Le don d’écrire est précisément ce que refuse l’écriture.

Le don d’écrire est précisément ce que refuse l’écriture. Celui qui ne sait plus écrire, qui renonce au don qu’il a reçu, dont le langage ne se laisse pas reconnaître, est plus proche de l’inexpérience inéprouvée, l’absence du « propre » qui, même sans être, donne lieu à l’avènement. Qui loue le style, l’originalité du style exalte seulement le moi de l’écrivain qui a refusé de tout abandonner et d’être abandonné de tout. Bientôt, il sera notable ; la notoriété le livre au pouvoir : lui manqueraient l’effacement, la disparition.
Ni lire, ni écrire, ni parler, ce n’est pas le mutisme, c’est peut-être le murmure inouï : grondement et silence.

Maurice Blanchot, L’écriture du désastre.

17 juin 2012