« Je suis une lectrice avide de romans que je ne pourrais pas écrire », Marie NDiaye

Sur remue, en visite chez Marie NDiaye (février 2004).

Bibliographie et documentation critique.

Marie NDiaye sur le site des éditions de Minuit, des éditions Gallimard.
Dernier roman paru : Ladivine (Gallimard, 2013).

Marie NDiaye écrit également pour le théâtre : Papa doit manger, Die Dichte, Petit triptyque de la dévoration, Les Grandes Personnes.





Écrire un roman : cette forme s’impose-t-elle à vous ou est-ce une décision prise pour tel livre ? ou une fois pour toutes ?
La forme romanesque est toujours déterminée, en ce qui me concerne, par la complexité et la longueur que j’imagine devoir être celles de l’histoire que j’ai en tête. Si mon « argument » me paraît simple, limpide, et si je n’entends pas montrer mes personnages au long de plusieurs années, c’est la forme théâtrale ou celle de la nouvelle qui s’imposeront, bien que je sache qu’il y a là quelque chose de purement arbitraire, de personnel en tout cas.


Dans vos lectures, y a-t-il surtout des romans ou trouvez-vous votre « nourriture » plutôt ou autant dans d’autres genres de livres – et si tel est le cas, lesquels ?
Je suis une lectrice avide de romans que je ne pourrais pas écrire : de science-fiction ou policiers, par exemple. Je ne pourrais pas les écrire, d’une part parce que mon imagination ne s’y prête pas mais aussi parce que, dès lors qu’il y a genre, il me semble que la littérature y perd, qu’elle est contrainte, réduite. Je peux lire et apprécier des romans que je ne trouve pas très bien écrits, dès lors qu’une énergie généreuse et féconde traverse le récit. En revanche j’aurais honte de livrer des pages que j’estimerais « pas très bien écrites ». Je ne pourrais pas me présenter ainsi au lecteur. Mes exigences sont donc plus grandes à propos de ce que j’écris qu’au sujet de ce que je lis, je me sens moins tolérante, plus tracassée.


M.N.


16 janvier 2014