit le voeu d’avoir énormément d’argent. Et là un énorme tas d’or tomba du ciel. Il en fut couvert et mourut étouffé. Le pire, c’est qu’il n’a même pas pu en profiter.

(MG, 3ème).

Puits du village

Tout le monde croyait au Puits aux Souhaits. Il avait réalisé les voeux de tous les habitants. Certains étaient devenus riches, d’autres s’étaient mariés, et d’autres encore avaient trouvé l’emploi idéal. Mais, depuis que la boulangerie Au pain doré s’était installée, on l’avait démoli, car il faisait de l’ombre.

(XR, 4ème).

Au puits

Au puits aux souhaits, on vendait des friandises, des mascottes. Les enfants y lançaient de toutes petites pièces, espéraient que leurs parents resteraient ensemble. Le brochet les avalait goulûment, croyant que c’était du pain d’autrefois, des gâteaux. Puis il ronchonnait :

"Maudits enfants. Ils veulent ma peau, me casser les dents. Leurs voeux, je ne les réaliserai pas."

Et l’eau était troublée, et les jeunes filles aussi.

(J.P.).

Le seau aux souhaits

C’était une espèce de vieux seau englouti par la mer, et recouvert d’algues. Il servait de puits aux souhaits pour les petits brochets qui passaient de temps à autre par là. Certains lançaient une petite pièce et espéraient trouver l’âme soeur. D’autres essayaient d’atteindre le fond pour essayer de récupérer les quelques rares pièces qui y gisaient. D’autres encore ne s’en approchaient même pas, évitant ce genre de superstition.

(XR, élève de 3ème).

Le Puits

Un homme jeta une pièce dans une fontaine qui avait une eau d’une rare pureté. Elle était soi-disant magique. Il jeta sa pièce et dit : "J’aimerais vivre pour toujours." Son rêve fut exaucé. Une sorte de pieuvre attira l’homme par un pied et le souleva vers sa gueule. Son sang ruissela dans la fontaine, ce qui donna une couleur grenadine à l’eau.

(EG, 4ème).

Le puits aux souhaits

Le puits était ouvert à tous. Un jour que Louis XVI se promenait, il s’y arrêta. Il y jeta un énorme écu d’or et fit le voeu d’être immortel. Manque de chance, la pièce atterrit sur la tête du poisson qui réalisait les voeux, et l’assomma. Depuis ce jour, ce n’est plus qu’une vague légende.

(MG, 3ème).

Les contraintes

Le brochet ne supportait plus les contraintes. Il ne voulait plus que l’on interprète ses prophéties. Il les vendait aux journaux de province. Les quotidiens les publiaient avec les horoscopes. Il avait prédit l’invasion de l’Irak, les photos de Titan, les meurtres au Carnaval de Nice, la victoire des marionnettes, le déménagement de Madame François. Mais l’eau du Puits maintenant était toute tarie, car il en buvait une lampée à chaque prophétie.

(J.P.).

Les Pièces d’or

Le vieux brochet comptait ses pièces d’or. Il en avait de toutes sortes. Des louis français, des ducats, des doublons espagnols, quelques sesterces gallo-romains. Toutes ces pièces, il les avait trouvées au fond de la rivière. On y en jetait depuis un temps immémorial. Il les collectionnait farouchement, les thésaurisait. N’en dépensait que quelques-unes pour s’acheter des chewing-gums, ou des CDs de la Star Ac’.

(J.P.).

Mais qui est donc le Marchand de Sable ?

Un jour, une petite fille demanda à son grand-père :

— Dis, papy, c’est qui le marchand de sable ?

Son grand-père lui raconta :

— Le Marchand de Sable est très cruel. S’il a du sable, c’est pour aveugler les enfants. Puis, par la suite, les emmener sur son nuage, pour les cuisiner aux petits oignons.

(EG, 3ème).

Le Brochet et le marchand

Le Brochet connaissait bien le Marchand de Sable. C’était un vieux poisson, un vieux goujon, avec lequel il avait fait la route des Indes, passé les fleuves, franchi les ponts. Ils étaient allés jusqu’au Gange, s’y étaient baignés, s’y étaient métamorphosés. Le goujon en avait rapporté des sacs de sable somnifère, et depuis il les jetait dans les yeux des enfants, leur faisait les poches, leur prenait leurs rêves. Ah, la sale bête !

(J.P.).

Le Puits du château

Le château était très grand. Les arbres lui faisaient de l’ombre, et la grille pour y accéder restait toujours close. Il y avait eu autrefois un meurtre, et la tête de la victime avait été retrouvée dans un puits. Peut-être qu’un jour ce puits servira à faire des souhaits, qui sait ?

