[13] Tel et tel moment de solitude

Premier mouvement. Retournons à la table de travail. Que ce soit des quelques pas avant de toucher du bout des doigts le mur de la cellule ou des huit cents kilomètres qui séparent du domaine de La Coste, il lui serait vain de vouloir s’éloigner de Silling [1] : depuis qu’il travaille aux cent vingt journées, la phrase la plus simple l’y ramène et l’y plaque avec autant de fermeté que le ferait un aimant.

Déroulé au crépuscule, le plan du château : flèches indiquant les circulations, courts traits parallèles signalant les escaliers, pointillés ouvrant les passages, doubles lignes interdisant l’accès, semis de croix sur les salons privés, les chambres secrètes, les cachots, arc de cercle du cabinet d’assemblée et ses gradins. Griffonnées à la plume, les légendes en abrégé. Dans les marges, illisibles, les pense-bêtes. D’une géométrie aussi évidente que le découpage du temps en mois et en jours, l’intérieur est une épure de tous les châteaux qu’il a connus, et ils sont nombreux, qu’il y ait séjourné de son plein gré ou pas : La Coste, Saumane, Saumur, Miolans, Pierre-Encise, Echauffour, Vincennes… et quand bien même le récit en chamboule parfois l’agencement et les proportions. Sous la flamme de la bougie, l’ombre de sa main va et vient le long de la grande galerie, il tente d’apercevoir une silhouette, un visage, cela fuit comme fantômes.

Autour du château, le paysage condense ceux qu’il a parcourus, jeune militaire, pendant la guerre de Sept Ans, 1756-1763, régiment du Roi-infanterie, régiment des Carabiniers du comte de Provence, régiment de Bourgogne-cavalerie. En sortant de l’école des Chevau-légers, il a servi comme sous-lieutenant puis capitaine. Cette période de sa vie, présente au cours des cent vingt journées sous la forme d’objets et de mises en scène [2], reviendra plus directement dans la bouche de Valcour :


Puisse-t-on réfléchir sur le vice dominant de nos principes modernes, puisse-t-on voir que l’objet essentiel n’est pas d’avoir de très jeunes militaires, mais d’en avoir de bons ; et qu’en suivant le préjugé actuel, il est parfaitement impossible que cette classe de citoyens si utile puisse jamais être parfaite, tant qu’il ne s’agira que d’y entrer jeune, sans savoir si l’on a ce qu’il faut pour y être admis, et sans comprendre qu’il est impossible de posséder les vertus nécessaires dès qu’on ne donnera pas aux jeunes aspirants la possibilité de les acquérir par une éducation louable et parfaite.
Les campagnes s’ouvrirent, et j’ose assurer que je les fis bien. Cette impétuosité naturelle de mon caractère, cette âme de feu que j’avais reçue de la nature, ne prêtait qu’un plus grand degré de force et d’activité à cette vertu féroce que l’on appelle courage, et qu’on regarde bien à tort, sans doute, comme la seule qui soit nécessaire à notre état [3].

Campagne de Prusse. Galopant à travers la plaine afin d’observer les positions ennemies il n’avait pas conscience de ce que son œil enregistrait : configuration générale du terrain, reliefs, dénivellations, contreforts, perspectives, au point qu’aujourd’hui encore il peut les décrire avec précision. Bataille de Sondershausen. Il a vu la témérité des soldats qui se battaient au nom du roi et l’incompétence de certains officiers qui les commandaient. Il a entendu le canon tonner et les blessés supplier qu’on les achève. Il a senti l’odeur de la poudre et la puanteur des corps décomposés. Il avait vingt ans. Courageux au combat, timide et furieux dès le retour au camp :

« Quelquefois je fais des visites, mais ce n’est que chez M. de Poyanne [4] ou chez mes anciens camarades des Carabiniers ou du Régiment du Roi. J’en fais peu de cérémonie ; je ne les aime pas. Sans M. de Poyanne, je ne mettrai pas, de toute la campagne, les pieds au quartier-général. Je sais bien que je n’en fais pas mieux ; il faut faire sa cour pour réussir ; mais je n’aime pas à la faire. Je souffre quand j’entends quelqu’un dire à un autre pour le flatter mille choses que souvent il ne pense pas. Il est plus fort que moi de jouer un aussi sot personnage […] [5] ».

