écouter : Rencontre avec les éditions du Chemin de fer




Les éditions du Chemin de fer éditent, depuis 2005, des textes courts illustrés par des artistes contemporains.
Basés dans la Nièvre, en lisière de forêt et du monde, la maison d’édition construit petit à petit mais avec opiniâtreté et constance une collection qui se dessine au long cours.

Les éditions du Chemin de fer proposent à des auteurs ayant déjà publié la mise en image d’un texte inédit par un plasticien, rééditent également des textes épuisés, inédits ou méconnus du patrimoine littéraire.
La collection Voiture 547 est dédiée à des premiers textes et à des écritures audacieuses.
La collection Cheval Vapeur donne carte blanche à un graphiste pour s’approprier la mise en forme d’un texte.

Cofondateurs du Chemin de fer, Renaud Buénerd et François Grosso présentent leur travail éditorial.

Christophe Fourvel, écrivain, et Natalie Lamotte, plasticienne ont réalisé ensemble le livre La dernière fois où j’ai eu un corps. Ils témoignent de leur travail.

Rencontre animée par Eric Pessan.




Peintures de Natalie Lamotte :





Extrait du texte de Christophe Fourvel :

Le mieux que j’ai connu dans les camions, c’est une boisson chaude et un rêve. Je ne sais pas comment il a fait le rêve, pour tomber là, dans les plissures de la bâche et des cachets, dans le chaud froid des routes sans éclairage mais j’ai pris un rêve en dormant pendant que du sperme pourri séchait dans ma culotte emportée pour Parisit. Un rêve où je courais dans les rues de Tirana qui étaient encore de terre avec ma chaussure qui était cassée. Mon pied n’était pas dérangé à marcher dans de la boue, et j’étais étonnée que ce froid de la terre donne du plaisir à mon pied, même si quand j’avais un corps, j’aurais dit autrement. C’était un jour de marché avec des vendeurs de choses utiles qui s’étalaient jusque sur les escaliers des petits immeubles qu’Enver Hoxha avait dessinés parfaitement rectangles pour son peuple. “A peine plus hauts que larges nos immeubles, comme des dignitaires communistes”, disait ma mère. Et je retenais la couleur des objets plastiques avec mes doigts. J’emportais la couleur des seaux, des pelles, des cantines : rouge, jaune, vert qui restaient collés seuls à mes doigts. J’ai essayé de garder ce rêve comme un conte mais il est parti avec l’effet des cachets. Après, ce que j’ai trouvé de mieux, c’était le sourire de Saïda. A chaque fois qu’il ressort sa queue de moi, je lui fais le sourire de Saïda. Tu comprends vite avec les hommes qu’ils sont des machines simples. Tu leur fais le sourire de Saïda au moment du remballage et ils prennent ça pour un compliment envers leur charlatan. Ils ont l’humeur du cow-boy qui fait claquer la monnaie sur un comptoir du saloon.

8 janvier 2012