Voir toujours plus qu’on ne peut voir

























Photographies
Suzanne Doppelt

Suzanne Doppelt La plus grande aberration P.O.L. 2012


(en librairie le 7 mai 2012)
lire sur le site de l’éditeur

le 10 mai : rencontre avec Suzanne Doppelt à la librairie Michèle Ignazi

Écouter Suzanne Doppelt in Vidéo Jean-Paul Hirsch

Suzanne Doppelt était l’invitée de remue.net et des petites philocalies de l’art
au Centre Cerise le 9 avril 2010.

Petite philocalie de l’art n°15 (février 2010)
en regard d’une exposition de photographies de Suzanne Doppelt
"Un homme est tombé de la lune".

Les phrases en polices rouges sont écrites dans La plus grande aberration.
L’enregistrement ci-joint d’une lecture correspond à la dernière page de texte du livre non paginé. Comme une table des matières, une double page de photographies de Suzanne Doppelt termine le livre.

“I feel as if the world can’t be like it is.
It seems full of finished works of art.”
Lynne Cohen

Chants de la terre [1]

voir toujours plus qu’on ne peut voir au risque d’y perdre la vue

Dire certaines choses sur la manière de voir un tableau demande d’attendre le jour où il se lève. Le chant des giboulées est tenace ce printemps. Elle-même, le poète, le philosophe, l’érudit, le photographe, le franciscain, le mathématicien inventeur du principe de compatibilité double glisse sur la surface de l’eau. Pourtant la pluie dure moins longtemps que le tâtonnement du bâton. Pourtant la terre ne pompe plus. Tant mieux le prisme flottant déplace le centre de gravité à perpétuité. La dérive de l’automate n’est rien devant ce que devient l’écriture.

l’eau bouge dans l’eau, dedans c’est la nage molle et volumétrique de l’automate

À l’orée d’un fond noir, à l’axe paradigmatique, à l’axe syntagmatique, à lentement et à bribe abattue, à toute vitesse de bloc de verbes qui hantent l’espace et de bloc d’adjectifs qui font clignoter les étoiles, à la surface d’un livre ouvert et d’un livre fermé, à pour de vrai et pour de faux par pan entier les choses sont des nombres. Le poème encadre des formes et pointe un cercle de portions inégales et égales avec une baguette. L’aberration annonce le retour des yeux. Le tableau est tout poème maintenant dans un tournoiement de table astronomique.

chaque figure regardée longtemps devient des yeux
capables ou pas de se mettre d’accord sur une réalité visible

La plus grande aberration propulse le tableau. Comme sous le fusil un chien, le bâton donne la mesure des mots et des noms aux figures. Un feuillage ou un livre n’est pas seulement une collection de feuilles, des histoires à l’envers en quête non de vues mais de vision. Un retour de bâton n’est pas que réversion. Il y a des osmoses inverses, les bruits écoutés longtemps deviennent voix. « Tu m’as écrit un bien beau livre » disent TOUS ENSEMBLE à Suzanne Doppelt, Jacopo di Barbari, Luca Paccioli, Guidobaldo duc d’Urbino, Dürer et de Vinci Codex Atlanticus.

tu attends le retour des yeux
pour voir toujours plus que tu le peux

La vision stéréoscopique des savantes figures passe par une lentille d’angle et produit une image panoramique du monde dans un livre ouvert et un livre fermé. L’art de voir au présent redonne science et vie aux expérimentations surannées et aux arts appliqués. Toute perception est une expérience. Le poème entrevoit ce qui se passe entre un polyèdre de cristal pendu à un fil de vierge et un polyèdre de terre posé sur un livre fermé par la vertu de forces géométriques. Entre voir et vision la différence d’une croyance de circonstances.

le visible recto verso
muet et aveugle au-delà de 2 mètres

Un assemblage de rapports, de propriétés, de figures et de lignes ne fait pas un savoir, il fait une illusion. Un tableau est une forme vive. La photographie entrevoit ce qui se pose en surface. Une main de lecture bouge son bout de doigt devant l’œil d’une mouche mais sur la table ventriloque les deux compas ne se déplacent pas. Le mouvement prend forme là où la forme trouve son mouvement.

il aime beaucoup agiter son bâton magique
pour qu’elle voit le ciel

Le géomètre n’est pas entré dans son théorème à la manière du fameux astronome, il sort indéfiniment du tableau pour revenir à la rencontre du poème et venir rencontrer le lecteur – la lectrice. Les uns sont les revenants des autres. Dans l’instant où le regard se retourne sur des savoirs constitués, les photographies jouent au bâton de sourcier. Leurs perspectives dépravées refont l’univers entier.

la terre est un disque plat
ou une table

E PUR SI MUOVE

MP3 - 770 ko

Catherine Pomparat - 1er mai 2012