Il faut maintenant installer le château dans ses alentours. C’est de la poterne basse et étroite qu’il conçoit, à rebours, le trajet que les personnages auront à suivre. Les éléments de base sont simples à énoncer : chemin, route, sentier ; fleuve, forêt, montagne, plaine ; sommet, rocher, paroi ; oiseaux et mulets – il n’a qu’à les placer dans le bon ordre des phrases. Il y rêve longtemps. Une certitude : ce ne sera pas un voyage d’agrément que d’arriver sain et sauf à la première partie : « Les cent cinquante passions simples, ou de première classe, composant les trente journées de novembre remplies par la narration de la Duclos, auxquelles sont entremêlés les événements scandaleux du château, en forme de journal, pendant ce mois-là. »

Cent fois il dispose et redispose les sommets, les rochers, la plaine. Le plan occupe toute la surface de la table, certaines nuits sous les feuilles il n’y a pas moyen de mettre la main sur l’encrier. Cet homme emprisonné depuis huit ans est libre quand il écrit, me dit quelqu’un. Certes. Son imagination est libre, elle est vive et inventive. Aucun obstacle ne la fait reculer, elle ne se déploie jamais mieux que dans le péril. Mais les objets matériels qu’elle manie, résistent : les deux bords d’un précipice exigent un pont si l’on veut poursuivre le périple. Son dessein : composer une suite logique dans l’ordre spatial et littéraire de façon que le lecteur se la représentera sans effort.

Tout en dessinant le château et le trajet jusqu’au château, il fait le portrait des personnages. Les libertins : Blangis l’aristocrate, son frère l’évêque, Curval le président de tribunal, Durcet le financier - les quatre visages du pouvoir politique. Les sujets : de très jeunes filles enlevées dans seize régions de France et à Paris, d’un milieu proche des pensionnaires éduquées à Saint-Cyr par Mme de Maintenon. Augustine, Fanny, Zelmire, Sophie, Colombe, Hébé (la déesse grecque de la Jeunesse), Rosette, Mimi ou Michette sont aussi charmantes, innocentes que leurs prénoms. Pour la symétrie il a fait enlever autant de jeunes garçons : Zélamir, Cupidon, Narcisse, Zéphire (le vent d’ouest, dans la mythologie grecque), Céladon, Adonis, Hyacinthe et Giton. Quant aux historiennes, la Duclos, selon l’usage, portera le nom de son premier client.

Il s’obstine. La plaine doit être inaccessible, aussi invisible qu’une île qui ne figurerait sur aucune carte de navigation. L’ouvrage - une citadelle avec murailles, fossés pleins d’eau, enceintes - sera imprenable. Que Vauban, de son vivant, ait ordonné à ses espions d’en lever le plan exact et à ses menuisiers de fabriquer un plan-relief, il n’aurait pas su pour autant comment l’assiéger. D’ailleurs aucune garnison n’est prévue pour la défendre, toutes les portes par lesquelles on y pénètre seront murées.

Il reprend : Bâle, le Rhin, la Forêt-Noire, des montagnes et des précipices, une fente de trente toises, une plaine de quatre arpents. Mais rien ne tient en place. Les nuits de travail se succèdent, il en rêve. Les plans s’accumulent les uns sur les autres comme les neuf villes de Troie, il croit entendre la table craquer dans le silence de la Bastille. Un soir il s’en agaçait quand il a senti son imagination échapper d’un coup aux contraintes de la description et de la cartographie, bondir hors de lui, survoler le magma géographique et en prendre possession. Bouleversé par la soudaineté de l’opération, il se lève et renverse la chaise. Il ne bouge plus, ne pense à rien. Tout en maintenant une vigilance extrême il se garde d’intervenir, il regarde le convoi des voyageurs se projeter sur les murs à la façon d’un spectacle de lanterne magique.



