Instin Textopoly, introduction — le Cinéma
La Panacée, située dans le centre historique de Montpellier, est un centre d’art tourné vers l’interdisciplinarité, qui présente des expositions dans les domaines de l’art contemporain, de l’art numérique et des nouvelles formes d’écriture. Plateforme de création, lieu de résidence et lieu de vie, lieu de transmission et d’échanges, La Panacée favorise l’expérimentation, la recherche et la diffusion de formes d’art innovantes.
Elle est dirigée par Franck Bauchard, qui fut directeur artistique à la Chartreuse de Villeneuve‐lès‐Avignon et qui poursuit une réflexion entre numérique, texte et scène. Réflexion que rejoint Eli Commins, auteur et metteur en scène, qui a conçu dans cette perspective un site Web de création pour La Panacée : Textopoly.
Avant même l’inauguration le 22 juin 2013, les résidences d’artistes ont débuté : celle du Général Instin réunit Patrick Chatelier, Éric Caligaris, Benoît Vincent et SP 38 de janvier à mars 2013. Il s’agit d’investir une part de Textopoly, et de prolonger cette expérience à travers des ateliers.


Textopoly

Le Textopoly est un outil d’écriture et de lecture original, sous la forme d’une carte a priori sans limites, ouvert à tous sur inscription. Rupture avec le modèle de la page hérité du livre papier, il se compose de cases de taille modulable où l’on peut inscrire du texte, des images et du son. Chaque case possède ses propres coordonnées dans l’espace cartographique.
Des modes spécifiques (Explorer, Écrire…) ainsi qu’une molette de zoom facilitent la navigation sur la carte, où l’on se déplace en cliquant-glissant sur les cases pleines. L’utilisateur peut aussi créer des chemins de lecture en reliant certaines cases de son choix. Voir ici plus d’explications.
À l’intérieur du Textopoly, une zone est réservée au projet GI.


Espace Autonome Instinien

Chaque nouveau champ investi par le Général Instin, qu’il soit numérique ou papier, fictionnel ou réel, littéraire ou d’autres disciplines, débouche sur une redéfinition du projet. Textopoly, outil radicalement innovant, nous permet d’opérer une redéfinition sur une vaste échelle et un prisme élargi, en utilisant des matières inédites ou issues du corpus instinien existant (le projet compte à ce jour près de cent vingt participants).
Au cours d’un séjour inaugural en décembre, nous avons découvert près du centre de Montpellier une friche d’une trentaine d’hectares, ancienne École d’Application de l’Infanterie (EAI) récemment achetée par la Ville. Divers aménagements pour ce quartier qui surgira du néant ont été proposés, et le projet lauréat sera bientôt connu.
Mais ce qui nous intéresse dans une perspective instinienne, c’est le site tel qu’il existe aujourd’hui, cet entre-deux, espace déserté qui n’est plus zone militaire et pas encore autre chose, à la fois porteur d’une histoire et de virtualités infinies, une hétérotopie, espace fantomatique, transitoire, sans fonction d’urbanité : le temps que la Ville et les habitants décident de son avenir, il sera pour nous comme le centre du monde, l’Aleph où tous les agencements sont possibles, tous les hybrides, point de convergence de fictions et de réels.
À part son musée de l’Infanterie, l’EAI était un lieu interdit aux Montpelliérains. Par le fait du système hiérarchique militaire, c’était une sorte de légende même pour les élèves qui y résidaient. Nous prolongeons ce rapport à l’inconnu en instituant le lieu, renommé Espace Autonome Instinien, comme un champ de manœuvres perpétuel, hors des transformations urbaines mais susceptible d’abriter toute transformation, une friche chaque jour réinventée que traversent aussi diverses mémoires montpelliéraines, mémoires du passé comme du futur.
La carte GI sur le Textopoly s’articulera autour de huit objets « monuments », inspirés de l’EAI ou de la ville qui en serait le miroir.


Les monuments

Un « monument » instinien ne pourrait se définir par sa taille – pas même par sa matérialité, sa persistance ou sa fonction. Il serait aussi bien un bâtiment que deux brins d’herbe croisés. Un paysage à un instant donné qu’un ensemble architectural. Un geste qu’une réminiscence.
Ici, pour structurer notre carte, nous avons d’abord choisi de transposer de façon libre, non réaliste, sinon exclusivement des édifices, du moins huit éléments de dimensions conséquentes :
— six monuments prélevés à l’EAI : Villa du Général, Transmissions, Piste d’Audace (ou parcours du combattant), Place d’Armes, Cinéma, Musée ;
— deux empruntés à la ville : Cimetière, Polygone (le Polygone étant un important centre commercial montpelliérain, bâti sur l’emplacement d’un polygone militaire, lieu réservé aux exercices d’artillerie).
Chaque centre de monument est présenté comme le centre de la carte GI sur le Textopoly puisque, selon la formule consacrée, le Général Instin « est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part ». Chaque objet monument est à la fois autonome et en rapport avec les autres, livre dans le Livre, site dans le Site.
Des galeries ou monuments plus petits relient certains d’entre eux, en vue de dessiner schématiquement les lettres G et I accolées.
Les monuments sont en cours de construction. Nous assignons à chacun une forme géométrique en occupant des cases dans lesquelles sont peu à peu insérées diverses matières, textes, images et sons, forme susceptible de se transformer voire de se détériorer au fil du temps selon les interventions d’autres utilisateurs du Textopoly. Les monuments sont aussi des états de ruines.


Le Cinéma

Premier monument en élaboration, le Cinéma est dédié aux fantasmagories, inspiré du cinéma de l’EAI. Son tracé sur Textopoly évoque la pyramide bidimensionnelle du code Aztec [1], écho à la forme carrée de La Panacée comme à l’œil du Général (chaque monument possédera son code Aztec correspondant à la géolocalisation réelle de son site référent : voir ici en violet le code du cinéma de l’EAI).
Nous avançons par tâtonnements, par essais et repentirs tout en découvrant l’outil Textopoly, jouant avec ses possibilités comme avec ses inévitables limites.
Le monument Cinéma recèle pour débuter quelques fragments, notamment : une carte d’identité du général Instin ; un extrait du Livre des morts égyptien, censé guider le défunt égaré lors de son voyage dans l’au-delà, avec l’extrait intégral et, plus haut, des morceaux épars du texte à construire autrement ou à rassembler comme les membres d’Osiris ; des métamorphoses textuelles du GI, espace poétique et ludique avec utilisation créative des chemins de lecture.




Chantier à suivre…



Patrick Chatelier - 3 février 2013

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[1Un code-barres à deux dimensions qui peut encoder par exemple du texte, une URL, ou les coordonnées géographiques d’un lieu.