Pierre-Antoine Villemaine | Et le sentiment



des mots privés de vision
une vision privée de mots




ET LE SENTIMENT SE CHERCHE UN VISAGE




elle diffuse des réalités évanescentes
des figures parlées
sans épaisseur
des visages évasifs
impersonnels
des semblants de visage
aux traits éludés

parfois
un pré-visage
se rassemble
vient d’un bond sur la scène

un visage désaffecté
proche de l’épure
écho furtif d’un passé

visage vision
chose à peine permise
chose vite passée
pas même un fantôme
mais le tourment
d’une forme inexprimée

parfois
elle resurgit en un tableau
la figure pensive

elle avance vers notre passé
oublieuse de ce qui l’entoure
repliée vers son être unique et difficile
elle semble occupée à son rêve


je l’interroge
elle ne répond pas

et si ses lèvres s’ouvraient
si son œil mort s’animait
et si le mot qui m’est destiné retentissait ?




ELLE SE TIENT EN RÉSERVE
derrière la paroi de ce visage
à l’immobilité vibrante
figée dans l’instant éternisé d’une figure

prise par défaut
dans le figuré de l’image
elle se sait déplacée ici
l’intime différente
préservée par la dissimulation
offerte comme pure apparence
dans l’image suraiguë

infidèle à la pensée
elle fait la morte

à-présente
ici même vision parlée
essentiellement soustraite
elle est ce corps introuvable
irréalisé dans le travers des mots



elle n’a lieu qu’à se dire
là où elle disparaît





REVÊTUE DE MOTS
elle reçoit tous les corps
elle adopte toutes les formes
équivoque dans le libre jeu
elle se transforme à l’instant même où elle se pose
ligne en variation perpétuelle
« ligne serpentine »
très difficile à entendre, nous ne mentirons pas
elle déprime le sens

rétive à la forme
essentiellement déplacée
encagée dans le jour
elle se démarque
puis se désimage

l’inapparaissante se retire
comme si elle n’avait de sens qu’à disparaître




13 mai 2012