Il fallait, pour y parvenir, arriver d’abord à Bâle ; on y passait le Rhin, au-delà duquel la route se rétrécissait au point qu’il fallait quitter les voitures. Peu après, on entrait dans la Forêt-Noire, on s’y enfonçait d’environ quinze lieues par une route difficile, tortueuse et absolument impraticable sans guide. Un méchant hameau de charbonniers et de gardes-bois s’offrait environ à cette hauteur. Là commence le territoire de la terre de Durcet, et le hameau lui appartient. Comme les habitants de ce petit village sont presque tous voleurs ou contrebandiers, il fut aisé à Durcet de s’en faire des amis, et, pour premier ordre, il leur fut donné une consigne exacte de ne laisser parvenir qui que ce fût au château par-delà l’époque du premier de novembre, qui était celle où la société devait être entièrement réunie. Il arma ses fidèles vassaux, leur accorda quelques privilèges qu’ils sollicitaient depuis longtemps, et la barrière fut fermée. Dans le fait, la description suivante va faire voir combien, cette porte bien close, il devenait difficile de pouvoir parvenir à Silling, nom du château de Durcet. Dès qu’on avait passé la charbonnerie, on commençait à escalader une montagne presque aussi haute que le mont Saint-Bernard et d’un abord infiniment plus difficile, car il n’est possible de parvenir au sommet qu’à pied. Ce n’est pas que les mulets n’y aillent, mais les précipices environnent de toutes parts si tellement le sentier qu’il faut suivre, qu’il y a le plus grand danger à s’exposer sur eux. Six de ceux qui transportèrent les vivres et les équipages y périrent, ainsi que deux ouvriers qui avaient voulu monter deux d’entre eux. Il faut près de cinq grosses heures pour parvenir à la cime de la montagne, laquelle offre une autre espèce de singularité qui, par les précautions que l’on prit, devint une nouvelle barrière si tellement insurmontable qu’il n’y avait plus que les oiseaux qui pussent la franchir. Ce caprice singulier de la nature est une fente de plus de trente toises sur la cime de la montagne, entre sa partie septentrionale et sa partie méridionale, de façon que, sans les secours de l’art, après avoir grimpé la montagne, il devient impossible de la redescendre. Durcet a fait réunir ces deux parties, qui laissent entre elles un précipice de plus de mille pieds de profondeur, par un très beau pont de bois, que l’on abattit dès que les derniers équipages furent arrivés ; et, de ce moment-là, plus aucune possibilité quelconque de communiquer au château de Silling. Car, en redescendant la partie septentrionale, on arrive dans une petite plaine d’environ quatre arpents, laquelle est entourée de partout de rochers à pic dont les sommets touchent aux nues, rochers qui enveloppent la plaine comme un paravent et qui ne laissent pas la plus légère ouverture entre eux. Ce passage, nommé le chemin du pont, est donc l’unique qui puisse descendre et communiquer dans la petite plaine, et une fois détruit, il n’y a plus un seul habitant de la terre, de quelque espèce qu’on veuille le supposer, à qui il devient possible d’aborder la petite plaine. Or, c’est au milieu de cette petite plaine si bien entourée, si bien défendue, que se trouve le château de Durcet [6].



Deuxième mouvement. Retournons à la scène précédente : l’auteur, adossé à la poterne, se tient à la fois devant son projet global - enfermer pendant cent vingt jours quarante-six personnages destinés à mettre en œuvre les quatre classes de passions - et face au château à peine repérable sur la carte de l’Europe, quelque part en Suisse, dans les environs de Bâle, sur la rive gauche du Rhin. Sa vision du trajet fixée par écrit, l’excitation a cédé le pas à la lassitude. Sa plume flâne dans les métamorphoses d’une image impossible à fixer : un gant qui se retourne et saisit autrement l’univers démesuré que la main lui présente.

Toi, le narrateur impatient, tu caracolais dans la cour intérieure. Tu n’avais pas eu vent d’un voyage. Le château existait avant toi, avait existé de tout temps – croyais-tu. Une idée de lieu plutôt qu’un lieu réel, une abstraction intellectuelle, la réalisation d’un fantasme. Mais non. L’auteur t’a rattrapé avant que tu rejoignes tes appartements et t’a expliqué que tu devrais t’y rendre. Si c’est un lieu où l’on peut se rendre, as-tu pensé, on doit pouvoir en repartir. Tu trouvais le décor un rien menaçant, cela t’a rassuré, tu as rebroussé chemin.

Tu avances sur un sentier tortueux, impraticable sans guide. Cailloux qui entaillent les sabots de ta monture, boue des ornières qui tache tes bas. Buissons sur les bas-côtés, fougères, myrtilles. Mal au dos, courbatures. Le blizzard qui souffle sur les sommets enneigés est froid, octobre touche à sa fin. Là-haut, un bouquetin parade.

