[16] Le Paris de Madame Duclos et autres lieux des historiennes

Les 120 Journées de Sodome 2.


Documents à consulter en ligne : Nouvelle description de la ville de Paris, et de tout ce qu’elle contient de plus remarquable (1725) par Germain Brice, un guide du séjour à Paris avec une carte de la ville.

Séjour de Paris, c’est-à-dire, Instructions fidèles pour les Voiageurs de Condition, Comme ils se doivent conduire, s’ils veulent faire un bon usage de leur tems et argent durant leur Séjour à Paris (1727) par J. C. Nemeitz, Conseiller de S.A.S. Monseigneur le Prince de Waldeck.

Plan de Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levés géométriquement (1730) par Claude Roussel, ingénieur ordinaire du roi, chef du Bureau des plans et cartes, sous les ordres du ministre de la Guerre.





Madame Duclos a quarante-huit ans quand elle arrive dans le château de Silling en qualité d’historienne mais quelle année sommes-nous ?

Les guerres considérables que Louis XIV eut à soutenir pendant le cours de son règne, en épuisant les finances de l’État et les facultés du peuple, trouvèrent pourtant le secret d’enrichir une énorme quantité de ces sangsues toujours à l’affût des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’apaiser, et cela pour être à même d’en profiter avec plus d’avantages. La fin de ce règne, si sublime d’ailleurs, est peut-être une des époques de l’empire français où l’on vit le plus de ces fortunes obscures qui n’éclatent que par un luxe et des débauches aussi sourdes qu’elles. C’était vers la fin de ce règne et peu avant que le Régent eût essayé, par ce fameux tribunal connu sous le nom de Chambre de justice, de faire rendre gorge à cette multitude de traitants, que quatre d’entre eux imaginèrent la singulière partie de débauche dont nous allons rendre compte.

Dès les premières phrases des Cent Vingt Journées [120J], tous les éléments historiques sont exposés : Régence de Philippe d’Orléans (1715-1723), État en faillite, mise en place du système de Law et spéculation financière, Chambre de justice créée pour juger ceux qu’on appelle les « conspirateurs » de Pontcallec en Bretagne (une révolte antifiscale, semble-t-il) – il s’agit des années 1720.

La Duclos doit donc avoir vu le jour vers 1670, sous le règne de Louis XIV. Son récit autobiographique est situé dans l’espace avec autant de précision : Paris rive droite. On aimerait avoir arpenté les rues avec elle, avoir remarqué ce qu’elle remarquait, écouté ce qu’elle écoutait, salué qui elle saluait. On est début décembre, la nuit tombe tôt, à dix-huit heures on n’y voit plus goutte. J’entre à sa suite dans un bistroquet de la rue Vide-Gousset où elle a ses habitudes et où l’on peut fumer. Elle passe commande de deux cafés au lait et soudain me demande :
— Dis-moi, pourquoi es-tu à ce point curieuse de mon séjour au château de Silling ?
— N’est-ce pas là, un certain mois de novembre, que vous avez fait le récit de votre vie ?
— Eh bien ! s’exclame-t-elle.
— C’est la vie d’une femme de tête, chère Duclos, elle nous en apprend beaucoup sur votre siècle au cours duquel une révolution se prépare.

***


Couvent des Récollets, première journée
Au début de son récit la Duclos est âgée de neuf ans. Elle a une sœur de six ans son aînée qui l’appelle par son prénom, Françon, diminutif de Françoise. Socialement elle revient de loin, le grand renfermement des pauvres va commencer. Leur mère, une fille-mère elle-même abandonnée par ses parents, a disparu du jour au lendemain, les laissant seules [1]. Leur unique repère est le couvent des Récollets, rue du Faubourg-Saint-Martin. Après avoir mendié sur le parvis, leur mère avait obtenu des pères récollets, moyennant la mise de son corps à leur disposition, l’autorisation de percevoir « le loyer des chaises ». Les deux sœurs s’y réfugient. Mal leur en a pris ! C’est pour échapper à une cohorte de prêtres aussi méchants que dépravés, qui ne pensent qu’à en abuser pour quelques sols, qu’elles décident de s’enfuir. Mais où aller ? L’aînée a entendu parler d’une maison de prostitution tenue par une certaine Madame Guérin, elles y seront en sécurité. Madame Guérin les accueille à bras ouverts.

