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Mathilde Roux, terrain de je/u

Un PechaKucha présenté lors de la soirée La ville, terrain de je/u
Jeudi 21 mars 2013 à 19h30
au Centre Cerise

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terrain de je/u



1
On dirait que c’est un je/u. On n’aurait qu’à dire jeu pour que le vous bascule, que le plan s’efface, que l’ici soit transporté transposé à volonté. C’est le jeu du langage avec son socle. C’est un jeu qui marche dans la ville et qui marche aussi ailleurs. C’est un jeu engageant, mais vous pouvez en rester là.





2
On dirait que le je/u vous rend singulier, on dirait qu’il vous rend réceptif. Au hasard. On dirait que le jeu est question de regard, qu’il surgit d’un coup d’œil, d’un bond sur la scène, qu’il vous frôle au coin de la rue dans cet abandon des épaules qui signifie c’est entendu.



3
On dirait que le je/u est un jeu de pistes, vous ne savez pas jusqu’où vous ne pourrez pas aller plus loin. On dirait que le jeu n’est limité que par l’imagination, que l’imagination peut l’être par quelques peurs élastiques, quelques impasses, une impossibilité subite de laisser s’échapper l’inconnu.

4
On dirait que le je/u est frontière de partage, qu’il a choisi son camp, qu’il distribue les rôles et les moitiés, qu’il dessine le contour de notre irrémédiable unicité, qu’il nous met en contact avec l’altérité. Je ne suis pas toi.

5
Le je/u est situé dans l’espace et le temps, puisqu’il n’est que présent, puisqu’il n’est que parce qu’il a lieu. On dirait que le jeu est un geste précis dans le geste du temps, un geste offert, puisqu’il y est encore temps.


6
On dirait que le je/u nous ramène à l’enfance, à l’enfance de l’enfance de toute éternité, aux tissus de l’enfance habillant une histoire, s’insérant dans l’époque, à la chair de l’enfance pas encore imprimée.

7
On dirait que le je/u attend qu’on vienne le chercher en nous.
On dirait qu’il est le premier terme de la phrase première : je suis ici.
On dirait qu’il s’empresse ensuite de poser la question capitale : qui joue avec moi ?

8
Et si on lançait des mots, dit le je/u, si on les lançait en l’air, en travers, à fond la caisse, surtout les gros, si on les lançait loin, le plus loin possible, ça ferait quoi, ça ferait quoi, ça te ferait quoi de les voir tomber de haut.

9
Le je/u s’adresse à l’être, par retour, par rebond. Je/u te montre quelque chose de toi dans l’intervalle, dans l’immédiat détaché du contexte, dans le rêve éveillé sur le pas de la porte. Le jeu dit juste. C’est juste. C’est juste un jeu.

10
Le je/u te connaît bien, il te dit fais, faire, faire savoir, savoir faire, play, play, t’es cap ou pas cap ? Il te dit vas-y jongle-moi tout ça, ces billes, ces atouts, ces petits bouts d’identité, ces formes multiformes de ton avidité.

11
Le je/u nous connaît bien. Il dit chacun son tour. Il dit chacun son tour, mais d’abord moi, moi d’abord, à moi, moi je, moi quand, moi quand est-ce que je, moi je veux.

12
On dirait que le je/u est architectonique. On dirait qu’il se frotte au bâti, qu’il se joue des murs, les percute, inclut, qu’il caresse leur dos, qu’il en saisit la grandeur nécessaire ridicule, qu’il transforme en tremplin leur vaste platitude. Le jeu nous demande : où êtes-vous enfermés ?

13
On dirait que le je/u est un livre une page une note tombés derrière la pile de l’encours absorbant, de l’encore différé. Le jeu exige de ne pas parer au plus pressé. Il dit aller voir, on verra bien, on va bien voir.

14
Le je/u dit allez voir, apprenez, et on dirait que le jeu commence sérieusement à prendre, on dirait que le sous-terrain s’élargit et s’irrigue et que c’est là un plaisir intense, d’être pris, appris et repris par le jeu.

15
Le je/u dit dedans-dehors, montré-caché, pas vu-pas pris, touché, touché. Le jeu dit regardez-moi, je ne suis pas seulement ce que vous regardez. Le jeu attire les foules autant qu’il les met à distance, la distance nécessaire pour cadrer, ne pas trop s’exposer. Je ne veux pas être englouti.

16
On dirait que le je/u est matière à vibrer, matière à créer un effet. Peu importe au nom de quoi, le jeu n’a que faire de l’élévation jusqu’à la théorie, le jeu se vit.

17
Le je/u dit un, un seul, un seul jeu, un jeu à la fois. Un jeu à deux, à trois, à douze, jeu connu ou inventé, pour du beurre ou pour du bon, mais un seul comme ça celui-là ce jour-là.

18
On dirait que le je/u est fenêtre de soi et qu’en clignant des yeux on peut apercevoir un monde en raccourci. On dirait que le jeu est théâtre de poche, jeu de figures en faux obscur.

19
On dirait que le je/u dure tout du long jusqu’à la fin, on dirait qu’il n’est que durée. On dirait qu’il dure et se combine dans l’intensité et la fragilité de son propre sens, de son inépuisable fermeture.

20
Le je/u dure tout du long jusqu’à la fin. On a perdu l’idée du gain, on a gagné l’idée de la perte, on a vécu tremblé épaissi agrandi en chemin. On dirait que le jeu a nourri quelque chose dans les reins. On aurait qu’à dire que ce n’est pas rien.

11 juillet 2013
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