4 lettrines sur l’air de L.O.I.N.

Marie Borel

LOIN

Éditions de l’Attente


juin 2013

Loin de l’abécédaire, L.O.I.N., analphabet. Loin d’Aleph, la douzième lettre, même si toujours la première revient. Arme parlante, trou dans le savon d’olive et de laurier, la bombe lettrée est de retour. Bâbord d’abord avec deux ailes qui portent les armures à gauche. Plus de mousse, plus d’écume, L couvre la surface des fonds. Latitudes et longitudes font les points d’arme. Les lignes défensives n’y comprennent rien. Les lignes imaginaires en perdent leur latin. Un prompteur inscrit sweden sans capitale. Tribord amures, l’amiral ne vend pas la mèche. C’est un oiseau d’une espèce rare. Loin, il faut simplement y aller. J’y vais. Là-bas les trois étoiles des longues pennes de l’oiseau font fou rire. Léo part au large, il marche loin du roi soleil. Sur son costume léopard trois pièces, les taches sont toujours des trous de feu. L’une d’elles fait irruption. Ne te mêle pas de connaître le mystère du cratère. Suis le vulcanologue sans poser de questions. Ainsi, je pénètre dans le livre. Une fumerolle, avec deux L, indique le sens [direction] des pages. Les mots soufflent un cyclone aux urgences. Le silence du vent porte loin le trop court temps d’une phrase. Entre sept et 7, point de repère, le déchiffrement des noms propres dérive. LOIN à l’instant zéro sans séparation entre les vies de lire et les vies de vivre, m’écrit.

Oslo 29 ° 56’ N 52 ° 53’ E, capitale de la Perse et des Haschischins renverse les hémisphères ivres. O bleu, unique question méga bleue, dessine l’oméga sans fin d’un quai lointain. Cerveau bâbord et cerveau tribord intervertissent les lettres et font renaître les lais. Je lis mon dernier voyage sans compter sur mes doigts. L’écriture continue amplifie l’amour disparu. L’O trouve sa forme plus vite qu’une autre lettre. Une suite de moments affectifs suit mes lectures. À quoi rime toi et moi ? Je ne reçois plus les dernières nouvelles de la cabane. Les constellations pacifiques n’écrivent plus ton nom de paix à la puissance du ciel étoilé. Souviens-toi, des temps traversés, tu dégageais une impression de décousu. Seule en silence, je reprise tes passages, écrire est une activité solitaire. Le méridien ne mesure pas le grand nombre d’occurrences du mot ombre. Tout espacement porte loin l’ombre d’un point absent. Seule une méridienne se souvient. Je ne suis pas ici en quête d’une issue. Les vaisseaux de queue portent ordinairement quatre foques (sic), quatre adverbes de temps donnent l’idée de mouvement. Exploration topologique, tes tropes et mes images, nous allions vers un même archipel plus vaste que le vaste monde (maintenant autrefois bientôt jamais) (toujours désormais jamais) (toujours parfois souvent jamais) (avant auparavant après aussitôt jamais). Je te dirai jusqu’à-plus-vie ce vers pantois : tu es comme souvent toujours déjà demain.

Îles immanquablement. Ici un nom de ville imprononçable. Une planète s’invente dans la pensée des îles où toujours tu te perds. L’idée d’un bel amour est un bel incipit sans carte blanche. Le Snark est chassé depuis longtemps. L’océan trace un plan vide sous-le-vent. L’espace est sans illusion. La distance lance un signal explosif. Un point d’interrogation tire à intervalles somatiques, je voulais te taper une parole électrique. Prise anti moustiques dans tapis tipi efficacité nulle. Je m’inquiète pour rien, le cerveau ne peut décidément entendre raison. Ici, phrasés dédoublés. Une alerte est lancée. Elle et îles, ils immanquablement, amoureux sans attaches. Un baiser sur la nuque invente la pluralité des mondes parallèles. Une intelligence amoureuse ne rêve pas de fusion, elle traverse à l’aveugle les horizons et l’inadéquation des signes aux émotions. La nature des choses a interrompu sa course, si loin si [...] laissant une matière de lumière monter dans le soir d’août. De nuit comme de jour, je dois faire le point sur le i quand j’écris oui. La traduction de yes continue dans l’espace, fragments satellites brest-jerusalem paris-bordeaux. La fraîcheur du matin, chaleur torride le temps de vieillir d’un jour. Deux corps solides surnagent dans un raz-de-marée vert bouteille. La réalité [...] a été déviée dans une cage d’escalier : une hétérotopie, une île, deux voix ou bien cela aura-t-il été une seule voix.

Naviguer dans le sens des nuages. Le nombre de ponts jetés entre les taches blanches égale les passages du Consul d’Islande. À travers des phrases déplacées, l’eau fait son monde en mouvance, sans mondanité. Un espace amphibie de forme triangulaire s’ouvre. L’océan s’engouffre deux fois par jour et reflue en moi. Sept bœufs de labour perdent le Nord et se transforment en neuf merveilles. Au commencement elle écrivait le 9 à la manière d’un point d’interrogation. Les graphies du sud-est asiatique disent longtemps près de Reykjavik. Des planches couvrent une ligne d’aire sans découvrir les lignes d’erre des sables. Une femme songe sur un caillou : une photographie de la toponymie de la Nouvelle-Zélande. L’image joue l’intermédiaire entre les énoncés contradictoires. L’établissement des sources et la redistribution de l’espace se trouvent du côté de l’action émotion sentiment, et de l’histoire des sciences et des mythes. J’étais seule j’oubliais un pronom personnel et l’homme au manteau rouge sentit l’envie d’ailleurs. Mon chat (une chatte c’est une chatte) adore ce genre de translation. Tout commence avec le geste de mettre à part et de muer en documents des territoires géographiques. Les voix se croisent, une voix tierce nous origine un territoire à jamais blanc. Il n’y a rien à voir, rien n’aura jamais lieu que le nom du lieu, à 250 km sud cercle polaire arctique, dans la capitale la plus septentrionale du monde. LOIN est un beau voyage.

Catherine Pomparat - 27 août 2013