Fabienne Swiatly | Dégorger le texte

Laboratoire avec le metteur en scène, les deux comédiennes et le musicien au NTH8 de Lyon. Je leur soumets le texte en cours d’écriture. Une vingtaine de fragments qui tentent de déplier une histoire vraie. Les comédiennes lisent, me rassurent, me demandent de ne pas défendre le texte. En rester au brouillon, à la tentative. J’écoute, j’ai mal au ventre. Je voudrais disparaître. J’ai honte de n’avoir écrit que cela. Heureusement, je constate que la lecture des comédiennes me permet d’entendre ce qui fonctionne déjà bien et ce qui demande à être retravaillé. Les improvisations m’aident à trouver de nouvelles pistes d’écriture.
Pendant cinq jours nous passerons ainsi de la table de lecture au plateau. Impro musique, impro jeu, impro écriture. Première fois que je travaille collectivement un texte.

Ensemble nous faisons dégorger le texte. Cela me plaît même si j’ai hâte de me retrouver seule face à l’écran de l’ordinateur.

Extrait : Qui possède la norme ? Qui décide de la norme ? Norme. Normé. Ce qui n’est pas normal, fait-il mal ? Normal celui qui se fond dans la masse. Qui ne détonne pas. Qui ne dérange pas les habitudes. Celui qui est d’équerre. Celui qui correspond au regard de l’autre. Normal, ce qui ne provoque pas de remous. Normal celui qui s’engage dans les traces des autres. Normal celui qui ne vient pas questionner notre propre normalité. Normal celui qui est en bonne santé, qui a les jambes droites, qui a le corps longiligne, des dents blanches et bien alignées, les muscles ronds, les seins à la bonne hauteur, la queue qui bande, la bouche fraîche, les lèvres pulpeuses, les genoux dans l’axe, les mains soignées, le sexe épilé, la vulve rose, la peau douce, les fesses rebondies, la taille marquée, le cœur battant, le torse glabre, l’apparence saine.

La difformité n’est pas supportable. Je suis normal et tout ce qui ne l’est pas me raidit.

Je suis raide de normalité.

Nommer ici les compagnons de route : Nicolas Ramond, Anne de Boissy, Charlotte Ramond, Sylvain Ferlay.

Fabienne Swiatly - 4 novembre 2011