« le roman peut susciter ses propres sujets et ses propres matériaux », Oliver Rohe

Oliver Rohe sur le site des éditions Inculte
sur D-Fiction
sur remue.

Entretien dans La Revue de Téhéran, mensuel culturel iranien de langue française
avec Guénaël Boutouillet lors d’une rencontre à Blois.





Écrire un roman : cette forme s’impose-t-elle à vous ou est-ce une décision prise pour tel livre ? ou une fois pour toutes ?
C’est pour le moment une forme qui s’est en quelque sorte imposée à moi — parce que je ne me sens pas encore d’écrire de la poésie par exemple, pas plus que des essais en bonne et due forme ou des recueils de nouvelles ; mais du théâtre dans un avenir plus ou moins proche, oui — et que j’ai choisie en même temps. Parce qu’elle est suffisamment plastique et malléable pour s’adapter aux évolutions de mes préoccupations esthétiques, aux changements successifs de mon rapport au matériau romanesque. Je n’ai pas, pour le moment, de sujets ou d’envies formelles qui excèdent les possibilités du roman. Sachant que par sa capacité quasi illimitée à se renouveler, à absorber aussi bien les contestations internes que les apports du dehors, le roman peut susciter ses propres sujets et ses propres matériaux.


Que demandez-vous à un roman en tant que lecteur ? En tant qu’auteur ? Sont-ce les mêmes choses ?
En tant que lecteur : sans doute de me retrouver devant un texte qui me résiste et me déplace, c’est-à-dire qui me transmet une expérience sensible — les sensations, les images, les réseaux métaphoriques, la langue — inhabituelle, perturbatrice. Mais ces attentes varient en fonction des écrivains, de ce que j’ai déjà pu lire d’eux, des genres romanesques, des intentions ou des ambitions affichées dans l’œuvre ; elles varient en fonction du discours savant et commun précédant nécessairement la lecture d’un roman, du rapport que celui-ci noue avec d’autres romans écrits par d’autres auteurs, à la même époque ou à des époques différentes ; elles dépendent enfin tout bêtement du moment, des circonstances et de l’humeur dans lesquels je les lis.
En tant qu’auteur, rapidement, et du moins dans les intentions : que le roman soit sauvage et sophistiqué à la fois, quant à sa langue et quant à sa structure, qu’il soit mû par des conflits et des désordres impossibles à résoudre, par une sorte d’opacité centrale qui empêche (ou contrarie) l’épuisement de sa signification.


Écrire un roman au XXIe siècle vous semble-t-il difficile ou évident ? En d’autres termes vous paraît-elle dépassée ainsi qu’on l’entend souvent ?
La forme du roman (encore faut-il la définir aujourd’hui) n’est dépassée ou morte que pour celui qui la déclare morte ou dépassée — et cela pour des motifs qui ne peuvent que lui appartenir (par exemple la saturation, l’impasse, le dégoût, le désir légitime d’autres formes) et dont il tire ensuite la substance d’une loi générale.


Dans vos lectures, y a-t-il surtout des romans ou trouvez-vous votre « nourriture » plutôt ou autant dans d’autres genres de livres – et si tel est le cas, lesquels ?
Je me nourris de romans autant que du reste, sans hiérarchie.


Que privilégiez-vous dans l’écriture d’un roman ? Une action, des personnages, une forme, un point de vue ?
Plutôt un effort de la langue et une dynamique structurelle : une façon d’organiser et de faire avancer ensemble, au moyen d’oppositions et de dissonances, de décalages et de symétries, les différents éléments du roman (personnages, action, descriptions, etc.).


O. R.


10 février 2014