Marc Perrin | Dernières avancées

Dernières avancées de la recherche quant aux réalités de la vie en Général. Et de son Instin en particulier.
Infos concernant. 1. Les 5 premières années de la vie de l’Instin. 2. 2 scènes familiales de la vie du Général. 3. Des vœux de bonne année rien que pour vous.



[Précision. Le Général Instin est un mutant. Il est ici un mutant de Spinoza. Précisément : de Spinoza in China, dont on pourra lire quelques nouvelles ici). Deux des textes à lire ci-dessous ont précédemment été publiés, sous d’autres formes, par la revue Coaltar, et par la revue La vie manifeste. Nous vous souhaitons une bonne lecture.]



Alors. Voilà. On sait aujourd’hui que le Général Instin, entre 0 et 1 an, découvre l’existence des étoiles. C’est clair. Net. Précis. On a les documents. On sait même qu’il découvre simultanément l’existence des étoiles dans le ciel et l’existence des étoiles à la surface de la terre. Et. Parmi les étoiles à la surface de la terre, on sait qu’il découvre deux types d’étoiles : 1. les étoiles qui brillent dans les herbes vives, 2. les étoiles qui brillent dans les herbes mortes. On sait que le Général Instin remarque une chose très simple : autour de lui, dans sa petite family, et partout ailleurs autant qu’il peut le constater, on ne regarde pas du tout de la même manière les étoiles selon qu’elles brillent dans le ciel, parmi les herbes vives, ou : parmi les herbes mortes. Voilà. C’est tout. Général. Instin. Entre 0 et 1 ans.



Bien. Entre 1 et 2 ans. Le Général Instin fait une seconde découverte. Il note que lorsqu’il est envahi par une émotion : des larmes viennent à couler sur son visage. Des larmes viennent à couler sur son visage et face à son visage se forme un autre visage. Un autre visage, qui lui sourit. Ce que ressent le Général Instin : c’est qu’entre les larmes sur son visage et le visage en face qui lui sourit : se cristallise une intensité. Il nomme cette intensité : consolation. Le Général Instin sent confusément que cette consolation va pourrir sa vie, sa vie et toutes les vies en contact avec sa vie, ces vies et toutes les vies en contact avec un maximum de vies. Pendant. Environ. Environ quelques siècles. Ouais. Ça. Entre 1 et 2 ans.



Entre 2 et 3 ans ? Entre 2 et 3 ans le Général Instin a la singulière sensation de vivre comme en haut d’une tour. De là où il est, comme en haut d’une tour, il voit deux choses : un mur d’enceinte, tout autour de lui, tout autour de la tour, et, au-delà du mur d’enceinte : les paysages. Ce qu’éprouve alors le Général Instin est la chose suivante, et la chose suivante lui vient en anglais : Where I am is not what I see. Ce qu’il traduit assez vite par un premier projet de traité sur la réforme de l’entendement dont ne nous est parvenue que l’amorce d’un titre : entre les lieux que je vois et le lieu où je vis – c’est tout. À la suite de quoi, du haut de sa tour, le Général Instin se dit qu’il a deux alternatives : soit il se jette dans le vide, et il ne s’écrase pas au sol ; soit il creuse la tour par l’intérieur, du haut vers le bas, creuse une porte, au bas de la tour, marche jusqu’au mur d’enceinte, et là : creuse à nouveau une porte et s’en va en balade. Le Général Instin : choisit la deuxième solution. Il creuse la tour par l’intérieur. Il creuse une porte en bas. Il marche jusqu’au mur d’enceinte. Et là : là c’est le jour de son 3e anniversaire et il s’endort.



