TRAVERS [poèmes passés en revue

par la revue L’ASSAUT ]

L’ASSAUT N°2 Travers


Topiarius & Topiaria n° 8




La revue L’ASSAUT éditée deux fois par an par l’association ATI remarquée dès son N°1 par Poezibao tient ses promesses : « un réel esprit d’ouverture ». (Alain Helissen)
L’ASSAUT N° 2 réalise un montage de poèmes sur deux supports de sens : le papier-calque et le mot « travers ».
Pour peu qu’on y reste longtemps devant —et derrière— L’ASSAUT N°2 TRAVERS fait toucher des mains et des yeux le fond sans-fond entre voir et lire, Poésure et Peintrie, « écrire et dessiner identiques en leur fond ».




Les mots et phrases en lettres rouges de la "micro fiction critique" ci-dessous sont extraits des poèmes, dessins, peintures et photographies publiés dans L’ASSAUT N° 2. Les références précises et les pages de publication sont données en notes.




On a beau savoir que ce vide est un élément
et non pas du « rien », il n’en continue pas moins à s’effacer
dans l’irreprésentable, si bien qu’il en va de l’espace mental
comme de l’air auquel il ressemble : on ne le voit pas !

L’étrange est de se dire l’auteur d’un programme spatial
susceptible de faire croître une forme écrite et
de pouvoir en surveiller l’avancement – en somme d’établir
la scène d’une contrainte spatiale et de laisser jouer
les coups d’un jeu qui se joue du joueur bien qu’il mobilise
toute son attention, sa vigilance et même sa vie.

Bernard Noël,
L’Espace du poème,
Cahiers de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet, N°1, avril 1997
P.O.L. 1998, pp. 165-166.




Topiaria assiste au surgissement d’un poème sur fond de poèmes qui surgissent de même. L’ASSAUT est un événement qui entre de vives forces dans l’acte de lire. La revue engage à revoir sa vue. Topiaria ne fait pas son chemin de lecture dans la verticalité 16 X 27 des pages de papier-calque mais dans l’épaisseur translucide et transparente de leur superposition. Ses yeux qui lisent le poème se tiennent entre deux poèmes et trouvent leur sens au travers de cet entre|là| À tort et à travers corps | L’éveil à l’envers
semble dire une seule phrase Le ciel de mes yeux ⁄ Assommés ⁄ Par mes propres absences  [1]

L’érection d’une double page de papier opaque et blanc —Travers de gueule / juste le silence [2]— d’un format un peu différent provoque un autre événement de vision : tantôt Répliques  [3] tantôt Constellation rouge [4] tantôt Le Cadet  [5] tantôt Nous Traversons  [6] tantôt HXOZ  [7] et pour finir —très provisoirement— on dirait que ça recommence avec la dernière lettre de l’alphabet inscrite dans un cercle rouge Avec le Z le Nord = le Sud  [8] Alors les lettres font des traits noirs en travers. Alors l’étendue verticale se dérobe aux yeux qui l’approchent. Et là quelque chose d’extraordinaire se passe.

Un mot ---- travers ---- saute dans le creux du rectangle d’une page sans fond. Sa seule évocation fait pencher la tête  [9] Des lettres hautes sont prises au leurre de l’encadrement mais échappent à l’emprise de la ligne. Un pas de plus et celle-ci se plie en deux  [10] En même temps un passage semble se faire à travers un point fuyant la petite aventure qui finit toujours dans un caveau  [11] Topiarius voit l’éclaircie. Il veut faire traverser ses yeux. Mais cette traversée n’est pas du tout un geste "simple". Le calque soulève ce que le regard du jardinier prend pour une surface et emporte la lecture des poèmes dans un gave [12]

Impossible de ficher dans la terre les poteaux d’angle de ce support turbulent. Telle l’eau rendue blanche par le mouvement des milliards de fragments de roche que le torrent porte en suspension —qui est le glacier à l’état liquide— il y a un effacement du texte à l’état solide au profit du volume des pages. Le paradis se vide de ses angles tordus  [13] Perdu dans une texture pénétrée⁄la pluie l’oblique (...) en restent des extraits de traviole  [14] Topiarius est bringuebalé de page en page Et tout d’un coup c’est un brouhaha d’eau douce qui leur coule  [15]

