Dominique Tissot l Citta

Dominique Tissot, après avoir publié en revues (Décharge, Petite, Rehauts, N4728), est l’auteur d’un premier livre Oiseaux-sables paru en novembre dernier aux Editions de l’Amandier. Les textes ci-dessous sont extraits d’un travail en cours sur la ville.






Un embrayage grince, reformule la nuit. C’est toujours une ville autre, un versant nécessaire. Un récit de rivalités, de déplacements. Les yeux travaillent leur allonge. Je marche où tu marches, te rencontre parfois au carrefour-crusoë. Les bureaux d’étude naviguent dans le soir. La banque nous filme en continu. Les corps s’expliquent avec l’amour




Les taxis glissent, insultent l’aube. Le métro, automnal, cherche refuge en nos pensées. S’il faut brûler nos jours. Les chiffres tombent, fléchissent les courbes. Le point mort joue méthodiquement les trous noirs. S’il faut marcher, adjacents à la terre, tirer de soi les distances, se grimer, s’affubler de grisailles. Là-bas les grues se posent sur le chantier. Je demande mon chemin. C’est le vent




La grande roue urbaine. Et les cris au-dessus. Ici dansent les ombres, la brise sauvagine. Les paulownias vitraillent la douceur du volcan. Le beau fruit défendu. L’avenue incendiaire, loin les baraques foraines. A la pointe de l’instant, les promeneurs l’oubli. Toi d’un rire, d’un mot. La nuit jetée sur tes épaules




Eho quelqu’un. Et l’inquiétude. Quelqu’un les mots, très peu de chose. Qu’un rien nous blesse, et nous étreigne. Ni même sans cesse, ni m’aime. Eho le jour. Peut-être un jour. Se dit qu’un peu. Se dit paroi, chanvre d’amarre. Se dit le long. Un corps oui. Un chant de chair




Mais la fatigue, l’humanité. Et le 60 raffûte klaxonne se rue. Epouser des virages et pourquoi pas des corps. S’excusent se prennent de bec. Borrego Place des fêtes s’il vous plaît la poussette. Embarquer nef des fous, au garrot de la rue, embarquer aujourd’hui, devenir et l’Afrique, les femmes au port altier, les boubous élégants et les héros tragiques. Rameuter les brisures, la démence du cyclope le fric frac des reflets. Lire à la dérobée les pattes d’oies et les rides, les visages, toutes les destinations, s’en aller dans les yeux




Vent sinon. Vent Soutine. De flamboyante vie. A refaire martinets la ville en tous sens. A sans cesse aujourd’hui. Valdingue. Brûle de dire. Eclats de nous Cythère. Et pas assez toujours. Loin des images en guerre. A marcher jusqu’au soir, à faire grincer les flaques et toute l’eau des fenêtres. Kabbale juste le vent




Urbanisation pluie. Horizon garde à vue. Sous perfusion périph. Cages d’ascenseur lactées et parvis sans voyelles. S’aggravent d’un couchant, le disputent aux comptines aux graffitis déglingues. Cadenas mon amour. Derrière les portes closes. Nudité aux paliers. A découvert d’être, consciences fracassées. Oui s’en prendre au silence, à cette transparence




Et si tu pluie, feuilles, voix. Rudiments de ce monde. Si le long des heures froides. Nos corps un feu semblable. Nos mots pris en défaut. Aussi loin que puisse être, bien plus loin que novembre. Ta peau le sang dessous. D’où viens-tu ce matin, tu as l’odeur des ombres et des gris traversés




En attendant que jour un jour. Que givre mots doux. Décembre est le nom des allées piétinées, des toboggans aveugles, des jeux guerriers. De nos battues inexplicables à travers la ville. En attendant que mains Pech Merle. Ecrire, par collisions infimes, menus dérèglements. Indociles voyelles dans les thoras urbaines




Elle tessons de jour, vent visage café rouge, descendre jusqu’au fleuve, en cette lumière laineuse, point de fuite du fleuve, pluie aligne les arbres, se brise, et bat pavillon noir, qu’elle, écriture d’oiseau, s’éloigne, ne rien savoir d’elle de son souffle son monde, sinon tessons de jour, visage, souffle du labyrinthe

3 juin 2013