Chez l’oncle Gustave où l’on m’avait mis quand j’avais huit ans, il y avait des fleurs sur le papier : des pavots rouges dans ma chambre à coucher. L’oncle disait : « Voilà la décoration qui sied à une chambre à coucher ; le pavot c’est la fleur du sommeil. » C’étaient des yeux arrachés qui ne cessaient de pleuvoir sur moi du plafond, même la nuit quand il faisait noir, même quand j’avais fermé les paupières.
Ton amie hésite entre les rouges à lèvres.
Dépêche-toi, dis-tu à voix basse.
« Que deviendrai-je ?
— Écrivain, répondait une voix comme par un téléphone mal branché. Et à qui lirai-je ce que j’écrirai ? À eux ? Ils sont trop et chacun est occupé d’autre chose. »
Une vendeuse approche. Ton amie te fait signe, ses yeux brillent, ses lèvres sont carmin. On y va ! La scène se déroule maintenant au ralenti : tu glisses le livre dans ta poche, avec lui tu emportes la ville, les magasins, les ateliers, l’oncle Gustave et les passants indifférents, tu cours entre les mots sur le trottoir désert.
J’ai oublié ce que j’ai lu ensuite. Peu importe. J’espère que le Z du classement par le temps sera un aussi bon roman.