Les Remugles Saint-Chiot

Les Enfances Chino de Christian Prigent, P.O.L




Ci-dessus : D’après Goya, Les jeunes (La Lettre), 1812-1814, Lille, Palais des Beaux-Arts
reproduction d’un détail de IMAGE du Dossier de la page 567 du livre de Christian Prigent,
Les Enfances Chino, P.O.L Éditeur
qui paraît en librairie ce 14 mars 2013

Ci-dessous transcription du corps principal d’un mail de Topiaria à Topiarius et à la “fin” [de "la lettre"] une figure représentant les mouvements dessinés dans cette correspondance : El balencin
(cf Goya, Tout l’œuvre peint, Flammarion, 1990, p. 107)
« Ce qu’il y aurait à décrire ne réside pas pour [la littérature] dans le monde mais dans la force obscure qui nous pousse à le saisir et à le repousser dans le même geste de langue. » (Christian Prigent, Une erreur de la nature, P.O.L, 1996, p 70)




Avis Force 7 ce dimanche sous un pont de Côtes-d’Armor. Un vent nord-ouest culbute les collimateurs entre le lavoir et le cimetière [1]. Tout ce qui souffle de la rive inabordable au quai saint-Divy y va de bon aloi dans le sens des oratoires. Quand un coup d’air grisou de vapeur de chaudière contrarie mon respir à contre-pied ou plutôt à contre-nez et fait choir une tuile espuantable qui me travaille les naseaux sous le chapeau.

La malchance est un bord de toi(t) celui qui Saint-Chiot [2] ne veut pas de moi. La plaque grise touche au vif de mon nez son aile est récusée. L’ardoise rejoint la coupe en V d’une communauté de mouettes cendrées et rejoue Victoire sur le soleil. À la descente le schiste schize net mon tuyau de naze. Le coup est dur et gris mais « l’ardoise est une sorte de pierre d’attente ».

Étourdie par le choc ma main impropre à l’expérience affecte encore plus mon olfaction en me bourrant le crâne : Cloaca Maxima. Je crois reconnaître le Lièvre de mars qui macère dans la Foire éponyme. Compte détenu de “thé” de “rat” de “pie” et faute de rébus c’est toi que vois sortant d’un entre-sort où l’on montre un monstre : un colosse nommé Topiarion aussi haut que le mur Saint-Chions.

Topiarion te ressemble il garde une distance de circonstances avec Hypérion. Son aspect décrépit oui oui exhale l’odeur de sainteté qui le caractérise. Même sa mère lui pompe à l’air alors à rat n’en parlons pas. Et à pie c’est de mal en pis. Tiens toi bien un ragondin géant ―autant dire un colosse― promène Les Vieilles entre pont et ponton. La ridée est radieuse l’Harpye est furibarde.

J’observe bouche bée bras croisés pose dénervé ces figures de pomme cuite qui jettent des morceaux de pain dans la boue. « La boue plutôt que la terre parce qu’elle ne sèche pas » murmure en rade Arthur Le Fantôme justicier qui cite le rastaquouère d’un phylactère délétère. Le limon toujours mouillé regarde la vie sans modération en dilatation de tranches de Vaillant Le Journal le plus captivant.

Tu lapes et dilates car cette fois oui c’est bien toi les diphtongues mouillées : « Quel chiiiiiiiiiiiard ce saint Chiiiiiiiiiiiiiiiiiiot ! » Même le marron du tronc flottant dans l’eau croupie tu l’aimes aussi. Le ventre rond sous les gargouillis dedans en posture de Nasdine Hodja tu remâches rabâches recraches ta langue maternelle. « Pas de quoi en faire un fromage » rajoute l’insaisissable qui n’accorde pas le moindre répit à ses ennemis.

Le saint affecté à la cagade note sur un mandrin à l’encre fécale la liste des noms qui ont trahi la parentèle : Chino, Fanch, Broudic, Pilaret... En un seul François je rajoute ton nom morpion. « Et Grand-mère Quequette tu connais ? » me demande Je-dis-pas-qui avec une voix de derrière. « Il faut traiter les enfances comme des formes de géant que je lui réponds instantanément Le Colosse c’est le livre. » Chaque nouvelle dilatation de la langue signe le grand œuvre du poète. Et ça gonfle un max sous les voûtes du pont.

Retour à l’envoyeur de Pluto [je l’appelle comme ça pour l’assonance car ce chien là tu sais bien qu’il n’est pas de mon bord] : « c’est pour ça qu’il faut beaucoup de noms pour faire les pages 536 à 539 ». Presque 600 pages c’est pas pour raconter comment Chino ré-enfile à l’envers la sente. Pas pour rien que ça sente ce gros livre et que ça tente de décrire l’odeur d’un pont. Malgré la fragrance pas très benjoin sous cet ouvrage dessus on y chante La fille du bédouin [3]. Lâche la grappe aux bêtes car les poils de chameau ça te gratte toujours le refrain d’opérette da capo Le Comte Obligado.

le pire reste à dire à lire à écrire et se résume pas en souvenirs d’enfance. La matière verbale du pays briochin tu veux plus la donner à Pif le chien mais aux Goya du musée lillois [4]. Tu fais de la brioche au Briochin. Cette levure permet d’accélérer la levée de la pâte. Tu travailles la "frase" [farine + eau + levain] légèrement et vite pour empêcher les ingrédients de languir et assez doucement pour que le mode d’emploi ne brûle pas fissa. Tu vois... Topiarius et Topiaria sont peut-être des voix qui ne se parlent pas mais elles font le même effort en lisant en écrivant le même livre longtemps longtemps longtemps ...

longtemps longtemps longtemps après que les poètes ont disparu un refrain plus convenu que celui de la jolie moukère mais il calme un peu la tempête sous mon crâne et m’aide à développer mes prédispositions à me perdre dans les pages du colosse et à jouer de la plasticité de ses lignes de mire jusqu’au prochain Désastre et à balancer son volume dans l’espace peint d’un fond flou et à chercher du trope au trop de deux dames ou même demoiselles siamoises de l’épaule car dans le tableau El coloso 1808-1812 también denominado El gigante El pánico La tormenta du peintre qui a perdu la tête à Bordeaux la caravane n’est pas épouvantée par l’apparition du géant mais par les remugles de sa langue de grand






MP3 - 3.5 Mo



ci-contre une lecture accentuée

Catherine Pomparat - 14 mars 2013

[1Cf. PLAN in Dossier de la page 568 de Les Enfances Chino

[2Cf. Christian Prigent, Ceux qui merDrent, POL, 1999, pp. 327-332 et in remue.net

[3Cf. TEXTE Dossier de la page 569 de Les Enfances Chino

[4Cf. BIBLIOGRAPHIE Dossier des pages 571-572 de Les Enfances Chino