Rue Soli, deuxième journée
Duclos n’est pas son vrai nom : « …il était d’usage dans cette maison que chaque fille adoptait le nom du premier avec qui elle avait eu affaire, et je me soumis à leur mode ». Son premier client est un vieux négociant, Duclos. C’est sous ce nom qu’elle entre dans le métier et occupe son rang dans l’histoire littéraire de la prostitution qu’illustreront Esther et Madame Tellier.

La maison tenue par Madame Guérin se trouve au premier étage d’un immeuble de la rue Soli qui comptait 17 numéros du côté impair, 18 du côté pair. Située dans le quartier du Mail, et parallèle à la rue Pagevin, elle commençait 5-7 rue Jussienne et finissait, soixante-dix-huit mètres plus loin, au 32-34 de la rue des Vieux-Augustins (aujourd’hui rues Hérold et d’Argout). Le percement de la rue Étienne-Marcel la fera disparaître en 1880 mais Balzac - qui n’avait pas lu le manuscrit de Sade et ignorait sans doute son existence - avait pris soin de la sauvegarder en 1833 :

Il est dans Paris certaines rues déshonorées autant que peut l’être un homme coupable d’infamie ; puis il existe des rues nobles, puis des rues simplement honnêtes, puis de jeunes rues sur la moralité desquelles le public ne s’est pas encore formé d’opinion : puis des rues assassines, des rues plus vieilles que de vieilles douairières ne sont vieilles, des rues estimables, des rues toujours propres, des rues toujours sales, des rues ouvrières, travailleuses, mercantiles…

Et la rue Soli ? C’est dans cette rue (orthographiée Soly par Balzac), « la plus étroite et la moins praticable de toutes les rues de Paris, sans en excepter le coin le plus fréquenté de la rue la plus déserte » qu’un jeune homme, Auguste de Malincour, surprend la duchesse de Langeais en train d’entrer dans « une de ces maisons comme il y en a des milliers à Paris, maison ignoble, vulgaire, étroite, jaunâtre de ton, à quatre étages et à trois fenêtres », on a reconnu le début de Ferragus, chef des Dévorants, le premier roman de l’Histoire des Treize, on relira la suite.

De la maison où travaillent la Duclos et sa sœur, nous saurons seulement que c’est « un appartement fort propre ». Descriptions et nominations de lieux sont succinctes dans les 120J. On est en 1785, Sade est emprisonné à la Bastille, il travaille vite et de mémoire. Le plan de Paris avec ses seize quartiers (découpage qui ne recouvre pas les arrondissements que nous connaissons) est resté dans le corridor aux cartes du château de La Coste. De plus, écrivant son premier roman en secret, il ne peut se renseigner auprès d’aucun de ses correspondants. Il en sera autrement dans Aline et Valcour, on relira la lettre de 1786 où Sade demande à Madame de Sade des noms de rue dans Lisbonne, Tolède et Madrid afin d’y situer les déambulations de Léonore.

Les Tuileries, quatrième journée
Ce jardin à la française a été ouvert au public depuis le départ de la Cour à Versailles. Aux Tuileries on se promène, on boit une limonade, on se fait voir, on se rencontre, on tombe amoureux : au siècle suivant deux jeunes gens croiseront la Fille aux yeux d’or sur la terrasse des Feuillants. La Duclos se rend aux Tuileries à la demande d’un client qui veut la voir s’y livrer à la prostitution. Il est question d’« un tas de chaises », d’« un banc », d’« une allée passagère », pas davantage. Mais la scène attire tant de voyeurs que la Duclos et son client doivent s’enfuir sous peine d’être arrêtés par la police.

La Duclos regarde les passants aller et venir dans la rue Vide-Gousset vers la place des Victoires, elle semble pensive. Comme je lui en demande la raison elle répond que le quartier a beaucoup changé. Boutiques de luxe, femmes élégantes, hommes bien mis, elle ne reconnaît rien. Elle s’interroge : y a-t-il toujours des « maisons » ?

