Dessins pré-textes (5)

Une "scribeuse" est une petite forme verbale qui regarde des dessins de plantes. Au même titre qu’une "zooscripture" [qui regarde des dessins d’animaux] c’est une variété de "catapoème", c’est-à-dire un texte en référence, en réponse, en concordance avec un dessin pré-texte qui l’initie.

Les scribeuses sont de la famille des Panacées (ou des Piérides, les savants ne sont pas d’accord).

Les caractères de cette variété de plantes représentent des terres inconnues toujours à découvrir, un monde vivant qui se fait, se parfait, se défait et se refait interminablement devant nos yeux.

1. La Pointue [3-8 juin 2011]

Quand le soir ferme la terrasse

et qu’au coin La Pointue diapazone encore

emplissant l’air de notes conformes aux circonstances

avec quelle rapidité le chat qui se lève alors

de sa mâchoire jalouse lui mordille les pointes.

Nous en avons la langue qui fourche et la gorge qui pique.

2. La Douce [11-13 juin 2011]

Quand le lever du jour ouvre les volets

et qu’au mur La Douce saxifrage encore

affleurant la fenêtre d’un rameau coplanaire

avec quelle lenteur le chat qui somnole alors

de son inspiration pythique lui fleurit les blasons.

Nous en avons le cœur qui quadruple et le battement qui s’emballe.

3. La Succulente [16-21 juin 2011]

Quand le lendemain devient ce qu’il doit être

et qu’au trophée La Succulente enlaure encore

contournant la diplopie des grasses matinées

avec quelle satisfaction le chat qui paraît alors

de son humeur joyeuse lui mouille les labiées.

Nous en avons la pimprenelle qui embaume et le bout des doigts qui voit double.

4. La Dentelée [23-25 juin 2011]

Quand la veille laisse des empreintes

et qu’au pinacle La Dentelée orfèvre encore

découpant la géographie d’un littoral lierreux

avec quelle prudence le chat qui prend garde alors

de son œil casanier lui signe les prestères.

Nous en avons les dents qui brillent et la carte qui dentelle.

5. La Précieuse [29-30 juin 2011]

Quand le passé abat son jeu

et qu’aux pavés La Précieuse traquenarde encore

en balançant la ligne au plus près de la terre

avec quelle envie le chat qui la désire alors

de sa moustache aphasique lui parle du beau temps.

Nous en avons le bulbe qui gonfle et la tige qui porte à peine.

6. La Grimpante [2-3 juillet 2011]

Quand le moment est arrivé

et qu’à la talanquère La Grimpante varappetite encore

en bêchevetant feuilles domestiques et feuilles sauvages

avec quelle gaieté le chat qui l’effleure alors

de son frottement sans pareil l’absout de ses années.

Nous en avons la voix qui cintre et l’accent qui chante.

Catherine Pomparat , Laurence Skivée - 5 juillet 2011