Terre en dessous de toi, ciel au-dessus de ta tête – un tel isolement est propre à éveiller sentiment de crainte ou de merveilleux. Tu hésites : épopée ou poème tragique ? Le voyage t’a déboussolé, tu ne sais pas où tu es ni quand vous arriverez.

Tu perçois des images : un pays de champs de blé et de cerisiers, un peuple paisible, un roi sage, des hommes doux et travailleurs, des femmes énergiques, des enfants instruits, bien nourris… À te faire miroiter une utopie future à ce point opposée au château où tu te rends, l’auteur te ferait presque regretter d’avoir accepté celle-ci. Ignore ces images. L’auteur t’a confié une tâche, accomplis-la. Tu exploreras ces nouvelles songeries au retour. Elles t’auront attendu, n’en doute pas. Elles vont s’incruster à l’arrière-plan et patienter, quatre mois ne les effaceront pas. Il leur est arrivé d’attendre plus longtemps le retour d’un auteur et de son narrateur. Pendant votre absence elles fortifieront, vous les reconnaîtrez à peine tant le séjour au grand air les aura hâlées.

L’auteur s’est prescrit une distance avant d’arriver au château, franchis-la avec lui. C’est pendant le trajet que le projet des cent vingt journées prend l’ampleur que n’avait pas le recueil d’anecdotes françaises qu’il avait d’abord envisagé, que le récit de la Duclos acquiert son autonomie, que la forme romanesque s’impose jusqu’au vertige.

Que ni l’infâme ni l’insoutenable dont il sera question ne t’effraient. À la fin, telle une troupe de comédiens qui ont transporté leurs tréteaux de village en village et donnent maintenant une représentation dans la cour d’honneur du château, les personnages se relèveront et viendront saluer au grand complet, même ceux qui étaient morts.

Mais poursuivons ! Trajet balisé, retour anticipé, le voyage se déroule sans péripétie notable que deux ouvriers imprudents et six mulets dociles versant dans un précipice. Les libertins somnolent dans leur voiture, les jeunes gens, garçons et filles, ouvrent grand leurs mirettes devant la splendeur de ces escarpements, les historiennes se répartissent les effets narratifs qu’elles placeront dans leurs récits. Elles prendront la parole par ordre croissant d’âge : d’abord la plus jeune, la Duclos, 48 ans, ensuite la Champville, 50 ans, la Martaine, 52 ans, la Desgranges enfin, elle a 56 ans. Épouses des libertins, fouteurs, servantes et cuisinières, chacun travaille son rôle.

Tantôt tu te tiens en tête du convoi, tantôt tu t’attardes à l’arrière. La pureté de l’air est admirable. Il se dit qu’une altitude de huit cents mètres est bénéfique à la santé, tu regagneras Paris en pleine forme ! Tu ne vois l’auteur nulle part, il doit prendre des notes :


Fin de l’introduction.
Omissions que j’ai faites dans cette introduction :
1° Il faut dire qu’Hercule et Bande-au-Ciel sont, l’un très mauvais sujet et l’autre fort laid, et qu’aucun des huit n’a jamais pu jouir ni d’homme ni de femme.
2° Que la chapelle sert de garde-robe
 [7], et la détailler d’après cet usage.
3° Que les maquerelles et les maquereaux
 [8], dans leur expédition, avaient avec eux des coupe-jarrets à leurs ordres.
4° Détaillez un peu les gorges des servantes et parlez du cancer de Fanchon. Peignez aussi un peu davantage les figures des seize enfants.


Dans ta sacoche tu serres le cahier de travail où l’auteur a dressé la liste des personnages avec nom, âge, rôle et qualité, de façon qu’ils te soient familiers dès le premier jour. Entrées en scène, déplacements, dialogues, interruptions, égarements, fausses sorties, il faudra trouver d’emblée le bon tempo. Tu doutes, malgré leurs protestations, que les personnages aient lu les documents historiques que l’auteur leur a distribués afin qu’ils s’imprègnent de l’époque et des mœurs. Il faudra donner lecture du code des lois qui organiseront le déroulement de chaque journée et définiront les obligations de chacun. L’auteur en a chargé Blangis. Sa voix de centaure permettra d’apprécier les qualités acoustiques des lieux, les autres voix se caleront sur la sienne.

