Césarine de nuit d’Antoine Wauters

À l’automne 2011, la revue a publié des extraits de Césarine de nuit.
On écoutera ici la rencontre organisée par Jean-Marie Barnaud avec Mariette Navarro et Antoine Wauters qui avait lu des extraits de son texte.

Césarine de nuit vient de paraître aux éditions Cheyne dans la collection Grands fonds.

Le blog d’Antoine Wauters.





La nuit point. Césarine ouvre l’œil. Où elle dort à demi et lève menus objets : chaque pierre petite, piétinée par oubli, moindre sève, moindre chardon trop court. Dans le cru, la crudité de l’aube, la lumière blanche qui la blesse au plus près, sa voix lève laines, lins rêveurs, souvenirs muets. Césarine de nuit, sœur cœur du tendrement laissé, de l’assis rendant l’âme, de Fabien l’aigrelet.

Elle veille assise à la fenêtre, au lit pluché non loin de voir, par là, couler le fleuve en la grande ville. Césarine bleue de nuit, petit ventre ronflant, petit corps encrassé qu’on garde sous nos yeux, très tendre en son empire. Ne sait rien des douleurs à venir, de Fabien ventre à terre et de ses os brisés. Il lui faudra faire chemin d’abandon, de renonce. Fendre la joie, le fil aimant, sa vie au bois comme l’eau vive. Elle partira vide.

Aux longues jambes et au très petit short, aux longs cheveux qu’elle attache ou laisse librement courir, elle bondit sous nos yeux en bas de la grande tour centrale. Un pied puis l’autre. Un couloir et puis l’autre. Et ce faisant Césarine chante, et ce faisant, avec vitesse et à mi-voix elle frôle les serrures, les portes bien gardées. Et tous ils sont partis dit-elle, tous les autres enfants, l’aîné et mon jumeau, Fabien peau de ma peau.

Dominique Dussidour - 14 mars 2012