Prisons de Lyon | Une histoire manifeste

C’était un lieu érigé derrière la gare de Perrache à Lyon, c’était un lieu coupé du centre de la ville par son réseau complexe de voies de chemin de fer et aussi sa mauvaise réputation.

C’était un lieu que les Lyonnais ont côtoyé sans toujours savoir ce qui s’y tramait. C’était un lieu haut en murs et barré de grilles et de grillages. C’était un lieu de bruits, de mouvements, de saletés, d’injustice et de fantasmes. Un lieu de vie malgré tout.

C’était un lieu qui existait depuis 1931 et qui a été vidé un dimanche de 2009.

Des fourgons sont arrivés à l’aube et plus de 400 personnes ont été évacuées.

C’était la prison de Lyon que les gens nommaient Saint-Paul - Saint Jo.

Plus loin dans la ville, l’autre prison a été vidée aussi : Montluc, prison des femmes, là où furent incarcérés les résistants arrêtés par la police de Vichy puis par la Gestapo.

Des hommes, des femmes emmenés loin de la ville dans un autre lieu d’enfermement propre, moderne, aseptisé ... déshumanisé disent ceux qui y vivent, ceux qui y travaillent. Le taux d’occupation y est déjà de 127 %.

A Lyon, est resté le silence et quelques yoyos oubliés sur les câbles anti-évasions.

Les murs d’enceinte ont été détruits. Les bâtiments historiques, après rénovation, accueilleront des centaines d’étudiants. L’Université catholique ouvrira ses portes en 2015.

Il y avait donc urgence à réunir ce qui fait mémoire. Garder des traces, regrouper des témoignages, retrouver des photos. Et c’est ce qu’a fait Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire International des Prisons (OIP) avec le soutien des éditions Lieux Dits et tous ceux qui de près ou de loin ont travaillé, fréquenté, observé, analysé, subi ces lieux.

Un livre qui interroge notre société et son rapport à l’enfermement. Un livre qui convoque des penseurs, des artistes, des gardiens, des anciens détenus, des militants, etc. Un livre qui salue ceux qui malgré la surveillance ont choisi de mourir plutôt que de subir l’enfermement comme l’explique Bernard Bolze dans la préface :

Le livre que nous vous proposons fait appel à des historiens, mais ce n’est pas un livre d’histoire, à des sociologues mais ce n’est pas un précis de sociologie, à des artistes plasticiens mais ce n’est pas un ouvrage d’art, à des juristes mais ce n’est pas un abrégé de droit pénitentiaire, à des militants des droits humains mais ce n’est pas un rapport "accablant". Ce livre est un album de souvenirs, percutés par l’actualité.

La prison a déménagé loin dans la campagne. La prison s’est éloignée de notre regard, mais ce livre vient nous rappeler combien il est nécessaire de continuer à observer ce qui s’y trame. Qu’il ne peut y avoir de lieu en dehors de la société humaine.

Prisons de Lyon aux éditions Lieux Dits

©photoBrunoPaccard

Fabienne Swiatly - 29 septembre 2013