Arthur Cravan maintenant / On ne me fait pas marcher, moi !

Un spectacle conçu par Olivier Apert, avec Harold David : Arthur Cravan - Olivier Apert : le fantôme d’Arthur Cravan - David Tuil : musique et voix – enregistré le mercredi 5 décembre 2012, salle Jean-Dame, 75002 Paris.
Vidéo Vincent Lebreton.

Ce spectacle est en cours de création. La version présentée ici est une première étape.




On ne me fait pas marcher, moi !
Tel pourrait être le mot d’ordre initial & final de la vie – brève – de Fabian Lloyd (1887-1918) davantage renommé sous le nom d’Arthur Cravan. Mot d’ordre naïf, insolent, péremptoire, orgueilleux et finalement solitaire et qui résume à lui seul la destinée légendaire du « poète et boxeur, neveu d’Oscar Wilde », tel qu’il essaima de par le monde avant de mystérieusement disparaître à la frontière mexicaine, noyé ou assassiné.

Personnage culte de l’avant-garde, il soulève le scandale selon une jubilation désespérée : il est expulsé de Berlin, crée la revue Maintenant à Paris (où rien ne trouve grâce à ses yeux) qu’il vend manu militari tout en distribuant quelques uppercuts à la plus grande joie des clients du Bal Bullier ou de La Closerie des Lilas. Il trouve le temps de devenir champion de France mi-lourd mais par défection de ses adversaires tout en fréquentant Cendrars, Delaunay, Van Dongen ou Fénéon. À Barcelone, il boxe, argent oblige, contre Jack Johnson, champion du monde mi-lourd en difficulté pour accusation de proxénétisme avant de débarquer à New York, au Village, cœur névralgique de l’avant-garde. Il rencontre Duchamp, Picabia, et l’inaccessible Mina Loy, son grand amour. Puis, muni d’un passeport caméléon, c’est la fuite éperdue pour éviter l’enrôlement dans l’armée américaine : l’Amérique du Nord, le Canada, Mexico (Mina Loy l’y rejoint pour l’épouser tandis qu’il ouvre une école de boxe) et encore la fuite en Amérique du Sud. De Vera Cruz, il devait embarquer pour l’Angleterre : on ne le revit plus...

Mais par-delà cette destinée fabuleuse, les textes mêmes de Cravan s’imposent à la pointe même de la modernité du début du XXe siècle. A côté de tous mouvements grégaires (dadaïsme et surréalisme le revendiqueront), ils inventent un rythme neuf, haletant, mêlant l’ironie au tragique, la proclamation au collage selon une syncope inouïe jusqu’alors : « les connaisseurs respireront dans ces pages le climat pur du génie, du génie à l’état brut », préfaçait André Breton. Il avait raison.

Olivier Apert.

21 décembre 2012