(XR).

L’équerre

Dans la salle 226, de mon collège, c’est M. Pintoux qui nous fait cours. Sur le mur, à côté du tableau, se trouve une équerre. Un jour, je vis sur cette équerre qu’une goutte rouge y coulait. Une fois le cours fini, je fis une enquête. La goutte de sang appartenait à Marine, une de mes meilleures amies. Pas étonnant qu’elle ne soit plus là, depuis la séance du 1er février 2005.

(EG, 4ème).

Le match

Les géants avaient envahi la planète. En ce temps-là, l’atmosphère n’existait pas. Il y avait juste cette bonne planète bleue. Ils avaient été exclus, et envoyés sur Mars. Depuis, ils ont créé une équipe de foot. Et d’ailleurs, la soi-disant météorite, qui est à l’origine de la disparition des dinosaures, n’était peut-être qu’une balle perdue.

(MG, 4ème).

Au Puits aux Souhaits

Il y avait de la Chance, mais les gens ne l’utilisaient pas. Ils souhaitaient des choses insensées, la baisse des prix au Géant Casino, la montée des eaux du fleuve, les photos poussiéreuses du printemps. Des sirènes un peu glauques sortaient du Puits, couvertes de haillons, demandaient des sous, jetaient des sorts en cas de refus.

(J.P.).

Bonus tracks

sous l’appellation "bonus tracks", voici les "faux rêves" sur le thème du "puits aux souhaits" préalablement accumulé par Jérôme Pintoux lui-même, et lus aux élèves en début de séance.

Au Puits aux Souhaits

Les enfants jouaient au puits aux souhaits. Ils s’amusaient à jeter des pièces dans l’eau, à formuler des voeux.

"Moi j’espère qu’il n’y aura pas de devoir de maths la semaine prochaine..."

"Moi je veux découvrir un trésor dans l’étang..."

"Moi, que mon père va retrouver du travail..."

"Moi je voudrais que cet horrible poisson disparaisse de cette rivière, qu’il n’y ait plus cette malédiction..."

On y jetait des sous, des centimes d’euros.

C’est alors qu’ils entendirent un petit bruit de grelot, qui venait du fond du puits. C’était un lièvre qu’on y avait noyé jadis. Il accomplissait certains souhaits en émettant un petit bruit de sonnette. Cela signifiait qu’il les avait acceptés. Mais il ne les réalisait pas tous, pas toujours. Dans les jours qui suivirent, les enfants eurent un devoir de maths particulièrement monstrueux. Aucun poisson difficile ne fut pêché. Aucune nouvelle offre d’emploi à l’A.N.P.E. Aucun anneau d’or au fond de l’étang.

(23.01.05).

Vengeance posthume

Même au bout de l’hameçon, le brochet prophétisait encore.

"Aaarhg ! Maudit pêcheur ! Le Seigneur du Froid viendra et vous transpercera !"

Cela amusait les humains à la ligne. Ils ne comprenaient rien à ces aberrations. Mais quand l’hiver revint, qui trouva-t-on gelé au fond de sa vieille Deux Chevaux ? Celui qui avait pêché le brochet. Avec un hameçon dans le coeur.

(26.1.5).

Tombeau d’un brochet

On écrivit en épitaphe :

"Il avait cherché l’âme soeur

Il ne trouva que l’hameçon"

On se recueillit devant sa tombe. Les petits poissons vinrent y faire leurs prières, quelques éclaboussures. Mais quand le médecin légiste voulut l’exhumer, le tombeau était vide. Il ne contenait plus qu’une grande arête. Le brochet, on l’avait mangé au court-bouillon.

(27.1.5).

L’enfance du brochet

Vous savez tous que ce brochet était orphelin. Son père avait été pêché par les Niortais, sa mère mangée par les Poitevins, lors du siège de Poitiers, il y a bien longtemps. A six mois, c’était un pauvre petit alevin, n’ayant pour semelle à ses nageoires que la vase de la Sèvre. On ne sait comment il franchit l’intervalle de six mois à seize. Une carpe lui donnait un ver par-ci, une truite lui jetait un gros asticot par-là.

(28.1.5). Détournement d’un extrait de ND de Paris (1831).

Les photos du bout du monde

Ce vieux brochet, dans la vase, pourrissait lentement. Mais il y avait ces prophéties sur les nuits de Chine qui l’inquiétaient étrangement. Quand la lune devient soleil, les étoiles farcies à l’huile. Quand on ouvre une boîte de sardines et qu’on y trouve des planètes, de fleuves d’hydrocarbures, et très peu d’atmosphère.

(28.1.5).

François Bon - 2 février 2005