Une rue sans nom, huitième journée
La Duclos ne donne pas l’adresse de la maison de Madame Fournier chez qui elle part travailler neuf ans plus tard, sans sa sœur qui a disparu et dont la Desgranges racontera la mort en février. Madame Guérin lui remettait un tiers de ce qu’elle gagnait, Madame Fournier lui en concédera la moitié ; ce n’est plus un appartement mais une maison tout entière. Son ascension sociale commence. D’abord simple fille qui doit accepter tous les clients qui se présentent [2], elle est bientôt remarquée par d’Aucourt, un fermier général [3]. Il lui offre un diamant et l’installe à l’entresol de son hôtel particulier. Elle recevra vingt louis par mois, sera nourrie, aura une fille pour la servir. C’est la douzième journée qu’elle raconte un épisode qui est la miniature en miroir des habitudes des quatre libertins de Silling : quatre fois par semaine d’Aucourt et ses trois amis organisent des dîners au cours desquels ils mettent leurs maîtresses en commun. En dehors de ces soirées elle dispose de son temps. Quelquefois elle retourne travailler chez Madame Fournier où son nouveau statut de « demoiselle entretenue par un fermier général » lui permet de demander davantage aux clients que le tarif habituel, entre un et quatre louis selon la prestation. Mais la Duclos veut beaucoup plus : être indépendante.

« Un jour qu’il [d’Aucourt] m’avait laissée seule dans son cabinet, je remarquai qu’il remplissait sa bourse, pour sortir, dans un tiroir fort large et entièrement rempli d’or. Oh ! quelle capture, me dis-je en moi-même. Et ayant dès cet instant conçu l’idée de m’emparer de cette somme, j’observai avec le plus grand soin tout ce qui pouvait me l’approprier. D’Aucourt ne fermait point ce tiroir, mais il emportait la clef du cabinet, et ayant vu que cette porte et cette serrure étaient très légères, j’imaginai qu’il me faudrait bien peu d’efforts pour faire sauter l’une et l’autre avec facilité. […] Ce favorable instant se présenta bientôt. Les valets, aussi libertins que leur maître, ne manquaient jamais d’aller à leurs parties ce jour-là [4], de façon que je me trouvai presque seule à la maison. Pleine d’impatience d’exécuter mon projet, je me rends tout de suite à la porte du cabinet, d’un coup de poing je la jette en dedans, je vole au tiroir, j’y trouve la clé : je le savais. J’en tire tout ce qui s’y trouve ; il n’y avait pas moins de trois mille louis. Je remplis mes poches, je fouille les autres tiroirs ; un écrin fort riche s’offre à moi, je m’en empare… »

La Duclos s’enfuit et « passe » à Londres.
— Paris, Londres… Madame Duclos, vous êtes vraiment une citadine de naissance et de goût. Quelle aventure a dû représenter pour vous le voyage à travers la Forêt-Noire jusqu’à Silling !
— Tu dis vrai, me répond-elle. Nature sauvage, haute montagne, hameau de charbonniers, oiseaux de proie, bêtes féroces, je n’avais jamais rien vu de semblable ! Pendant ces cent vingt journées j’en suis restée beaucoup plus impressionnée que par ce qui se déroulait dans les couloirs et les chambres du château…
— « Aimable directrice des plaisirs de Cythère », comme on vous appelait là-bas, votre fonction d’historienne était-elle fréquente dans le milieu de la prostitution ?
— Oh ! elle vient d’apercevoir une connaissance dans la rue. Je me sauve ! dit-elle en se levant. Je ne veux pas faire attendre.
— À plus tard, chère amie.
La porte claque, je la regarde à regret s’éloigner dans la nuit noire. C’est à l’autorité dont son récit fait preuve et en tant que premier personnage féminin au caractère affirmé dans les romans de Sade qu’elle doit de briller toujours à nos yeux.