Quand le Général Instin se réveille, au tout début de sa quatrième année, le paysage, ou le décor, tout autour de lui, a remarquablement changé. Et comme dans une étrange continuation de l’année précédente, le Général Instin ne se sent plus alors comme étant ou vivant en haut d’une tour. Non. Le Général Instin – et cela durant toute sa 4e année – , entre 3 et 4 ans, le Général Instin se sent comme une tour. Et : une tour bien spécifique. Une tour : sous laquelle auraient été fixées des roulettes. Des roulettes grâce auxquelles → ici : passage du mode conditionnel au mode indicatif → le Général Instin peut se déplacer à la surface d’une immense plaque. Entre 3 et 4 ans → le Général Instin est une tour à roulettes qui se déplacent à la surface d’une plaque, immense, et → tout autour de lui il voit d’autres tours à roulettes qui chacune se déplace à la surface d’une autre plaque. Il voit, aussi, dans le paysage → non plus des murs d’enceinte encerclant ni sa tour ni celle des autres, non, mais des fragments de mur, un peu partout. Et → la seule question qui taraude le Général Instin durant toute cette année → est la question suivante → comment passer d’une plaque à une autre plaque ? → ou, variante → shall I roll, or shall I jump ?



Entre 4 et 5 ans. Big Bang. Attention. Dès les premiers jours de sa 5e année, le Général Instin → ne se sent plus du tout → ni comme en haut d’une tour, ni comme une tour. Il comprend, tout simplement, qu’il a un corps. Un corps, deux bras, deux jambes, une tête et un sexe. Entre autres parties le composant. Il comprend qu’il peut marcher. Il marche. Et dans le paysage ou le décor où il marche, quelque chose de l’ancien décor ou de l’ancien paysage est resté. Il y a encore, ici et là, des fragments de murs d’enceinte. Des espèces de ruines de mur. Et aux tout premiers jours de sa 5e année, le Général Instin marche en direction de l’une de ces ruines de mur. Et là, dans le mur → il voit une porte. Il ouvre la porte. Il ouvre la porte. Et. Là. Big Bang → Hamma Ana.



Hamma Ana → a les yeux bleus → c’est leur couleur naturelle. Love. Love.



Durant toute une année, à chaque fois que le Général Instin ouvre une porte, Hamma Ana est là. Durant toute une année → à chaque fois que Hamma Ana ouvre une porte, le Général Instin est là. Durant toute une année, chaque jour, à chaque porte ouverte → Hamma Ana + Général Instin → love → méga → méga love. Chaque jour, une nouvelle porte. Chaque jour, une nouvelle déclaration d’amour. Chaque jour, dans une langue différente → ils se tatouent sur la peau une nouvelle déclaration d’amour dans une langue chaque jour différente. Tous les jours, chaque jour, durant toute une année → jusqu’au jour où → Hamma Ana & Général Instin se donnent rendez-vous et se retrouvent et s’allongent à la surface d’un lit bien soyeux. Ou bien, dans un lit avec plein de grains de sable dedans. Peut-être. C’est possible. Et. Mais. Chose certaine. Dans ce lit. Hamma Ana → ouvre les jambes. Comme ça → Λ . Et → Général Instin → lui aussi ouvre les jambes. Comme ça → Λ . Et. Général Instin → dit à Hamma Ana. Regarde. Ce Λ est comme un A majuscule. Il est partout dans ton nom + il est pénultième en mon Général ouais, pénultième → = → toi → + moi → nous formons la possibilité d’un nouvel alphabet d’amour. Du calme, mon loulou, du calme. Vois-tu la pointe de ce Λ ? Eh bien. Avec cette pointe en tête. Moi. Hamma Ana. J’ouvre mon sexe à ton sexe et je pénètre le tien. Général → Instin → fait okay d’un hochement de tête et d’un vacillement interne, aussi → et → avec cette pointe en tête et dans une pensée-mouvement synchro → il ouvre son sexe à celui de Hamma Ana → et pénètre aussi. Ainsi → Hamma Ana ouvre son sexe et pénètre le sexe de Général Instin → ainsi → Général Instin ouvre son sexe et pénètre le sexe de Hamma Ana. Et. Encore + love + en corps + mega love = + + + → voilà. Entre 4 et 5 ans. Hamma Ana + Général Instin.



