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L’année est passée.
Tous les vendredis, lorsque je quittais le Gem après notre séance d’écriture, je ressentais dans mon corps une énergie décuplée. Tous les vendredis, j’ai su que ce qui se passait pendant l’atelier, ce que nous partagions, ce que nous écrivions, ce que nous vivions, était à la fois très simple et très important. Parce que se jouait là un moment vrai, où personne ne tenait de rôle, où les masques étaient bas à terre, où personne ne jugeait, où chacun tentait de se comprendre et de comprendre l’autre, au-delà de toute frontière.
Et l’écriture était, chaque vendredi, le fil rouge qui nous reliait les uns aux autres, et qui reliait chacun à soi, à son histoire, à ses fractures, à ses bonheurs. À son présent. Chacun a tenté de se frayer un chemin en lui jusqu’à déterrer de la manière la plus authentique ce qui lui appartenait. Mot après mot, tenter de reconstituer le tracé sinueux de nos vies.
Et, parce que nous étions dans le vrai, nous étions dans la complexité des choses et des êtres : il n’y avait plus : d’un côté le noir, de l’autre le blanc, d’un côté la maladie, de l’autre la bonne santé mentale, d’un côté la souffrance, de l’autre la joie. Il n’y avait plus le passé contre le présent, ou le présent contre le futur. Il n’y avait plus soi contre l’autre, ou soi contre soi. Nous étions dans un espace-temps dans lequel nous tentions de définir chaque sentiment, chaque émotion, chaque situation, comme nous les avions vécus de l’intérieur, et nous savons bien, nous tous ici, que, de l’intérieur, les couleurs n’ont plus les mêmes noms. Elles sont de tels mélanges qu’on ne peut les définir en un mot.

Je ne me suis pas demandé si ce que nous écrivions était de la littérature. Ce n’était pas le propos, ce n’était pas l’enjeu de cet atelier. En revanche, je savais que ce que nous écrivions parvenait à s’approcher au plus juste, au plus vrai, des lisières de la vie. Oui, la vie bat dans ces textes, elle bat comme un afflux de sang dans un corps, elle bat et nous bat au visage. C’est une écriture en prise directe avec la vie, une écriture pour retrouver la vie, pour s’y agripper, pour ne plus partir à la dérive.

Je voudrais dire un immense, immense merci à celles et ceux qui ont suivi cet atelier, qui m’ont fait confiance et ont fait confiance à l’écriture, qui ont eu le courage de venir chaque vendredi, à l’heure, quelles que soient les difficultés, et de se concentrer, et de réfléchir, et de donner, oui, vous avez tant donné dans ce que vous écriviez, et vous m’avez tant donné en donnant ainsi de vous mêmes. J’ai beaucoup appris de vous, de votre volonté, de votre engagement, de votre liberté, aussi. Car la maladie, la souffrance peuvent enfermer, mais j’ai rarement rencontré dans mon parcours des êtres aussi ouverts que vous, dotés d’une telle liberté intérieure.

Laurence Tardieu - 27 juin 2013
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