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Carta - une lettre



Paris le 21 septembre 2011


Cher Carlos, les doutes dont je t’ai parlé lors de ma dernière lettre n’ont pas été résolus, mais ils ont pris des dimensions plus précises au cours de l’écriture. La ponctuation est un doute avec des pattes et des poils, qui bondit ; j’ai décidé de continuer et de mesurer les conséquences que cette surabondance de virgules génère comme sensation au moment de la lecture et comment je peux les limiter au strict minimum. Ce doute n’est pas sans rapport avec un autre aussi crucial : la place des digressions. Cette forme truffée de réflexions et d’associations libres fait en sorte que le récit tarde à s’installer. J’ai commencé à comprendre que là se trouve la véritable nature de ce roman, elle est là sa matière. Le récit a, cela va de soi, ses enjeux, ses tensions mais il est, pour ainsi dire, tracé dans le plan de travail ; il impose le rythme de son déroulement. Par contre, ce qui éclot dans l’écriture, et qui me donne constamment du fil à retordre, ce sont les digressions. J’ai commencé à comprendre, et ce n’est peut-être qu’une illusion, que contrairement à ce que je pensais, le thème, la musique de dans la peau, l’univers dans lequel ce roman bouge est en étroite résonance avec les relations entre parler et penser, entre le langage et la pensée, et cela viendrait des digressions. C’est comme si la digression permettait la bonne distance pour la pensée. Elle introduirait ce point dans lequel on s’écarte du sujet. Les fils se coupent, les chemins se bifurquent, se rebroussent, et on découd, on détisse jusqu’à ce que la trame, dénudée puisse être vue, pensée.

Tout cela est très fragile, instable. Quand je t’ai envoyé la première lettre j’étais à la page 21 et je ne savais pas si j’allais pouvoir continuer, maintenant j’ai une bonne quarantaine de pages et, pour l’instant, je sens que cela se tient. J’ai réussi à garder le ton, mais je ne sais pas s’il tiendra encore, c’est un équilibre excentré dont le centre de gravité se déplace à chaque paragraphe, même plus, à chaque mot.

(…)


nicolás


Nicolas Buenaventura - 17 janvier 2013
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