Bien. Et maintenant je vais vous raconter deux scènes familiales de la vie du Général. La première scène a lieu le 16 novembre 1989 → à Clermont-Ferrand → dans le département du Puy-de-Dôme. C’est en France. C’est l’anniversaire du père du Général. Et, ce jour-là, le père du Général → Ramõn Ramõn → fête ses 52 ans avec toute la petite family. Il est 20h07 → et à ce moment précis → Ramõn Ramõn entrouvre les mâchoires avec l’intention d’avaler sa première bouchée de friands faisandés à l’anguille de mer → Ramõn Ramõn → lorgne de son œil droit sur les seins de sa Josefa Josefa adorée → et de son œil gauche salive sur son gâteau d’anniversaire → et → mais → Ramõn Ramõn → à 20h08 → Ramõn Ramõn délaisse du regard les seins de Josefa → délaisse du regard son gâteau → et plonge ses yeux droit dans les yeux du Général Instin → son fils → et lui dit → Général → mon enfant → j’ai aujourd’hui 52 ans → j’ai aujourd’hui une femme → un fils → toi → un appartement → une voiture et un vélo avec lequel tous les jours je me rends à l’usine depuis le 31 mai 1960 → et → aujourd’hui → figure-toi → figure-toi qu’aujourd’hui le patron de l’usine m’a convoqué → big boss → dans son bureau → aujourd’hui 16 novembre 1989 → Édouard → Édouard Michelin himself → m’a convoqué dans son bureau → et → droit dans les yeux m’a dit → Ramõn → Ramõn → aujourd’hui → toi → aujourd’hui 16 novembre 1989 → sache → sache que ce qui a chuté à Berlin il y a une semaine → signe ta défaite → et nourrit ma gloire → là → moi → Ramõn Ramõn → né le 16 novembre 1937 à Chantelle dans le département de l’Allier → en France → moi → ayant quitté le village, les vignes, les champs et tutti quanti et débarquant le 16 juillet 1958 à Bône en Algérie → moi → Ramõn Ramõn → de retour en France deux ans plus tard → direct à la ville → direct à l’usine → Michelin → caoutchouc → pneumatique → élastique → moi → Ramõn Ramõn → droit dans les yeux → aujourd’hui → ce matin → 16 novembre 1989 → droit dans les yeux d’Édouard Michelin → je lui dis → fuck → you →



→ + → Ramõn Ramõn → pensées intérieures → tu sais que le pain est une nourriture de base produite par une association farine + eau + sel + chaleur → tu sais que le pain est une nourriture de base qui peut nourrir n’importe quel être humain → tu penses qu’en raison de l’association farine + eau + sel + chaleur + n’importe quel être humain → tu penses qu’il est nécessaire de prendre soin de cet espèce d’objet qu’est le pain à l’instar de n’importe quel objet ou corps matériel qui nourrit → dieu est mort dit-on → enlève tes coudes de la table → je plaisante → Ramõn Ramõn → parle à voix haute maintenant → et tout doucement mais à voix haute → tout doucement à l’oreille de son fils → Général → Instin → j’aimerais → j’aimerais te dire quelque chose → écoute-moi → s’il te plaît → il ne te sera peut-être pas souvent donné l’occasion d’entendre ce que je vais te dire → attention → est-ce que tu es prêt ? → voilà → je suis ton père → c’est tout →



