Dessins pré-textes (6)

Les petites formes verbales qui regardent les dessins « des merveilles » sont des "catapoèmes" confectionnés depuis un nom propre inventé devant chaque dessin, des "fantaisies onomastiques", six pièces inframinces où tout état de merveille, c’est-à-dire de chose dessinée, est en relation aux autres au moyen d’une chose écrite.


Or l’esprit se tient prêt et toujours il s’attend

à voir la suite d’une chose ; elle advient donc.

Lucrèce, De rerum natura, IV, 805-806,

trad. J. Kany-Turpin, GF Flammarion.

1. du Solide [7-9 juillet 2011]

Moi, Pierre du Solide,

rocher du Parc Philosophique,

je conte des merveilles.

Tout ermite que je suis,

le spectacle de l’air me touche.

Mon granite offre ton volume à l’escalade.

À la ligne de crête, une femme perd l’équilibre.

─J’entends battre mon cœur de pierre.

2. de l’Air [11-12 juillet 2011]

Moi, Alma de l’Air,

repli de la Chambre d’Amour,

je conte des merveilles.

Tout équilibre que je suis,

le volume du ciel m’habite.

Mon voile chiffonne ta plissure au mouvement.

Au trait solide, une ligne de beauté serpentine.

─J’entends crisser mon âme de fluide.

3. de l’Équilibre [14-17 juillet 2011]

Moi, Gaëtan Gatian de l’Équilibre,

incipit du chapitre de Sainte-Balance,

je conte des merveilles.

Tout commencement que je suis,

le courant d’air me donne du volume.

Mon premier mot coupe ta ligne en deux.

À la lettre près, un corps solide et moi itou.

─J’entends chanter mon point d’appui.

4. de l’Action [19-20 juillet 2011]

Moi, Marceline Saint-Frusquin de l’Action,

gigue du bal de Mâche-Bouchon,

je conte des merveilles.

Tout air de danse que je suis,

les tourbillons tournent en équilibre.

Ma ligne de pas dessine le volume de tes courbes.

Au contrepoint, le solide mute en chapelloise.

─J’entends les tours contents de mes vieilles guiboles.

5. de Ligne [23-25 juillet 2011]

Moi, Charles Joseph de Ligne,

épistolier de la tsarine Catherine,

je conte des merveilles.

Tout séducteur que je suis,

écrire des lettres c’est du solide.

Mon volume de roses chante ton bouquet de tiges.

À tenir l’équilibre du phrasé, l’air et la chanson correspondent.

─J’entends l’éloignement tout réduire à un fil.

6. du Volume [27-27 juillet 2011]

Moi, Cléomire du Volume,

suite de La Nature des choses,

je conte des merveilles.

Tout atome que je suis,

continuer le bris des lignes m’équilibre.

Mon air se conforme à ta voix dans toutes ses modulations.

À livre ouvert, ordonnance solide de pages.

─J’entends la liaison du silence unir la nudité de nos corps.

Catherine Pomparat , Laurence Skivée - 28 juillet 2011