Rue du Bouloir, quinzième journée
Aujourd’hui rue du Bouloi, entre la rue Croix-des-Petits-Champs et la rue Coquillière. À Londres la Duclos a mené grand train au point qu’ayant tout dépensé six mois plus tard elle doit retourner chez Madame Fournier. C’est à cette époque, peut-être, que sa vraie « maman », comme elle l’appelle, lui apprend à lire et à écrire [5]. La Duclos commence à bien connaître le métier. Elle est assez observatrice pour comprendre ce qui plaît aux hommes qui fréquentent une maison de prostitution, ce qu’ils en attendent, pourquoi ils y viennent et reviennent. Des manies l’amusent, des obsessions l’étonnent, elle vacille devant certaines pratiques. Mais elle n’a pas renoncé à son désir d’être seule maîtresse de son existence. C’est après avoir assassiné Madame Fournier sa patronne afin de s’accaparer ses économies (cent mille francs en or) qu’elle lui succède à la tête de l’établissement et s’accomplit en « Madame » Duclos.

« J’avais près de trente ans et toute la raison qu’il fallait pour diriger le couvent. Ainsi, messieurs, ce n’est plus sur le pied de fille du monde que je vais finir le récit de mes aventures, c’est sur celui d’abbesse, assez jeune et assez jolie pour faire souvent ma pratique moi-même, comme cela m’arriva souvent et comme j’aurai soin de vous le faire remarquer chaque fois que cela sera. Toutes les pratiques de la Fournier me restèrent, et j’eus le secret d’en attirer encore de nouvelles, tant par la propreté de mes appartements que par l’excessive soumission de mes filles à tous les caprices des libertins et par le choix heureux de mes sujets. »

Être « abbesse » d’un tel couvent crée des obligations. Il arrive que la Duclos « traite » elle-même certains clients dont les exigences effraient les filles ou leur répugnent, il arrive qu’elle en refuse d’autres dont le libertinage « sent le fagot » (allusion au bûcher où finissaient ceux qu’on soupçonnait d’hérésie ou d’impiété), il arrive qu’elle se travestisse en garçon. C’est rue du Bouloir [6] que vit Petignon garçon cordonnier, fils adultérin de la défunte Madame Fournier. Pour ne pas avoir à lui remettre sa part d’héritage, la Duclos intrigue avec un procureur de ses clients afin de faire incarcérer pour dettes Petignon et sa femme - « qui moururent tous deux en prison au bout de onze ans de capture » [7] – et vendre leur fillette de douze ans au marquis de Mésanges, libertin dont la Desgranges parlera en février.

Quartier du Roule, vingt-quatrième journée
En raison des scénarios complexes que leur satisfaction exige, certains clients qui fréquentent la maison Duclos ex-Fournier demandent que ce soit les filles qui se rendent chez eux ou dans leur « petite maison ». C’est une expédition : il faut réserver une voiture, calculer la durée de la séance, une autre voiture pour le retour, les tarifs sont plus élevés. On appelait « petite maison », « folie » ou « maison de campagne » ces demeures plus ou moins somptueuses que nobles et bourgeois faisaient construire au-delà des barrières pour mener discrètement leurs galanteries, installer leurs maîtresses. La « passion » que raconte ce jour-là la Duclos se déroule dans une « petite maison » située au Roule, village qui sera annexé à Paris en 1790, actuelle place des Ternes : « On m’introduit dans une chambre assez sombre, où je vois un homme au lit et, dans le milieu de la chambre, une bière. ‘‘Vous voyez, me dit notre libertin, un homme au lit de la mort, et qui n’a pas voulu fermer les yeux sans rendre encore une fois hommage à l’objet de son culte’’… »

Rue Blanche-du-Rempart, vingt-septième journée
Proche de la barrière de la rue Blanche (actuelle place Blanche), entre la barrière de Clichy et la barrière de Montmartre, il doit s’agir là aussi d’une « petite maison » puisque la Duclos, conduite par un valet, traverse deux ou trois appartements avant d’arriver dans la pièce où le client l’attend : « [le valet] frappe enfin à une porte. La porte s’ouvre, j’entre, le valet se retire, et la porte se referme, mais entre un four et l’endroit où je fus introduite, relativement au jour, il n’y avait pas la moindre différence, et le jour ni l’air n’entraient dans cette pièce absolument d’aucun côté… »

