Auteurs

Lieux

matières #12


ache-cache dans la chaleur moite, écrasante, suffocante et impitoyable de cette après-midi d’été, les deux gamins disparaissant en détalant derrière le tas de fumier situé au coin de la grange, à proximité du chai, tandis qu’un troisième entraîne la fille vers le grenier à foin, au-dessus de l’écurie, la laissant passer devant lui pour grimper à la grossière échelle de bois, en profitant pour glisser subrepticement une main tremblante sous sa robe légère aux motifs fleuris, caresser ses cuisses nues et musclées, sentant le grain de sa peau agité de frissons, ses poils dressés à la surface du corps par la chair de poule, la fille se raidissant, soudain tendue, tentant d’abord de le repousser d’un geste de l’avant-bras sans se retourner, comme pour chasser un insecte importun, puis s’abandonnant presque simultanément, saisissant après à peine quelques secondes d’hésitation son poignet pour le guider d’un mouvement vif, énergique et déterminé jusque vers ses fesses ; puis parvenus en haut, se tenant debout face à face dans un instant de suspens, leurs deux visages juvéniles et ardents (celui de la fille avec quelque chose de brusque, de volontaire, d’impulsif, d’audacieux, d’intrépide, de masculin malgré la longueur et l’épaisseur de sa chevelure, ses lèvres charnues et sensuelles, ses paupières en permanence alourdies par une lascive tension, tandis que les traits du garçon, malgré une relative ressemblance, paraissent plus fins, délicats, harmonieux, fragiles pour ainsi dire, avec toutefois une imperceptible étincelle de férocité dans les prunelles, comme celle d’un fauve observant une proie inconsciente du danger qui la guette) s’affrontant d’abord pareils à deux adversaires, deux boxeurs attendant avec une avidité impatiente et rageuse le coup de gong annonçant le début du combat, le signal sonore les autorisant à se jeter l’un sur l’autre dans une furieuse et irrépressible pulsion de désir mêlé d’hostilité, se roulant dans la poussière de paille en se livrant non pas à une étreinte, aussi brutale et clandestine soit-elle, mais à une sorte de lutte, de pugilat, de rituel barbare et cruel, d’affrontement fébrile mené avec une fougue sauvage et indomptable, une violence animale, leurs deux corps nimbés d’une lumière qui semble composée de particules solides et compactes filtrant à travers les planches irrégulières et disjointes de la cloison, l’odeur musquée du bétail s’associant à celle de leur transpiration, entendant juste en dessous d’eux les pas précipités du dernier enfant lancé à leur recherche, la crainte d’être découverts ajoutant à l’excitation physique, le garçon s’emparant des lèvres de la fille pour l’embrasser maladroitement dans un élan forcené et fiévreux, pour ainsi dire désespéré, pétrissant son opulente poitrine avec une ardeur frénétique et bestiale, mordant sa nuque, ses lobes d’oreilles, ses épaules dénudées sur lesquelles perlent de fines gouttelettes de sueur, parvenant à caresser la toison soyeuse de son sexe à peine pubère sous son slip tendu et trempé tandis qu’elle n’oppose de résistance que par la force de son inertie, non pas se débattant mais demeurant figée, immobile, irréfutable de passivité, ayant l’impression de pouvoir même l’entendre retenir son souffle, la bouche entrouverte sur un gémissement, une plainte pathétique et muette, ne parvenant à émettre que quelques sons mouillés qui semblent emprisonnés dans le fond de sa gorge, les yeux mi-clos exprimant une craintive attente, une inquiète supplication, le garçon marmonnant ou plutôt grognant des paroles indistinctes, frottant de plus en plus frénétiquement son bas-ventre contre la jambe droite de la fille en haletant, jusqu’à ce qu’une décharge électrique dans le creux de ses reins laisse apparaître sur son pantalon une tache humide et poisseuse dont il ignore d’abord la nature, vaguement stupéfait, ahuri, dégoûté, ressentant un brusque relâchement musculaire comme à la suite d’un effort violent ou d’un excès de tension, puis se détachant d’elle avec lourdeur, les gestes appesantis par un dépit morose et honteux, se relevant en détournant la tête, l’ignorant ostensiblement, devinant plus qu’il ne voit le voile de volupté satisfaite dans son regard posé sur lui, le fixant avec une attention à la fois réprobatrice et affectueuse, époussetant méticuleusement ses vêtements comme écœuré, amer, répugné, révulsé par son propre plaisir et en même temps éprouvant une aversion profonde pour celle qui en est la cause, incapable même d’un geste ou d’un mot de tendr



Christophe Manon - 29 mars 2012
Suivez-nous : RSS Twitter FB
Toutes les résidences en cours
Dossiers thématiques ->