La deuxième scène familiale a lieu le 11 septembre 2001 à Chantelle → dans le département de l’Allier. C’est en France. On est dans le jardin → derrière la maison de la family Instin → il y a là Josefa Josefa → mama Josefa → la mère du Général → et Ramõn Ramõn → papa du fiston Instin → et le Général Insin lui aussi est là → ils sont là → tous les 3 → dans le jardin → derrière la maison → à Chantelle → département de l’Allier → France → et → disons → disons qu’à la seconde précise où à New York le premier avion s’encastre dans la première tour → Josefa Josefa dit au Général → toi → toi, mon fils → toi → toi → toi, tu es la passion de ma vie → et → tandis qu’à New York le premier avion s’encastre dans la première tour → Instin a la sensation que quelque chose d’assez fondamental vacille en lui → et préfère alors aller s’asseoir un moment → là → dans le jardin → s’asseoir et reprendre un peu sa respiration → regarder à sa gauche, sur la table de jardin en plastique blanc, une cuisse de poulet qu’il n’a pas voulu manger tout à l’heure, par exemple → et → disons → disons qu’à la seconde précise où à New York le deuxième avion s’encastre dans la deuxième tour → Général Instin se lève de la chaise et rejoint Josefa Josefa qui elle n’a pas bougé d’un centimètre → et → Instin → demande à sa mère Josefa, en lui montrant Ramõn Ramõn → là-bas → à l’autre bout du jardin → Ramõn Ramõn en train de retourner la terre au fond du jardin → Général → Instin → demande à sa mère → si moi je suis la passion de ta vie alors lui là-bas au fond du jardin c’est qui → Josefa → Josefa → prend tout son temps pour sourire → environ une demi-heure → environ la demi-heure qui s’écoule entre l’effondrement de la tour n°1 et l’effondrement de la tour n°2 → à New York → disons cela → Josefa Josefa sourit calmement → prend tout son temps → puis → Josefa Josefa dit au Général → toi → Général → toi Général c’est différent → toi, tu es ma passion et lui → lui, c’est différent → lui → lui c’est mon amour → lui → c’est l’amour → toi c’est différent, toi tu es la passion → toi tu es là → pour la mort, pour détruire la mort → lui c’est l’amour, c’est pour la vie → toi → c’est différent → toi tu es là pour détruire ce qui ne se détruit pas → c’est différent → Josefa → Josefa → regarde son enfant Général et lui dit → rassure-toi mon Instin → rassure-toi → il est tout à fait normal que tu penses que je sois folle →



Et, pour finir. Voici la carte de vœux que le Général Instin et Hamma et Ana ont rédigé ce matin tout spécialement pour vous.



Ce n’est pas tant ici la question de se sentir enfermés. Non. Ni la question de se sentir enfermés, ni celle de trouver les moyens pour sortir de cet enfermement. Non. Ici. C’est ici la nécessité de comprendre comment nous sommes nous-mêmes les producteurs de l’enfermement dont nous affirmons subir l’oppression, et, comprendre, oui, comprendre  : qu’une libération durable ne passe pas par une action qui nous permettrait de sortir de, mais : passe par une décision très simple → cesser la production de l’enfermement.



Alors évidemment, cesser une production ça fait toujours un petit peu mal. Et pourquoi ça fait toujours un petit peu mal ? Ça fait toujours un petit peu mal, parce que produire, ça fait toujours un petit peu jouir. Même si c’est une toute petite jouissance qui est produite c’est une jouissance qui est produite. Et cesser de jouir. Oui. Cesser de jouir même d’une toute petite jouissance ça fait toujours un petit peu mal. Mais. Ici. Cesser de produire l’enfermement → produira l’évanouissement de l’oppression → et → la libération → dès lors → passage du temps futur au temps présent → la libération n’est plus à produire → et → la liberté n’est plus à conquérir → libération et liberté sont enfin simultanément effectives → par la simple et permanente non-production de l’enfermement.



Ainsi. Ainsi vit-on ici dans des états où la petite jouissance associée à son angoisse de petite mort n’a plus aucun pouvoir. Ainsi. Ainsi vit-on ici dans des états de joie → fricotant → avec quelque chose comme des états de puissance. Joie et puissance : toutes les deux très vivantes, merci.



Hamma Ana et moi → on ne fait pas trop les marioles because on est en cours d’apprentissage → et → mais → on vous souhaite une super année 2014. Générale. Général.




19 janvier 2014