Place de Grève, vingt-septième journée
C’est place de Grève, actuelle place de l’Hôtel-de-Ville, qu’avaient lieu les exécutions publiques sous l’Ancien Régime. Un des habitués de la Duclos, président au Parlement, y loue à l’année un petit appartement : « …une vieille servante l’occupait seule comme concierge, et la seule consigne de cette femme était, et d’approprier cet appartement et de faire avertir le président dès qu’on voyait sur la place quelque préparatif d’exécution. Aussitôt le président me faisait dire de me tenir prête, il venait me prendre déguisé et en fiacre, et nous nous rendions à son petit appartement. La croisée de cette chambre était disposée de manière qu’elle dominait exactement et de très près sur l’échafaud ; nous nous placions là le président et moi au travers d’une jalousie, sur l’une des traverses de laquelle il appuyait une excellente lorgnette… »

Lieux non spécifiés
Parmi les lieux non spécifiés, outre les hôtels particuliers et les maisons avec salon, cabinet ou bureau, il est question, à la vingt-sixième journée, d’un cimetière de campagne, « de campagne » étant à entendre comme maison « de campagne », c’est-à-dire au-delà des barrières de Paris.

Sade n’a pas rédigé les trois mois suivants, il n’a fait qu’inventorier la succession des « passions » - cinq par jour, cent cinquante par mois - que racontent Mesdames Champville, Martaine et Desgranges sans préciser les circonstances ni les intervenants (à quelques exceptions près).

En décembre et janvier les lieux deviennent génériques : une église, un puits très profond, un réservoir d’eau glacée, une chambre obscure, un jardin, une tour…

En février les lieux génériques à leur tour disparaissent et se multiplient les « passions » fantastiques dignes des inventions de Léonard de Vinci et des frères Lumière :
regarder une jeune fille mince et bien faite attachée à une fusée volante qui s’élève dans le ciel (passion n° 44, 9 février)
placer une fillette dans la main d’un colosse (passion n° 76, 14 février)
répandre la peste dans une province entière et faire périr toute la population. « Il empoisonnait aussi les fontaines et les rivières », est-il précisé (passion n° 131, 25 février)

de véritables parcours d’initiation se déploient :
passion n° 48 : galerie ->porte ->petit escalier ->baignoire d’eau bouillante
passion n° 68 : chambre préparée ->premier caveau ->second caveau empli de cadavres de femmes
passion n° 148 : demeure parisienne ->salon de volupté ->souterrain - mais nous ignorerons à jamais dans quel « beau quartier », le long de quelle barrière d’octroi Sade a imaginé cet « enfer » qui ressemble fort au Silling d’un particulier.

Du récit de Madame Duclos nous pouvons cependant deviner qu’il nous l’aurait appris dans la version suivante. Une relecture des 120J devra opérer à contre-texte : en remontant de la quatrième partie vers la première on verra comment le romancier s’applique à inscrire sa narration dans l’histoire de son époque et dans des endroits localisables par chacun de ses lecteurs.

Dominique Dussidour - 7 décembre 2012

[1« Libres », dira Madame de Lorsange [Juliette] dans Les Infortunes de la vertu dont le début reprend le thème des deux sœurs.

[2Les débuts de la Duclos évoquent ceux d’Ichidai-Onna, l’héroïne d’Ihara Saïkaku.

[3Fermier général, c’est-à-dire appartenant à la Ferme générale, compagnie de financiers à qui le pouvoir royal avait confié la perception de divers impôts indirects dont l’octroi, perçu sur les marchandises qui entraient par la barrière dite des Fermiers généraux. L’octroi sera aboli par l’Assemblée le 1er mai 1791.

[4Deux fois par semaine d’Aucourt s’absente toute la journée.

[5À moins qu’elle n’ait appris à Londres. La Duclos parle-t-elle anglais ?

[6C’est au 29 de cette rue qu’habitait le procureur qui gérait les affaires de Sade pendant son incarcération ; c’est chez lui que se rendra Sade quand il sera libéré en 1790.

[7Coïncidence : c’est le nombre d’années que Sade passera en captivité à Vincennes et à la Bastille.