Topiarius guette quelque chose dans l’espace au lieu de s’en laisser simplement traverser. Son passage disparaît dans la forme où il croit la voir apparaître. C’est pourtant là à l’intérieur de ce "paysage" que ça se passe (...) malgré les autoroutes et tout ce qui empêche d’entendre le bruissement de l’hôte (...)  [16] Tel est aujourd’hui le lieu de la traversée ce serait bien de l’avoir toujours à portée  [17] Tel est maintenant l’espace des poèmes que les calques donnent à entamer et se prendre dedans  [18] jusqu’au lieu graphique de la double page du centre couverte de mots dessinés et écrits identiques en leur fond tout ce qui vient et qui n’a pas de sens (...) est avec une autre  [19]

Topiaria tire à traits rouges et noirs sur le centre. Derrière la paroi de verre  [20] elle ferme les yeux pour voir de l’intérieur. Des obliques rétablissent la dimension du sens à la surface des pages. L’étendue entière est un travers renouvelé par chaque lecture. C’est par le biais d’un assaut que naît la vision déplaçant la page amovible des titres sous un espace de désirs. Deux femmes sont emportées par le torrent [21] à tort et Atraviole  [22] au travers d’un poème tête de vis plate en haut pour pouvoir visser  [23] Quand une peur terreur  [24] transforme la matière verbale en matière ligneuse voici le morceau de bois  [25] méconnaissable.

Il ne suffit pas de raconter la rencontre pour la faire être. La chronologie de la pagination n’impose pas la suite du récit. Le mur qui sépare ⁄ n’a pas relié  [26] Topiarius parcourt une histoire qui n’est pas linéaire et ça lui fait tomber les yeux. Ça faye ça fore d’un côté de l’autre la langue douce et dents mordantes  [27] Il perd son dos au dos des pages : Game is over| Gorpua zetzan ohe gainean  [28] Entre les yeux du jardinier et le papier-calque la blessure vaste béante de ceux qu’on taille [29] une relation spatiale —spacieuse dit le poète — que signe une émotion. Les yeux lisent une figure sortant de sa réserve. La chose est vue. Dans la profondeur des pages traversées Topiarius entend une question : Et si le travers était un malentendu nécessaire ?  [30]




Catherine Pomparat - 12 décembre 2012

[1L’éveil à l’envers, À tort et à travers corps,
Peggy Saudax, p.5-p.7

[2Travers de gueule, Sébastien Tillous, p.51

[3Coline Bruges-Renard (2007),
encre de chine et gouache sur papier, p.12-p.13

[4Coline Bruges-Renard (2011),
vinylique sur papier, p.24-p.25

[5Jean-Luc Vertut, p.36-p.37

[6Thomas Dejeammes, p.48

[7Julien Blaine, p.49

[8HXOZ, Julien Blaine, p.53→57

[9L’équipe A.T.I., p.60

[10L’équipe A.T.I., p.60

[11Je n’aime pas, Charles Pennequin, p.43

[12Le Gave de Pau assurément !

[13Travers, Serge Pey, p.19

[14travers/devers, Christian Cavaillé, p.39

[15La nuit..., Guy Lafargue, p.41

[16Le passage de l’hôte, Amandine Monin, p.17

[17ce serait bien, Etienne Veillon, p.3

[18Atraviole, Frédérique Soumagne, p.33

[19Emmanuel Aragon pp. 30-31

[20Derrière la paroi de verre, Christophe Esnault, p.21

[21Catapoèmes (extraits), Catherine Pomparat, p.9

[22Atraviole, Frédérique Soumagne, p.33

[23Atraviole, Frédérique Soumagne, p.33

[24Emmanuel Aragon, pp. 30-31

[25Atraviole, Frédérique Soumagne, p.33

[26à travers, de travers, Tita Reut, p.15

[27Travers/devers, Christian Cavaillé, p.39

[28« mon cadavre aussi gisait sur le lit »
Game is over, Itxaro Borda, p. 27

[29À travers l’ombre, les hanches cannibles,
Emilio De Santi, p.45

[30L’équipe ATI, L’Assaut, p.60