Tu as obtenu le droit d’interpeller directement le lecteur [9], par exemple quand un épisode déroge à l’ordre prévu ou quand les libertins se retirent dans un salon qui t’est interdit. Manière de taquiner, de temps en temps tu parleras d’« orgie tranquille ».

Tu balances entre le tu et le vous, entre « mon cher lecteur » et « ami lecteur ». Tu déclames : « C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes… » - bon, tu verras au cas par cas, il ne s’agit pas non plus de blesser l’intérêt du récit.

Le château se profile dans les lointains bleutés.

Tu parcours le texte une dernière fois, un détail te tracasse. Tu veux en avoir le cœur net avant d’arriver et tu t’adresses à l’auteur : Cher marquis, l’attribution de certains passages dans votre dispositif romanesque me laisse indécis. Vous ou moi - qui devra revendiquer le je qui prend la parole à la quatorzième journée de novembre :


Il était tombé une quantité effroyable de neige qui, remplissant le vallon d’alentour, semblait interdire la retraite de nos quatre scélérats aux approches mêmes des bêtes ; car, pour des humains, il n’en pouvait plus exister un seul qui pût oser arriver jusqu’à eux. On n’imagine pas comme la volupté est servie par ces sûretés-là et ce que l’on entreprend quand on peut se dire : « Je suis seul ici, j’y suis au bout du monde, soustrait à tous les yeux et sans qu’il puisse devenir possible à aucune créature d’arriver à moi ; plus de freins, plus de barrières. » De ce moment-là, les désirs s’élancent avec une impétuosité qui ne connaît plus de bornes, et l’impunité qui les favorise en accroît bien délicieusement toute l’ivresse. On n’a plus là que Dieu et la conscience : or, de quelle force peut être le premier frein aux yeux d’un athée de cœur et de réflexion ? Et quel empire peut avoir la conscience sur celui qui s’est si bien accoutumé à vaincre ses remords qu’ils deviennent pour lui presque des jouissances ?

Et vers la fin, au vingt-huitième jour de février, dernier récit de la Desgranges et dernière passion de quatrième classe, numéro 148, dite « l’enfer », après avoir lu la phrase : « Cela fait, il passe dans son salon, et reste un instant seul, sans qu’on sache à quoi il emploie ce moment de solitude » - si un lecteur m’interroge sur « ce moment de solitude », que dois-je lui répondre : est-il de votre fait ou du mien ?


Détails de plans-reliefs exposés au Grand Palais du 18 janvier au 17 février 2012.

Dominique Dussidour - 30 juillet 2012

[1Patronyme allemand, on verra ici sa fréquence par Land. Merci à Cécile Wajsbrot à qui je dois cette recherche.

[2« Il lui donne le supplice de la corde, qui consiste à avoir les membres liés à des cordes et à être, par ces cordes, enlevé très haut ; il vous laisse retomber de toute la hauteur à plomb : chaque chute disloque et brise tous les membres, parce qu’elle se fait en l’air et qu’on n’est soutenu que par les cordes » (Les Cent Vingt Journées de Sodome, troisième partie, 31 janvier, passion n° 148). Le supplice de l’estrapade était en usage dans les armées françaises, sauf dans la cavalerie. On cessa de le pratiquer sous Louis XIII (Littré).

[3Aline et Valcour, lettre cinquième, Valcour à Aline, 12 juin [1778].

[4Le marquis de Poyanne (1719-1781) était un vieil ami du père de Sade qui lui avait demandé de garder un œil sur son fils aîné.

[5Lettre de Sade à son père, camp d’Obertistein, 12 août 1760.

[6Les cent vingt journées de Sodome, éditions Pauvert, tome 1, p. 62-63.

[7Les latrines, dans le vocabulaire de l’époque.

[8Ceux qui ont été chargés d’enlever les jeunes garçons et filles. Ils ne font pas partie du voyage à Silling.

[9Il a bien fait ! Il n’y aura pas de narrateur dans la prochaine œuvre de Sade : Aline et Valcour, le roman épistolaire où se trouve l’utopie dont il a été question plus haut. (NdA.)