Dessins pré-textes (7)

Dans la religion grecque les déesses-têtes sont des puissances apparentées à Gorgô qui se présentent sous la forme de simples têtes. Les Praxidίkai ont la charge de garantir les serments. Praxidiké est une divinité intérieure qui mène les choses à leur terme, pour les paroles comme pour les actions. (d’après Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux, Hachette, 1985, pp. 65 et suiv.)

Les "miroirs d’eau" regardent des dessins pré-textes et voient des déesses-têtes. Ils forment des catapoèmes en reflet et en résonance d’un énoncé-refrain : « l’eau d’en bas s’écouler par le haut ».

1. VOIR [29 juillet-1er août 2011]

Je préfère voir un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui voit.

C’est un calendrier sans dates

voyant les beaux jours revenus.

À chaque fois que ma nuit tourne

je vois pleurer un œil de Grée.

Dès que le soleil se lève

tout VOIR semble plus aisé.

Le cristallin accroche la lumière selon l’inclinaison qui voit l’eau d’en bas
s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans la tête séparée du corps par la vue.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

un œil entre verre et fontaine.

2. ENTENDRE [5-6 août 2011]

Je préfère entendre un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui entend.

C’est une partition sans notes

oyant les beaux sons retrouvés.

À chaque fois que mon chant cesse

j’entends rire une Cydalise.

Dès que l’odelette commence

tout ENTENDRE devient facile.

La clef de sol affecte le pavillon selon l’altération qui entend l’eau d’en bas
s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans la tête séparée du corps par l’ouïe.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

une oreille entre spirale et aqueduc.

3. SENTIR [7-7 août 2011]

Je préfère sentir un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui sent.

C’est un flacon sans étiquette

exhalant les beaux crus dorés.

À chaque fois que mon bouchon saute

je sens tomber un silence d’Yquem.

Dès que la brume s’évapore

tout SENTIR révèle le lit.

Le bouquet éprouve la chancissure selon l’olfaction qui sent l’eau d’en bas
s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans la tête séparée du corps par l’odorat.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

un nez entre cépage et terroir.

4. GOÛTER [9-13 août 2011]

Je préfère goûter un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui goûte.

C’est un poème sans contrainte

tâtant la belle comparaison convenue.

À chaque fois que ma langue rouille

j’aime lécher un sirop de Liège.

Dès que la douceur pénètre

tout GOÛTER éprouve le fruité.

Le sillon creuse les papilles selon l’exhalaison qui goûte l’eau d’en bas
s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans la tête séparée du corps par le goût.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

une langue entre confiture et sonnet.

5. TOUCHER [13-16 août 2011]

Je préfère toucher un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui touche.

C’est un geste sans utilité

agitant la belle impulsion libre.

À chaque fois que mes doigts travaillent

je sais toucher une Main enchantée.

Dès que les paroles creusent

tout TACT se remplit de mots.

La main modèle le langage selon le creux qui touche l’eau d’en bas
s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans la main séparée du corps par le toucher.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

une main entre geste et outil.

6. PENSER [17-17 août 2011]

Je préfère penser un détail inframince du corps de ma déesse-tête.

Il est une déesse-tête

où paraît la partie qui pense.

C’est un volume sans titre

pensant les belles réalités-histoires-théories emmêlées.

À chaque fois que ma phrase change

je pense voir-entendre-sentir-goûter-toucher Praxidiké.

Dès que le livre ferme

tout PENSER est à recommencer.

Le cerveau délivre la résolution de l’image selon le brainstorming qui pense l’eau d’en bas s’écouler par le haut.

Tout se tient là dans les neurones séparés du corps par les pensées.

De toutes les belles choses qu’a la déesse-tête,

un encéphale entre lac et jet d’eau.

Catherine Pomparat , Laurence Skivée - 20 août 2011